‹ Tableau pittoresque de l'Inde; ou, description géographique, statistiqueChapitre 16 sur 74 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Population , religion , mœurs , coutumes et caractère général des habitans de Tlnde.

La population de îa partie de l'Inde comprise entre les monts Himalaya et le cap Comorin du nord au sud, et entre le Gange et Tluilu;^ de Test aTouest^ est de i35,ooo,ooo d'âmes, d'après les calculs les plus exacts et les plus récens. Cepeu-' dant nous verrons bientôt qjue ce sont diverses nations distinctes, différant essentieUemeTit de teint, de langage, de religiqn, d'usages, composées d'une grande variété d'élémens , maif réunies par le lien politique en un immense empire. La dénomination d'Indous qui leur est. commune ne les empêche pas d'être aussi différentes Tune de Fautre que les divers peuples de notre Europe •

Etablissons d'abord les principaljss 4ivi9ions

de ces peuples. Ce sont les Indons, les Maho-* métans , les Parsis , les demi-castes ou Émosiens^ et les Européens de différentes nations, établis parmi eux comme gouvernans et comme négocians. Les premiers se divisent en un grand nombre de castes et de sectes distinctes ; les autres ont aussi leurs subdivisions. Il existe encore d^autres classes formées d'un étrange mélange dlndous et de Mahométans , et ceux-ci se trouvent encore croisés avec des chrétiens et des juifs, ce qui donne une nouvelle nuance à leur religion et k leurs coutumes. Nous dirons en sa place un mot de chacune de ces divisions , mais nous ferons auparavant quelques observations sur la couleur et les langues de tous.

Les Indous sont en général d'une couleur de cuivre et d'olive. Chacune de ces deux couleurs s^y trouve avec un grand nombre de nuances.

Dans rinde , ce n'est pas le plus ou le moins de proximité de l'équateur qui détermine la couleur des individus. Des causes purement physiques occasionnent des différences frappantes entre des régions placées sous la même latitude, et en général le teint des Indous est la chose en laquelle ils diffèrent le plus les uns des autres.

chàpithe il. loi

Quelques-uns sont presque noirs; ce sont ceux qui habitent les bois , ou ceux qui sont occupés de travaux fatigans auxquels ne se livre pas le reste de leurs compatriotes. Leurs cheveux sont^ sans exception, longs , beaux, et d^un noir de jais. S^ils n^ont pas toujours le nez aquilin, ils ne l^ont jamais du moins enfoncé dans leur figure , avec d^énormes narines évasées , comme les Cafres d'Afrique et les Malais. Leurs lèvres, quoiqu'en général plus grandes que celles des Européens, ne ressemblent en rien à ces lèvres épaisses qui caractérisent les deux nations dont j'ai parlé. Les sourcils sont épais chez les hommes, minces chez les, femmes , et bien placés chez les uns et les autres. Leur paupière est de la plus belle forme ; elle est grande , mais sans s'ouvrir circulairement, comme chez certains peuples, ni sans rester seulement à demi ouverte , comme chez les Chinois. L'iris est toujours noir, mais rarement brillant, si ce n'est chez les enfans et quelques femmes ; le blanc de leurs yeux n'est pas non plus sans une teinte de jaune, circonstance qui les fait paraître peu animés ^i leur donne même un air de Icingueur. La coupe de leur figure Varie ; mais

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le plus souvent elle est ovale , surtout chez les femmes. Cette variété dans la forme de leur visage est un des principaux caractères qui distinguent les babitans de Tlnde des Tartares et des Malais , dont les figures sont toutes de la même forme , c^est-àMÎire , aussi larges que longues.

La force musculaire de Tlndou est bien moindre que Ton ne pourrait Tattendre de l'apparence de sa conformation ; mais il est doué d'une certaii^e souplesse qui lui donne la facilité de se livrer long-temps k un travail proportionné k âes forces, et qui lui rend naturelles et familières toutes ces contorsions et ces postures qui amusent et étonnent souvent le^s babitans des pays dn nord. Il n^ ^ pas dans le monde de bateleurs plus extraordinaires , et en cela ils ressemblent beaucoup aux Chinois , doul la passion pour ces divertissemens est excessive j et dont les faiseurs de tours sont d*tine force presque incroyable. Il parait que les anciens Mexicains n'étaient ni moins habiles , ni moins adroits. Les messagers indous font cinquante milles par jour , et marcheront ainsi vingt ou treijyte jours consécutifs, l^eur infanterie marche plus vite et se fatigue

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moins que celle des Européens; mais ne marcherait pdint du tout , si on la chargeait et si on l'équipait comme chez nous.

M. Colebrooke compte dans Tlnde dix langues formées et polies qu'il suppose y avoir été par^ lées autrefois par autant de nations civilisées. Ce sont d'abord le sanscrit , parlé par la nation de Sarascoata; le second , Tindi , parlé par les Cangacubyas ; le troi^ème , le tirhutiga , ou maifhila, qui se rapproche beau|Coup du quatrièoie, qui est le bengali ou gawra ; le cinquième est le gurgara , qui ressemble beaucoup a Tindi; le sixième, Tulcana, ooriga ou orisfsa; le septième, le mah-> ratta; le huitième , le tçlinga; le neuvième , le karnatta ou camara, et le dixième, le jamul.

Toutes ces langues ne sont que des dialectes du sanscrit^ ou se sont considérablement mêlées à ce dernier.

Dans rindi cependant, ainsi que dans quelques autres, il y a des traces d'un idiome distinct, sans aucune affinité apparente avec le sanscrit, et qu'on considère comme les restes, ou le fond d'un, langage originaire. Le dialecte bengali , parlé par les Sikhs ^ parait être le même que le sarascoata, ou en être dérivé. Le briz-bhassa, ou

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vraza-bfaassa , est une variëté de Tindi, reniermanl encore une plus grande portion de sanscrit ; il est parlé dans les hautes provinces y spéciale-ment dans le Doab. Cachemire a ensuite un dialecte qui lui est particulier. On peut aussi comprendre dans cette énumération le magadha ou pâli, langue savante de Ceylan et de l'empire Birman , et en même temps dialecte indigène du Bahar. Cest encore du sanscrit, avec des dififé^^^ rences cependant, mais k peine perceptibles.

L'indostani e$i une langue mélangée , et qui varie beaucoup dans les diverses parties du pays. Le vrai indostani paramétre un mélange dMndi , de persan et d'arabe ; quant au jargon barbare que des méprises réciproques ont introduit entre les Européens, et leurs domestiques du pays , et qui porte ce nom , il mérite à peine le nom de langue. Quelques tribus des montagnes ont un basha, ou langage particulier , qui ne ressemble en rien au sanscrit, et qu'on supposée être aborigène. Les grammairiens du pays ep parlent sous le non^ méprisant de apahbransa, ou jargon.

Son véritable caractère est peu connu. C'est peutêtre le mêipe que le kussai, que parlent les qiontagnards habi^ai^t Ift frontière du B<engale et

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