‹ Tableau pittoresque de l'Inde; ou, Description géographique, statistique, commerciale, morale et politique de l'IndostanChapitre 47 sur 113 · CHAPITRE III. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. I

tète est richement ornée; a droite est une figure d'homme portant un instrument qui ressemble à un trident ; à gauche , une femme tenant un sceptre ; près de la figure principale est un jeune, homme monté sur un éléphant; au-dessus est une figure a quatre têtes, portées par des cygnes et des oies ; en face , une figure d'homme à quatre bras , porté sur les épaules d'un autre qui , dans l'une de ses mains, tient un sceptre; au sommet de la niche on aperçoit de petites figures dans diverses attitudes, et qui paraissent portées sur des nuages.

A droite et a gauche de ces groupes est une chambre obscure , regardée autrefois comme sacrée : aujourd'hui c'est la demeure des scorpions, des araignées et des serpens. Sur la gauche du dernier groupe que nous avons décrit , on voit une figure d'homme qui paraît conduire une femme vers une figure majestueuse assise dans un coin de la niche , la tête couverte a la manière des juges anglais lorsqu'ils siègent au tribunal : on lit dans les traits de la femme l'expression de la modestie et d'une timide hésitation; une figure d'homme placé derrière elle la fait avancer ; plusieurs figures plus petites en-

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trent aussi dans la composition de ce groupe. En lace se trouve une autre niche, contenant une ligure qui attire forcément l'attention du spectateur ; c'est une figure colossale de femme a huit bras ; à l'un de ses bras gauches pend un ceinturon composé de tètes humaines ; l'une des mains droites tient une épée levée sur une figure qui parait agenouillée sur un bloc que soutient la main gauche correspondante ; sous l'un de ses bras s'élève un cobra di capello. On remarque, parmi les ornemens singuliers de la tête, un crâne humain; et au-dessus sont représentées diverses figures affligées et souffrantes; plusieurs sont mutilées , entre autres la figure principale qui porte l'expression d'une effrayante férocité.

Mais ces détails sont immenses: il nous est impossible de les continuer. D'autres objets d'une importance égale réclament notre attention ; nous allons donc passer a Ellora.

Les excavations d'Ellora sont pratiquées dans une colline d'une élévation moyenne , ayant la forme d'un croissant , à environ un mille du petit village d'Ellora; les pointes du croissant s'élèvent a une hauteur considérable au -des-

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sus du niveau du terrain intermédiaire. L'aspect de cette cité désolée porte à l'âme un sentiment d'étonnement mêlé de douleur. Le nombre et la magnificence des temples souterrains, l'étendue et l'élévation de quelques uns, dans d'autres la diversité infinie des sculptures , la variété curieuse que présentent les découpures, le minutieux des détails, le travail des colonnes, la richesse des dessins mythologiques, les niches consacrées, les statues colossales, tout saisit et confond le spectateur étonné.

Cet étonnement fait place a un sentiment non moins naturel ; on se demande comment de si prodigieux efforts du travail et du talent nous ont été transmis par des siècles , qui certes n'étaient pas barbares , sans que rien puisse nous apprendre a quelle main sont dus ces dessins et ces plans, et quelle nation puissante les a exécutés.

L'empire dont ces monumens ont été la gloire, cet empire a passé , et point laissé d'annales. La religion a laquelle nous devons une partie de ces travaux, existe encore ; le reste a disparu avec les auteurs de ces merveilles.

Sur la colline , a deux cents pas au-dessus de

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Cour de l'Inde, est sculpté, dans un rot: de basalte noire, une figure colossale de Boudha ou Parisnauth, complètement nue, assise sur un char, comme l'indique une roue qui se projette de la moitié de son diamètre ; de chaque côté de la roue sont des têtes d'éléphans et de tigres qui supportent le siège.

Sur une projection horizontale , immédiatement au-dessus de la roue , est gravée une table astronomique; la figure, qui a dix pieds de haut, est assise les jambes croisées, les mains l'une dans l'autre sur les cuisses ; une chevelure bouclée semble couvrir sa tête , sur laquelle se projette l'ombre d'un serpent à plusieurs têtes, dont le corps roulé en replis redoublés derrière l'image lui sert comme d'un coussin sur lequel elle s'appuie. Le Cour de l'Inde consiste en trois souterrains ensemble; on y entre par une porte superbe taillée dans le roc, sur laquelle sont deux lions couchans ; au centre de l'enceinte dans laquelle cette porte conduit , se trouve une pagode artistemcnt sculptée ; a gauche est un fort bel obélisque surmonté d'un groupe de figures humaines assises; et adroite, un éléphant sans cavalier.

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Le plus occidental des souterrains supérieurs, qu'on nomme Cour c!e Juggernaulh , dans lequel on descend par un escalier, a soixante-un pieds de longueur sur quarante-huit de largeur. Le plafond est horizontal , soutenu par seize piliers et douze pilastres; sa hauteur varie de treize pieds huit pouces a quatorze pieds six pouces ; dans un coin de la grande salle est une figure dé Boudha ou Parisnauth , dans la même attitude que celle dont nous avons parlé plus haut , mais sur la tête de laquelle se projette l'ombre d'un triple parasol , au lieu d'un serpent à plusieurs têtes.

Le Palais nuptial est le souterrain auquel

on arrive ensuite. C'est le premier des neuf

qui occupent le milieu de la colline , et qui

portent évidemment l'empreinte du travail des

Brahmines. Il est à une distance d'environ

deux cents pieds du dernier que nous venons

de décrire : c'est la pièce la plus considérable

de toutes ces excavations, sa longueur étant de

dix-huit pieds et sa largeur de cent cinquante ;

la hauteur du plafond est en certains endroits

d'un peu plus , en d'autres d'un peu moins de

dix-neuf pieds. 11 y a vingt-huit piliers et vingt

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pilastres ; on entre dans cette immense excavation par un passage taillé dans le roc , de cent pieds de long sur huit de large. Kous arrivons maintenant au temple qui a de tout temps excité le plus d'admiration, appelé le Paradis. Il serait difficile d'en donner une idée complète sans le secours d'une gravure. Le détail des sculptures que renferme ce monument remplirait seul un volume. Il consiste en une pagode taillée dans le roc, ayant la forme d'un pain de sucre ; sa longueur est de cent pieds , sa circonférence de cinq cents.

Du portique on passe dans une salle longue de soixante-six pieds quatre pouces, large de cinquante -cinq pieds huit pouces; sa hauteur moyenne est de seize pieds et demi à près de dixhuit pieds. Le plafond horizontal est soutenu par seize piliers et vingt - deux pilastres ; au centre de la salle on a pratiqué une ouverture dans la forme d'un parallélogramme , et a l'extrémité de l'enceinte est un enfoncement de forme pyramidale, où se trouve le détestable emblème auquel le temple est consacré. Des deux côtés de ce sanctuaire sont cinq autres chapelles, ou chambres pyramidales, communiquant par une plate-

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forme de rocher avec le corps du temple; toutes sont ornées de sculptures habilement travaillées. Des éléphans, des tigres, des griffons alternativement entremêlés , soutiennent sur leur dos tout le temple avec les chambres , son portique , etc. INous pourrions continuer cette description ; nous préférons passer à des objets également intéressans.

On trouve a Woone , ville en ruines faisant partie des possessions de Halkar, à dix milles de Kurgoon, de magnifiques débris de temples de forme pyramidale , dont l'examen peut servir à jeter un jour nouveau sur ces antiques monumens. Ils consistent en huit vastes pagodes et quatre plus petites , avec des vestiges de plusieurs autres ; ces pagodes sent d'une construction singulière; on y aperçoit un art exquis; de belles sculptures s'y trouvent prodiguées , ainsi que des ornemens de toute espèce.

Elles sont bâties avec des pierres de granit sans ciment, mais fixées entre elles par des crampons en fer de trois en trois pouces de distance. Quelques-uns des blocs qui supportent la partie supérieure des portes et des entablemens , ont une longueur de quatorze a quinze pieds, avec une

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largeur et une épaisseur proportionnées. Dans une des plus vastes pagodes , est une immense statue, haute de treize pieds, formée d'un seul bloc de granit ; et h ses côtés sont d'autres statues semblables, de la hauteur de huit pieds deuxpouces. Le piédestal de ces dernières porte des inscriptions; les formes sont, en général , mal proportionnées; les cheveux sont bouclés, les lèvres épaisses , les oreilles fort longues; ces figures sont entièrement nues , sans bagues , ni bracelets, ni ornement quelconque, à l'exception d'une figure de femme qui a une espèce de sachet.

Il y a dans les entablemens , les colonnes, etc. , une grande quantité de petites figures en relief très-bien sculptées, et les chapiteaux des colonnes, ainsi que d'autres parties de l'édifice , sont soutenus par des figures de femmes fort habilement exécutées, et dans des attitudes gracieuses. Les inscriptions qui ont pu être déchiffrées portent la date du milieu du deuxième siècle de l'ère chrétienne. Les échantillons de sculptures, recueillis à Woone, sont supérieurs a tout ce qu'on connaît de fart des Indiens modernes. On dit que ces temples étaient au nombre de quatre-

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