CHAPITRE HI
vingt-dix-neuf ; mais que les Musulmans les ont mutilés et en partie détruits; et, en effet, les matériaux ont servi à la construction d'un grand nombre de maisons de la ville.
Je ne m'arrêterai point à décrire , à Orissa, le temple fameux du Moloch indien, dont le docteur Claudius Buchanan a si admirablement reproduit Thorrible et dégoûtant tableau ; Ellichpour, capitale du Bérar, jolie ville, mais qui n'a rien, du reste, de remarquable ; Beder, capitale des cinq royaumes mahométans, qui offre le pittoresque assemblage de mausolées splendides , de mosquées en ruines et de palais croulans; le fameux fort de Golconde, s"élevant majestueusement du haut de son rocher conique, et Hyderabad, capitale du royaume de Nizam. On dit que cette ville contient plus de Mahométans opulens qu'aucun autre endroit de Décan ou de l'Inde centrale ; cependant les tombeaux y sont inférieurs à ceux de Beder , et le seul édifice digne d'y être remarqué , est la mosquée de la Mecque, bâtie en pierres, dans un beau style d'architecture , et dont on découvre au loin les hauts minarets.
Visitons maintenant quelques-uns des temples
j(3/i TAIil-KAl MV. 1. IM)E.
et des cités ea ruines du nord de l'Inde, cai toutes les parties de cette immense contrée méritent de tixer l'attention.
Oojein, L'UjjagÎBÛ des Indous Purenas, et l'Ozène de Ptolémée, occupe un rang distingué parmi les ciléb saintes de l'Iudoustan. Il y a plus de dix-huit siècles que cette ville était le siège de l'empire, des arts et des sciences, sous le rcgiie de l'illustre Yikrancatiga , don! l'avénement au tronc l'orme ie commencement de Tète indienne. Les géographes et astronomes de l'Inde l'ont passer par cette ville le premier méridien. Elle est située sur la rive orientale de la rivière de Seeprah , sous le vingt-troisième degré onze minutes de latitude , soixante-quinze degrés cinquante-une minutes de longitude, à seize cent quatre-vingt-dix-huit pieds au-dessus du niveau de la mer. La ville moderne est a un mille au sud de la cité autique , qui a été renversée par quelque catastrophe physique; la légende indoue dit qu'une pluie de terre a enseveli la ville et les habitans. Sur remplacement qu'on croit avoir été occupé par l'ancienne ville, eu creusant a une profondeur de dix-huit a vingl pieds, ou trouve des murs entiers de briques,
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des colonnes de pierre, et des pièces de bois d'une dureté extraordinaire. Les briques ainsi déterrées sont employées à bâtir; quelquesunes sont beaucoup plus grosses qu'on ne les fait maintenant. On déterre aussi en certains endroits des ustensiles de diverses sortes; et on trouve des pièces de monnaie , soit en creusant, soit dans le lit formé par les pluies périodiques. Entre ce lieu et la nouvelle ville est un enfoncement, où la tradition rapporte que la rivière Seeprah coulait autrefois; à l'époque où la ville fut ensevelie , elle changea de cours et coule maintenant vers l'ouest. Près de ces ruines souterraines, sur la rive actuelle de la Seeprah , est le souterrain du rajah Bhirtery. De là on descend, de la hauteur d'un homme, dans un appartement soutenu comme celui de dessus par des piliers en pierre. Il s'étend d'abord vers l'est, puis vers le sud. A gauche sont deux chambres d'environ sept pieds de hauteur, à l'extrémité sud qui probablement conduisait dans d'autres apparlemens , mais qui maintenant est encombrée de terre. Les faquirs qui résident en ce lieu disent qu'il y avait là un passage qui conduisait a Benarès et à Iturdwar,
l'ÔS TABLEAU DE I.'lNDE.
ei que le gouvernement en a t'ait condamner la porte il y a quatorze ou quinze ans, parce que plusieurs personnes s'étaient perdues dans le labyrinthe.
Quant à la catastrophe qui a détruit cette ville , on remarque qu'il n'y a parmi les ruines aucune scorie volcanique , ni aucun pic conique dans les environs, qui pourrait faire croire à une destruction semblable à celle dont Pompéï lut victime. Un tremblement de terre est plus probable; la seule objection réside dans l'état complet où l'on assure que se trouvent les murs. On peut avec plus de certitude attribuer la cause de la catastrophe a une inondation ; et en effet, pendant une inondation a Oojein, la rivière monta à une telle hauteur, qu'elle inonda une grande partie de la ville nouvelle, bien qu'elle soit située sur une rive très-élevée. Plusieurs maisons de la ville , ainsi que plusieurs villages des environs , furent emportés par le torrent.
Dirigeons-nous de nouveau vers le sud , où de nouveaux objets intéressans nous attendent.
Les plus nobles débris de la splendeur mahométane se trouvent a Beejapour , appelée, avec
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raison la Palmyre du Décan. La masse de ses ruines est immense. A l'aspect de l'énorme quantité de tombeaux , de mosquées , de caravansérails et d'édifices de tous les genres qu'offrent ces débris , on doit croire que cette ville a été une des plus vastes de l'Inde. En s'approcha nt de la ville par le nord du village de Runnoor, à une distance de quatorze lieues, l'œil du voyageur découvre le superbe dôme du tombeau de Mahomet Shah : de plus près on croit voir une capitale magnifique et populeuse , tant est grand le nombre des dômes , des flèches , et des édifices qui s'offrent a la vue; et, bien que le chemin qui conduit aux murs d'enceinte ne traverse que des ruines, cependant le bon état des murailles, les canons aux embrasures, les gardes placés aux ports, tout communique l'illusion d'une ville habitée; mais, en entrant, cette illusion s'évanouit pour faire place au plus douloureux contraste entre l'état de conservation des édifices consacrés à la mémoire des morts , et la destruction totale de tout ce qui servit d'habitation aux vivans.
Le temps a encotnbré de débris ces rues où une loule nombreuse ralentissait seule le pas-
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sage ; le silence et la solitude habitent où résonnaient autrefois les bruits d'une cité populeuse.
Cette esquisse imparfaite el rapide des antiquités de l'Inde, insuffisante sans doute pour l'antiquaire, suffira cependant pour donner une idée générale de l'ancienne grandeur aux époques les plus reculées de son histoire, de ce pays naguère populeux , opulent et civilisé. Nous allons donc passer maintenant aux villes modernes de l'Inde, commençant au nord par la capitale du Mogol. et arrivant successivement aux cités qui se rapprochent de l'équateur et de la mer.
Les ruines de l'ancienne Delhi s'étendent dans une circonférence de vingt milles: mais la ville actuelle n'a qu'environ sept milles de circuit. Elle est située sur une chaîne de collines de rochers, et entourée d'une muraille crénelée que le gouvernement anglais a fortifiée de bastions et de glacis. Un grand nombre, des maisons qu'elle renferme sont vastes et élevées; il y a un grand nombre de mosquées avec de hauts minarets et des dômes dotés; mais les édifices qui dominent tous les autres sont le palais , corn-