CHAPITRE II. l3o
mença h sentir la flamme , je la vis qui essayait de repousser avec ses mains le bois qu'ils avaient entassé sur elle ; mais cet effort parut être pour lesmisérables un signal pour jeter d'autre bois sur elle , en s'écriant : « Hurree bol ! » Leurs cris étaient si bruyans , qu'ils couvraient la voix de cette malheureuse. Mon indignation ne me permit pas de rester plus long-temps spectateur de cette barbarie; mais je ne m'étais pas éloigné de dix pas , que l'on me dit que la victime s'était échappée du bûcher. Je me retournai et je vis un spectacle qui me glace d'horreur toutes les fois qu'il se représente a ma pensée. L'infortunée avait réussi a s'arracher de dessous le bois , et elle était tombée au pied du bûcher, car l'effort et la chaleur l'avaient presque privée de vie. Elle était la étendue, cherchant à aspirer un peu d'air; sa ligure et son corps offraient le plus horrible tableau. Sa mort ne fut pas différée de long-temps; ils la replacèrent sur le bûcher, et entassèrent sur elle une nouvelle quantité de bois. Les misérables! »
Mais quittons ce hideux spectacle, et parlons de ces jours de fêtes où les idoles sont exposées a l'adoration du peuple, et où de nou-
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velles monstruosités vont s'offrir a nos regards. Au jour fixé, quand les prières et les cérémonies nécessaires ont eu lieu dans l'intérieur du temple, les images sont tirées de leur trône et placées à l'extérieur de lu porte du lion. Au moment où, franchissant la porte, elles paraissent pour la première fois aux yeux de la multitude des pèlerins assemblés en dehors, un sentiment religieux plein d'enthousiasme se manifeste de toutes parts. Partout retentit le cri de Iye Juggemacet! victoire a Juggemacet; et lorsque le monstrueux Juggemacet , la plus hideuse de toutes ces images, s'avance le dernier, l'air retentit d'acclamations nouvelles. Ces fameuses idoles ne sont autre chose que des bustes en bois, d'environ six pieds de haut, posés sur une sorte de piédestal, et ayant une grossière ressemblance avec la nature humaine ; elles sont peintes de blanc , de jaune et de noir ; leur figure est horriblement difforme. Leur tête est ornée d'une espèce de casque, formé de pièces d'étoffe de différentes couleurs. Les bras des deux frères sont étendus horizontalement hors des chars. Leur sœur n'offre aucune ressemblance avec la nature humaine. La grandeur et l'élévation des