‹ Tableau pittoresque de l'Inde; ou, Description géographique, statistique, commerciale, morale et politique de l'IndostanChapitre 38 sur 113 · CHAPITRE II. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. I

Le jour du sacrifice , on administrait a la malheureuse victime quelque drogue enivrante, qu'on mêlait à ses alimens. Quand la dose commençait à opérer, son hùte le conduisait luimême au temple , lui faisait faire trois fois le tour de l'idole ; puis, le jetant par terre à ses pieds, l'égorgeait. On rassemblait avec soin tout le sang ; on en mettait sur les lèvres de la farouche divinité, et on en aspergeait son corps. Le meurtrier retournait alors vers sa famille , où il passait la nuit dans les réjouissances, persuadé qu'il s'était rendu propice la divinité infernale pour un espace de douze ans. Un sacrifice semblable avait lieu chaque année. On découvrit cette coutume horrible , eLelle fut supprimée , non par le gouvernement anglais , qui se serait bien gardé d'intervenir dans les actes religieux des Indous, mais par le peishera, Bulagu-Baja Rad.

Maintenant les Brahmines Kurnadec se contentent d'immoler un mouton ou un buffle, comme font aussi à Amber et Calcutta les prêtres de Kali.

Pendant les dernières années le nombre des veuves qui ont été victimes de ces coutumes effroyables des Indous, connues sous le nom de Sutties , s'est élevé ii deux par jour, en sorte

qu'on peut dire que la flamme des bûchers n'est jamais éteinte.

Dans un journal du Bengale, le Kowrnoody , publié à Calcutta, on lit sous la date du mois d'août 1828 :

« Nous apprenons avec étonnement que Mud « don Mobun Chuckrusebutty , âgé de i5 ans, « habitant de la 24e Burgunnah (Calcutta), <( étant mort dernièrement, sa veuve, âgée seuh lement de 12 ans, n'a pas voulu lui survivre « et s'est fait brûler sur son bûcher. »

Nous terminerons ce sujet par un autre extrait d'un journal de Calcutta ; c'est une 'lettre écrite de Juggemacet, sous la date de janvier 189O. £

« J'arrivai sur les lieux seulement à temps pour voir allumer la flamme; car, dès qu'on aperçut mon bateau qui s'approchait du rivage, les lâches instigateurs du sacrifice se hâtèrent de faire monter la veuve sur le bûcher. Je vis de mon bateau qu'elle pouvait à peine marcher. Deux personnes la soutenaient par les bras. Avant que j'eusse touché le rivage , elle était déjà ('tendue près du caJavre de son mari, et le l'eu avait été mis au bûcher. Quand elle com-

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