‹ Tableau pittoresque de l'Inde; ou, description géographique, statistiqueChapitre 22 sur 74 · CHAPITRE II. \lf · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. \lf

le brun foncé ou hoir jusqu'à un jaune basané ; et dans certains individus elle approche du blanc. Leurs cheveux et leur barbe sont noirs. Souvent ils se rasent le sommet de la tête y mais ils portent leurs cheveux longs sur les côtés. Leur tournure est pour l'ordinaire celle des In^ dous, mais ils n'ont point la physionomie douce et intelligente de ceux des plaines. Ils ont les yeux enfoncés dans la tête, le nez relevé et pointu, le front élevé et rond^ les os des joues élevés y le menton long et le visage allongé ^ maigre et ridé aux coins des yeux et sur le front par l'effet du soleil. Leur coiffure habituelle est un sale bonnet de coton qui recouvre des che^ veux en désordre , et donne a leurs traits un as* pect plus sauvage. Les chefs portent le turban des Sicks , une veste de coton qui se termine en basques, et qui leur va jusqu'aux genoux, des pantalons de coton et une pièce de même étoffe qu'ils se jettent sur les épaules. Les moins riches, cependant, sont obligés de se contenter d'un caleçon de grosse étoffe de laine , et d^une couverture qu'ils se mettent sur la tête quand il pleut. Leurs femmes sont en général plus agréables dans leur jeunesse; elles ont beaucoup

Il8 TABLEAU m Lr'ufDE.

de la douceur qui caractérise le$ ludous» et leurs traits sont beaucoup plus délicats et régu* liers que ceux des hommes. Leur teint est beau* coup plus clair^ mais le soleil et Tintempérie des saisons ont bientôt détruit Tun et Tautre , et ne leur laisse bientôt qu'un yisage hâlé et ridé. Leur habillement est le même que celui des femmes de la plaine. La chasteté est ici une yertu peu connue et peu appréciée ; et on dit qu^une cou^ tume révoltante règne parmi ces peuples;^ je ne puis mieux la désigner que sous le nom de po- Ijrandrie. Cette circonstance m'amène à parler des Hyers qui étaient sur la côte de Malabar^ et dont il reste encore quelques descendans; la coutume était et est encore parmi ces peuples ^ que les femmes aient plusieurs maris, qu'elles les changent selon leur humeur. Giez cette tribu les honneurs , les distinctions et les propriétés stiiv^nt la ligne féminine , par la difficulté de s'assurer de la parenté, si ce n'est du côté de la mère. Ces femmes sont fort belles, même corn-'' parées aux plus remarquables d'entre les peuplades environnantes. Elles conservent encore la plupart de leurs coutumes. Mais il est temps é^ passer aux Mahométans.

Les Mabométans qvi forent d'abord les con* quéraas d» pays , et que les Européens ont dépossédés du pouvoir , ne forment qu'une petite partie delà population de Tlnde. On estime qu'ils en sont environ le huitième. Dans certains districts il ne s'en trouve presque point ; dans d'au-' très ils sont en plus gr^nd nombre ; enfin dans certains endroits auprès de Dacca , les Mahométans surpasseut en nombre les Indous eux-mêmes. En général , ils sont en grand nombre dans les grandes viUes , tandis qu'il y en ^ peu dans les districts agricoles. La guerre ouïe commerce forment leurs principales occupations y et la plupart d'entre eux sont militaires pu négocians. Ils ont la figure plus belle, le corps mieux musclé et l'air plus fier que les Indous ; ils conservent le souvenir de leur gloire militaire^ et n'aspirent qu'après une occasion 4e ressaisir leur puissance politique. Bieii qu'ils soient les moins nombreux , ils sont cependant les plus dangereux de nos sujets de l'Inde ; et ce n'est qu'avec des peines exitrêmes qu'on les maintient dans l'ordre. Ils sont eu général prodigues, licencieux et dissipa-* teurs ; mais ils sont aussi braves^ généreux et fidèles les uns à l'yard des autres • Leur religion

120 TABLEAU DE l'iKDE.

consiste pas seulement en la simple croyance du Coran , mais elle se trouve fortement empreinte des superstitions ^ des dogmes , des préjugés et des pratiques des Indous , de sorte que les Mahométans de FArabie les considèrent comme des hérétiques et des idolâtres. Ils sont loin cepen^ dant de différer entre eux comme les Indous.

Les Parsis y descendant des Guèbres de Perse qui échappèrent à la persécution de Shàh-AbbaSy forment une classe d'habitans riche ^ active et bonorable^ et contribuent beaucoup à la prospérité de ces établissemens. U n*y a pas de maison d^ commerce européenne dans laquelle au moins un d'eux ne soit intéressé , et c'est ordinairement le Parsis qui fournit le plus de capitaux. Leur influence est par conséquent très-grande ; ils sont propriétaires de la plus grande partie de File de Bombay. Lord Yalentin demanda à un individu aisé de cette nation , pojirquoi ils faisaient bâtir des demeures si splendides , et ils achetaient des terres qui ne leur donnaient que quatre pour cent de leur argent, tandis qu ils pouvaient si fecilement en tirer dix ou douze; sa réponse fut: C'est ici que nous Sommes nés, ce sera ici que nous mourrons ; nous ne tournons point nos regards

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vers un autre pays , il est donc naturel que nous cherchions à posséder quelques biens que nous puissions transmettre à nos eiifans. Vous autres Anglais, vous n'êtes ici que pour un court espace de temps, et vous aimez k faire valoir votre argent le plus possible , afin de vous retirer bientôt dans votre pays, où j'imagine que vous faites comme nous faisons ici.

Depuis le temps que Bombay se trouve sous la domination des Européens, les Parsis n'ont guère adopté les mœurs européennes; leur costume est, disent-ils , celui qui avait été adopté k leur arrivée dans le pays ; mais , quant a leur nourriture et leur boisson , elle est la même que celle des Anglais. Leurs maisons sont ornées avec profusion de glaces , de gravures et de peintures anglaises. Il faut le dire k l'honneur de leur hubfianité et de leurs moeurs^ ils ont soin de tous leurs pauvres^ et il n'y a pas une seule maîtresse , une seule courtisape de leur caste dans tout rétablissement. Us sont généreux et splendides dans les classes élevées, actifs etintelHgens dans lesclasses inférieures , et de beaucoup préférables, comme domestiques , aux Musulmans et aT;ix Indous^ La plupart parlent correctement Tàpglais. Dans leur

laa TÂBLBAi) i>£ l'ibde.

personne ils sont beaux ^ beaucoup moins bruns que les naturels , quoiqu'ils niaient pas la peau blanche comme les Européens. Ils ont des manières douces ei prévenantes. Pavoue , dit le lord que j'ai déjà cité , que je Les préfère infiniment h toutes les races d'hommes soumises, dans TOrient à la domination anglaise. Ils ont un grand nombre de temples consacrés au feu ; mais kurs prêtres n'ont aucune autorité sur leurs affaires ienq)orelles et fort peu sur les spirituelles. La beauté de l'esplapade est le ms^in et le soir bien relevée par la présence des adorateurs du soleil, qui y viennent en foule avec leurs brillans costumes blancs et leurs turbans de coideur, pour saluer son lever , ou offrir leurs hommages à ses derniers rayons en se prosternant humblement devant lui. Leurs femmes ne se montrent point alors ; c'est le moment où elles vont chercher de l'eau aux puits comme les femmes des anciens p atriarcfaes.

Les femmes guèbres, dit madame Graham > jouissent de plus de liberté que les autres femmes de l'Orient , mais elles n'ont point encore pensé à cultiver leur esprit. Ceci peut en grs^nde partie çtre attribué au mariage qu'elles contractent de

GflAPITRE II* laî

très^bonne heure. En deyenant ainsi dans leur enfance la propriété de leurs maris , elles ne pensent plus à s^attirer davantage leur affiection. Cette coutume de les marier encore enfans pent être coDsidérée comme le plus grand obstacle a Tamélioration des caractères et des manières des Par* sis. Les femmes ont plutôt la réputation d'être chastes que propres* Leurs jeunes filles sont délicates et agréables; mais, avant d'avoir attein. râg. a. ^ ..s. .Ues d.™n»« «Wre.

et masculines , et même beaucoup plus que les femmes des Indous ou des Mahométans. Nu doute que les Parsis iioien^ la caste de Tlnde la plus susceptible d'amélioration. La religion et Ira coutumes quVni suppose en dépendre sont les obstacles réels qui s'opposent à tout perfecttonnemeat chez les Orientaux , soit Musulmans, soit Indous : il est à remarquer que râen de tout cela n'existe chez ces Parsis. Ils ressemblent sous tous les rapports beaucoup plus aux Européens qu'aucune autre classe d'habttaas du sud de l'Asie ; et , comme ils sont moins liés par des lois

tant anciennes que modernes , ils sont beaucoup plus disposés à adopter tout changement ou ils voient de l'avantage. Enfin , à oous les considé-^

1^4 TABLEAU DE L'IMDE.

rons sous tous les points de vue , nous trouverons qu'ils sont , de tous les naturels de l'Inde ^ les plus vigoureux , les plus actifs et les plus intelligens.

C'est principalement à Calcutta qu'on voit une classe distincte, produit du commerce des Eyiropéens avec les naturels du pays. Cette classe forme comme le lien qui unit les gouvernés aux gouvemans. La partie du plus pauvre des européens^ les chrétiens et portugais indigènes, se mêlent avec les habitans du pays dans les rapports ordinaires de la vie et dans les amusemens, en sorte que leurs moeurs et leur caractère subissent, par suite de ce mélange , une légère al^ tération. Aucun recensement ne donne une idée exacte du nombre de cette classe importante.

Sir John Malcolm prétend que ce nombre n'est pas considérable; et, en effet, plusieurs causes tendent k produire ce résultat.

La plupart étant de naissance illégitime,. il est rare qu'ijs soient riches; cette circonstance les empêchant de pourvoir convenablement au bienêtre de leurs énfans, est un obstacle a ce qu'ils se marient jeunes. Les hommes contractent ra-r rement mariage avec des européennes, et de leurs

GHAPITHE II. Il5

liaisons avec leur propre classe, ou avec des femmes indigènes , provient une race plus brune encore qu'eux-mêmes. Beaucoup de ces derniers^ dont les parens sont pauvres, se mêlent à la dernière classe de la population chrétienne indigène (descendant des portugais et des Indiens convertis), et dans la génération suivante , ils perdent toute trace de leur race originaire. D'un autre côté les enfans des femmes de cette classe qui ont été mariées k des européens , étant plus blancs et appartenant k un autre ordre de société , finissent , k la première ou seconde gêné-* ration , par être entièrement distincts de la race indigène, dont ils descendent en ligne maternelle. Si nous en exceptons quelques-uns qui ont acquis k la guerre un nom et des richesses , la partie la plus respe^itable et la plus active de cette classe , se trouve dans les capitales des trois présidences, et dans les principa^les stations civiles et militaires. On peut dire qu'ils ont le monopole des places de commis e^t des comptables au service du gouvernement ou des négocians européens. Us parlent tous anglais, ainsi que le dialecte du district où ils sont nés. A quelques

126 TàBLEAU DB Jl'iIIÏ^Ë.

exceptions près, cependant, ils n'ont sur les indigènes aucune influence politique. Us n'ont jusqu'à ce jour eu aucun intérêt k exercer une influence de cette nature, et ils y seraient disposés, que plusieurs obstacles s'y opposeraient. L'époque où ils pourront amver, conune classe distincte , à une certaine force numérique , est assez éloignée ; mais comme ils ont presque tous une certaine éducation , ils doivent à cet avan^ tage, une importance que ne comporte point leur petit nombre. Us n'ont jamais perdu une occasioil de se rendre respectables et utiles cl^a^ cun dans sa sphère particulière ; ant yeux des Indiens et aux leurs , c'est de leurs rapports avec les européens que découle leur importance; ^ussi sont-ils flers d'une origine qui les élève ^ et il n'y a que le liaépris «t l'humiliation qui les porterait a avoir des intérêts séparés de ceux des anglais. L'orgueil qu'ils mettent k se dire euro^péens , tout en les rendant plus sensibles aux mépris auxquels les expose l'anomalie de leur ^situation , fournit les moyens d'en faire d'utiles alliés. U est donc d'une bonne politique d'éten-* dre aux individus de cette classe , toute la consi-

GHAPITKE II» 12^7

dàration possible , d^autant plus que la loi leur accorde le droit de posséder des terres, et de siéger comme jurés.

Les femmes demi-castes , au Bengale , s^appellent cheechées, d^un mot indien qu'elles prononcent fréquemment et qui signifie : fi donc! Beaucoup d'entre elles sont d^aimables compagnes 9 possèdent un cœur affectueux , et remplissent convenablement leurs devoirs d'épouses.

Mais peu d'entre elles jouissent de la société européenne ; la différence qu^elles savent exister entre elles et nos bdles compatriotes, leur donne tm sentiment de leur propre infériorité, qui fait qu'elles sont mal k Taise dans la société des européennes. Elles évitent donc leur présence et même, dit-on, les jalousent. Leur bonheur devrait consister à s'unir à des hommes de leur caste; mais , chose étrange , elles les regardent comme au-'dessous d'elles, et les admirateurs deces nympbes charmantes sont généralement de jeunes européens. Les pensions de Calcutta renferment plus de 5oo jeunes filles demi-castes, où ces enfans illégitimes d'européens et de dames indigènes reçoivent une éducation soignée.

Les religions et les superstitions de l'Inde

ia8 TABLEA.U DE l'iUDE.

sont si variées et si extravagantes , qu^on noud excusera de ne donner ici qu une esquisse rapide de ce qu^elles offrent de plus remarquable. L'absurdité même de Tidolâtrie indienne , dont toutes les pratiques sont un. outrage perpétuel au bon sens , sert à lui donner des racines plus profondes encore dans le cœur d'un peuple sensuel, enthousiaste et ami du merveilleux* Infatués de leurs idoles y ils ferment Foreillc à la voix de la nature. Mais ce qui attache surtout les Indous h leur religion, c'est qu'elle favorise leur orgueil et tous leurs vices; ainsi leurs sens, leurs passions, leurs intérêts, tout est en sa faveur. L'intérêt surtout, ce puissant levier des choses humaiùes , est le support principal sur lequel s'appuie l'édifice de l'idolâtrie indienne. Ceux qui sont a la tête de ce culte insensé , convaincus qu ils sont pour la plupart de son ab^ surdité, sont les plus zélés à sa propagation, parce qu'ils en vivent, Le brahmine ne vit que pour lui ; élevé dans la croyance que l'univers entier est son débiteur, et qu'en retour il ne lui doit rien , Tégoïsme le plus complet dirige toute sa conduite. Jamais son cœur, ne s'émeut aux souffrances d'aulrui.'Il laissera périr à sa porte

CHÀPÏTRE II. I^

tin malheureux, s'il est étranger à sa caste, sans même lui offrir un verre d'eau, dût ce faible secours lui sauver la vie. Les guides religieux tie rindou Tant habilement privé de sa raison et de l'usage de son intelligence. Jamais il ne lui est permis de juger par lui-même, pas même pour ses affaires domestiques , et dans les circonstances les plus triviales. S.es institutions immuables ont tout réglé dans sa vie. C'est un trrime que de s'instruire, un crime que d'instruire les autres. Prêter l'oreille a un instituteiir religieux autre qu'un Brahmine , est le plus horrible de tous les forfaits. Par ses institutions ^ ses usages, et ses habitudes , un Indou et surtout un Brahmine est une sorte dé monstre moral , placé ^en état de guerre continuelle avec le reste du monde , avec lequel tout rapport affectueux et intime^luî est interdit, et pour lequel onjui ordonne de n'avoir que dii mépris et de la haine.

L'une des principales fêtes indiennes à Cal-f cutta est le Chivameck poujah ^ en l'honneur de la déesse KaU. Voici la description qu'en donne révêque Héber dans son journal: ^

((Le 10 avril, a la pointe du jour, nous fûmes éleillés par les sons discordans de la musique

tîo TABLilSAlT D^ X.'uit>E.

indieBoe. Nous moniâines aussitôt .à cheval, et nous nous rendîmes au MeîdaA :1a foule était nombreuse et d^un aspect très-pittoresque ; la musique était principaleiBeiiit composée de doubles tambours très-vastes , ornés de panaches noirs , semUables à jceux d^un corbillard^ et qui s'élevaient de beaucoup au T dessus de la tête de celui qui battait du tambour.

« Toutes les personnes qui^ faisaient partie de

la procession., ainsi qù'«n grand nombre de

spectateurs, avaient. la figure et les vélOBiens

peints de vejrmillon : ils portaient sur la tête des

couronnes et ides guirlandes de fleurs ; des fleurs

composaient aussi leurs baudriers et leurs çein-»

tures; des trophées de diverses sortes étaient

promenés sur d«s chars iiiirés par des che vaiix ou

lies taureaux : quek^esnuns létaient des emblè^

mef^ mythologiques , d^autrea des imitations de

divers objets d'Eur4»pe , tels cp$e /des soldats , des

vaisseaux* Les ferveas avaient de petites lapces

qui leur perçaient jbi languie ., ^ pointaient des

aies; d^autres, eii plus grand nombre, pres--

sai&t sur leurs corps des .fers chfafu4s; tous

étaient nus ijusqu^à la ceinture, couverts de

fleurs, et complètement peints de vermilkm.

Leur ckçveJure , longue^ npire et i^umidiç , pendait sur leurs épaules; de t^Q9]}s en tftOEipSf lorsqu'ils passaient devant nous, il$ y^orcaii^nt de danser; mais en général leurm^cl^e4t^|t lente,, leur coptenance exprimait la douleur et la vé'^ sign^ûoQ ; mais je n'aperçus p^rmi eux aucune trace de frénésie ou d'iyre&se, )>

Da»5 ïa soirée^ révêque alla se promener dans Bàilacounha* U arriva h temps pour être témoin de la cérémonie qui «U^it avoir Ifcûv La victime fut conduite ^ns résistance appa<^ rente , et couverte de fleuri , jusqu'au pied d'un mât élevé a cet effet. Un harpon fij^ alors at* taché aux muscles de son flanc; elle endura cette opération sans s.ç plaiudr^ ; on noua autour d'elle Une large ceinture pour empêcher qnm le poids de son coips w dét^bât le J^^rpon^. On la souleva alors, et du haut A(x m4t on la jBt tournoyer : le monvemeut était doux d'al^ordj mais bientôt il devint d'une rapidité ei^r^me* Au bout de quelques minut^^ on arrêut, et 1g$ spj^ctatçurs allaient la détacher ; mais elL^ fit ^igne de la main qu'on continuât : cette résolutiûu fut accueillie par des apptaudisseaxeus unanime >

1^2 TABLEAU tE L^^DE.

Cl, après lui avoir fail boire un peu d'eau, le tournoiement recommença.

Mais le poujah le plus populaire au Bengale est le skara deerja ^ ou fêle d'automne , en Fhonneur de la déesse Daorga. On y dépensé des sommes immenses ; toutes les affaires cessent pendant (^quelques jours, el tout le pays ne présente plus que l'aspect de fêtes et de réjouissances. Quelque temps avant cette fête , les sirkars et pundit, employés à Calcutta, reviennent chez eux, et ont quelques semaîues de vacances. Pendant la célébration du Doorga poujah , qui occupe plusieurs jours, dit M- Wallace , les riches Indiens de Calcutta rivalisent à qui donnera les nautches les plus splendides; ils durent trois nuits consécutives , et les Européens y sont invités par des billets conçus dans les termes les plus polis. Des salles provisoires sont élevées pour ces époques de profusion orientale , dans lesquelles de vastes sommes sont dépensées chaque année • J'ai vu dans quelques-uns de ces soupers brillans deux cents convives assis k un repas magnifique , dans lequel le Champagne circulait comme de l'eau,

GHÀPITRÇ I>. i33

et où la glace se mêlait aux liqueurs les plus exquises. La salle était éclairée avec une grande quantité de candélabres et de bougies^ dont l'éclat se répétait dans d'innombrables glaces. Des jets d'eau rafraîchissaient ratmosphèrej dçs parfums et des fleurs de mille espèces rappelaient à Timagination tous les enchantemens des Mille et une Nuits.

Les Indous ne participent point k ces banquets ; mais ils entrent dans la salle , félicitent les convives, et veillent à ce qu'il ne manque rien a la splendeur de la fête. En attendant le moment ou ces brillans salons s'ouvrent comme par enchantement, la société est dans un vaste amphithéâtre , où divers amusemens l'occupent agréablement ; ce sont des danses de jeunes filles , ce sont des airs joués piir des musiciens européens et indiens, des acteurs, des mimes; tout cela, joint aux costumes des divers peuples, forme un ensemble véritablement magique. Les uns s'asseyent et regardent les danses; d'autres se promènent dans l'enceinte du virandah, pour voir les dieux domestiques, dont des centaines sont exposés k tous les regards : les uns sont moitié éléphans et moitié hommes;

ti4 TÀBLBàV DE LIUDE.

d^ûntres ont plusieurs têtes et un grand notnbre de bras : eeux«-ci sont entièrement nus, ceux-là magnifiquement vétus^ Lies fenêtres des appartemens des dames indiennes donnent sur ce vaste amphithéâtre 9 et à travers les fentes des jalousies elles jettent des regards fxirtifs Sur ce spectacle.

Dans la soirée du Doorga poujah , les dames indiennes invitent les dames européennes. Plusieurs d^entre elles dansent . avec beaucoup de grâce ; d^autres jouent d'un instrument qui ressemble à la guitare. Un orchestre indien se compose de cet instrument, auquel se joignent des clarinettes, des timbales et des tambours de basque, qui produisent une harmonie sauvage, mais agréable et tnélancolique. Les airs le plus et^ vogue sofit empruntés à la musique persane.

Les danseuses sont vêtues avec le plus grand luxte. Leurs danses se composent de transitions, soudaines; leurs mouvemens sont quelquefois d*une telle lentèUr, qu'on cifoîraît qu'elle^ vont s'endormir; mais la musique venant à changer, ta vie alor^ tenait en elleâ , et on les voit se livrer à Une succession ra{>ide de mouvemens

violens. Tantôt elles donnent k leurs robes di^ vers plis gracieux, tantôt elles les laissent âotter, et, tourna»! rapidement sur elles-mêmes, le cercle qu'elles leur fomt tracer imite la queue déployée d*un pacHi. Elles continuent ainsi pendant un temps qui étonne.

Un calcul modéré élève, dans la seule ville de Calcutta, k i2,5oo,ooo francs la dépense annuelle de celte fête. Il y a cinquante ans (Tauteur écrivcdt en i8i i ), un riche Indien, nommé Kandtirpou Gk)urou , y dépensa une année 950,000 francs , et ne passa jamais une fête sans y dépenser an moins 3oo,ooo francs.

L'infanticide des filles est universellement répandu parmi les Jharegas : on ne s^accorde pas sur Torigine de cette coutume barlunre. Quoi qu'il en soit , elle S( été enconragée par 1^ Brahmines Ragbair y qui ont de tout temps ctét^hargés du sacerdoce chez les Jharegas. Us déclarent prendre sur eux la culpabilité et le châtiment que les livres sacrés prononcent contre ce for^ fait, n est probable que cette pratique coupable provient, chez les Jharegas ^ de l'absence des moyens nécessaires pour établir leurs filles. Joignez k cela que le Jharega met sa gloire k ce

l36 TABLEAU* DE L^IMDE.

que sa fille n'ait de relation avec aucun homme.

Ce sacrifice a lieu une fois Tan au mois de janvier pour les riches; mais, comme les dépenses en sont considérables^ ceux qui n'ont pas les moyens de le faire annuellement ne le renouvellent que tous les trois ou quatre ans. Le sacrifice consiste a immoler un taureau, dont le sang est bu avec avidité par ceux qui se croient possédés du malin esprit, et qui veulent s'exorciser; après quoi Ton danse, Ton se réjouit, et là fête dure tant qu'il reste de la chair de Fa^ nimal.

Une eflfroyable coutume accompagnait la célébration du dusserah dans une tribu de Brahmines nommés Hairadés. Vers la fin de la fête ils sacrifiaient un jeune Brabmine à la déesse infernal^ Sactis, qu'ils supposaient altérée de sang butnain. Fréquemment c'était un ami ou un parent qu'immolait le sacrificateur; c'était par* fois un étranger qu'on avait tenu dans l'ignorance du sort qui l'attendait, et auquel celui qui devait consommer le sacrifice avait prodigué les soins les plus afiectueux, quelquefois même lui donnant sa fille en mariage pour l'endormir dans une plus profonde sécurité,

CHAPIT&E II. 187

Le jour du sacrifice , on administrait a la malheureuse victime quelque drogue enivrante , qu^on mêlait k ses alimens. Quand la dose corn** mençait à opérer, son hôte le conduisait luimême au temple , lui faisait faire trois.fqis le tour de l'idole; puis, le jetant par terre à ses pieds, regorgeait. On rassemblait avec soin tout le sang ; on en mettait sur les lèvres de la farouche divinité, et on en aspergeait son corps. Le meurtrier retournait alors vers sa famille , où il passait la nuit dans les réjouissances, persuadé qu'il s'était rendu propice la divinité infernale pour un espace de douze ans. Un sacrifice semblable avait lieu chaque année. On découvrit cette coutume horrible , et elle fut supprimée , non par le gouvernement anglais , qui se serait bien gardé d'intervenir dans les ac^es religieux des Indous, mais par le peishera, Bulagu-Baja Rad.

, Maintenant les Brahmines Kurnadec se contentent d'immoler un mouton ou un buffle , comme font aussi k Amber et Calcutta les prêtres de Kali. Pendant lel dernières années le nombre des veuves qui ont été victimes de ces coutumes efc froyables des Indous, connues sous. le nom de SuttieSf s'est élevé à deux par jour, en sortê^

i}& tablbâu èE l'inde.

qu'on peut dire que la flamme des bûchers n^e^t jamais éteinte.

Dans un journal du Bengale , le Kowmoady , publié k Calcutta, on lit sous la date du mois d'août i8;i8 :.

a Nous apprenons avec étonnement que Mudcc don Mc^un Chuckrusebutty , âgé de i5 ans j m habitant de la a4® Burgunnah (Calcutta ), « étant mort dernièrement, sa veuve , âgée seu- « lement de la ans, n'a pas voulu lui survivre « et s'est fait brûler sur son bûcher. »

Kous terminerons ce sujet par un autre extrait d'un journal de Calcutta; c'est une lettre écrite de Juggemacet, sous la date de janvier 1890.

(( J'arrivai sur les lieux seulement k temps pour voir allumer la flamme; car, dès qu'on aperçut, mon bateau qui s'approchait du rivage, les lâches instigateurs du sacrifice se hâtèrent de faire monter la veuve sur le bûcher. Je vis de mon bateau qu'elle pouvait k peine marcher.

Deux personnes la soutenaient par les bras.

Avant que j'eusse louché le rivage, elle était déjà étendue près du cadavre de son mari^ et le j(*eu avait été mis au bûcher. Quand elle com*

mença k sêmir la flàtniâe , je là tis qui essayait de repousser avec ses mains le bois quMls avaient entasse sur elle; mais cet effort parut étf^e pour lesmisérables un signal pour jeter d'autre bois sur elle , en s'ëcriant : « Hurree bol ! » Leurs eris étaient si bruyans , qu*îls couvraient la voix de cette malbeureuse. Mon indignation ne me permit pas de rester plus long-temps spectateur de cette barbarie; mais je ne m'étais pas ëléigné de dix pas , que Ton me dît que la victime s'était échappée du bâcher. Je me retournai et je vis un spectacle qui me glace d'horreur toutes les fois qu'il se représente k ma pensée. L'infortunée avait réussi h s'arracher de dessous le bois , et elle était tombée au pied du bûcher^ car Tef^ fort et la chaleur l'avaient presque privée de vie. Elle était Ih étendue, cherchante aspirer un peu d'air; sa figure et son corps offraient le plus horrible tableau. Sa mort ne fut pas différée de long'temps ; ils la replacèrent sur le bûcher, et entassèrent sur elle une nouvelle quantité de bois. Les misérables! »

Maïs quittons ce hideux spectacle, et parlons de ces jours de fêtes où les idoles sont expo-r secs k Tadoration du peuple, et où de nou-r

l4o TÀBLBÀU DE l'iHDE.

velles monstruosités vont s'ofirir k nos regards. Au jour fixé, quand les prières et les cérémonies nécessaires ont eu lieu dans Tintérieur du temple , les images sont tirées de leur trône et placées k Textérieur de la porte du lion. Au moment où, franchissant la porte , elles paraissent pour la première fois aux yeux de la multitude des pèlerins assemblés en dehors, un sentiment religieux plein d^enthousiasme se manifeste de toutes parts. Partout retentit le cri de lye Juggemacet ! victoire à Juggemacet ; et lorsque le monstrueux Juggemacet, la plus hideuse de toutes ces images, s'avance le dernier, l'air retentit d'acclamations nouvelles. Ces fameuses idoles ne sont autre chose que des bustes en bois, d'environ six pieds de haut, posés sur une sorte de piédestal, et ayant une grossière ressemblance avec la nature humaine ; elles sont peintes de blanc, de jaune et de noir; leur figure est horriblement difforme. Leur tête est ornée d'une espèce de casque, formé de pièces d'étofi^e de différentes couleurs»; Les bras des deux frères sont étendus horizontalement hors des chars.

Leur sœur n'offre aucune ressemblance avec la nature humaine. La grandeur et l'élévation des.

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