CHAPITRE IV
fendre en juin, il approchait en général de la vérité, ou à quelques jours près. Il lui arriva une fois, en se rendant à pied du lieu de sa résidence a une ville voisine, de s'arrêter dans une ferme pour s'y reposer : au moment de se remettre en route, son hôte lui conseilla de ne pas exposer sa santé en voyageant pendant une journée où il pleuvrait plus fort que d'ordinaire. Comme le ciel était sans nuages , le médecin prit ces paroles pour une plaisanterie , ajoutant que , n'ayant jamais fait la moindre attention à l'étal du temps , il croyait pouvoir s'aventurer au milieu d'un si beau jour. Le fermier insista, mais en vain. Le savant docteur , sans se faire connaître , se mit en route. Cependant, avant d'atteindre le but de son voyage , le beau ciel se couvrit subitement de nuages épais, et bientôt il fut inondé de torrens de pluie. Il se souvint de la prédiction de son hôte , et résolut de le visiter à son retour, afin de connaître la source cachée de son exacte prévision. Quel fut son étonuement en entendant déclarer qu'une seule autorité était digne de coniiance , et en recevant des reproches pour n'avoir pas consulté les pages infaillibles
&0/j 1ABLEAU DE l'iNDE.
du docteur Francis Môore, Fauteur prophétique
de falmanach vulgaire.
Rien de plus opposé a cet état de choses que L'invariabilité et la constance des saisons dans l'Inde. Les deux divisions principales sont la mousson du nord-est, et celle du sud-ouest, ou la saison humide et sèche, appelée dans la langue indienne , mosem ( d'où dérive le mot mousson); et la saison chaude et froide, embrassant une partie de chacune des premières.
Sur la côte de Malabar, la mousson du sudouest commence vers le milieu d'avril , et dure jusqu'en août ou septembre, époque où elle perd graduellement de sa violence, et est remplacée par des vents légers et variables. Vers la fin d'octobre , la mousson du nord-est commence sur cette côte ; et ce qui est singulier , de même que la mousson opposée, elle souille d'abord sur la partie sud, et ne se fait pas sentir dans le nord avant près d'une quinzaine. Cette mousson dure jusqu'en avril sur la côte de Coromandel ; celle du sud-ouest commence vers la fin de mars, ou le commencement d'avril , mais irrégulièrement H sans force, jusqu'en juin; les brises de terre
CHAPITTIE IV. 2(>5
et de mer souillent fréquemment en mars , avril el mai. Même pendant les trois mois suivons, quand cette mousson est entièrement fixée , une brise de terre se fait souvent sentir de la côte , durant 2,4 ou ^8 heures. En septembre cette mousson fléchit, et celle du nord-est commence vers le milieu d'octobre : c'est à cette époque , jusqu'aux premiers jours de décembre, que la navigation devient extrêmement dangereuse. La longue durée de la mousson du sud-ouest entraine un énorme volume d'eau dans le golfe du Bengale , et cause un ressac terrible sur la côte de Coromandel. Les vents du nord-est entretiennent ce ressac en poussant les vagues vers le rivage.
Sur les deux côtes, l'apparition des moussons est en général accompagnée de violens ouragans ; mais les tempêtes et les averses inattendues sont plus fréquentes et plus violentes sur la côte de Malabar, où les travaux agricoles sont exposés a être détruits par deux causes opposées- des déluges dévastateurs, et, ce qui est encore plus redoutable, de longues sécheresses. D'un autre côté, la côte de Coromandel éprouve des chaleurs plus intenses , et des sécheresses plus prolongées. Le Carnate et l'extrémité nord-ouest des
206 TABLEAU DE l'iNDE.
^*, Circars septentrionaux passent pour ies contrées les plus chaudes de l'Inde.
Quand la mousson du nord-ouest domine, la côte de Malabar est inondée de pluies, provenant des nuages poussés par le vent et arrêtés par la haute chaîne des Ghates occidentales. Il suit de là que la saison de sécheresse a lieu alors sur la côte du Coromandel. Mais comme les Ghates occidentales ne s'étendent pas plus loin que la latitude de Surate , au nord de ce parallèle , la mousson du sud-ouest emporte les pluies aussi loin qu'elle souflle , et sans interruption, sur toute la contrée. Ainsi, tandis que le Carnate n'a à peu près que deux mois de pluie, dans les Circars il pleut pendant neuf mois.
La saison pluvieuse sur la côte de Coromandel commence avec la mousson du nord-est, vers le milieu d'octobre , quand la saison de sécheresse commence sur la côte occidentale. Les pluies sur cette côte ne sont pas cependant si fortes que celles qui tombent au Malabar. Ceci semble avoir pour cause la moindre élévation des Ghates orientales , ainsi que leur plus grande distance de la mer que les occidentales. Elles interceptent par là une plus petite portion de