‹ Tableau pittoresque de l'Inde; ou, description géographique, statistiqueChapitre 56 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Après cette concession de Jacques P', la compagnie dirigea ^oxt atlention^ de rarchipèl in^ diexi> théâtre de ses premières opérations, an con* tinént de TAsie; et après avoir vu ses eflPorts repousses par les Turcs k A^en et Mocka, 4^ns la mer Ronge , et par les Portugais sur la côte de rinde, elle arriva enfin, en 1612, au grand objet de tous ses vœux. *

(( Les Anglais réussirent k conclure un arran- « gement commercial. Us obtinrent la permission (f d'établir des comptoirs à Surate, A'hiQedabad , Mt Camboje et Goga, désignés par les agens de u la compagnie comme les stations commerciales a les plus favorables. Un firman de Tempereur, c( conférant ces privilèges, fut reçu le ii jan- If vier 16 19, et autorisa le premier établisse- (c meut des Anglais sur le continent indien, qui M était alors le siège de Tune des plu^ viftstes et « des plus puissantes tnonarchies du globe. » YoL I, p. a6.

En 1612, une ère nouvelle. commença pour la çoiopagnie; ]usques-*lk, ces aventuriers avaient opéré k leurs risques et; périls , et avec leurs capitaux personnels , bien qùç la £sumlté de commercer fut limitée aux seuls membres de c^% com-

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pagnie^. On jugea *alors convenable d'obliger tous les actionnaires de se Soumettre aux décisionâ et aux opérations d'un conseil de la compagnie , sous le nom dé cour des directeurs.

Cette mesure avait pour objet de centralis^er le pouvoir de la compagnie^ et d'en confier l'exercice :à un petit nombre de mains.

les bénéfices réalisés sous le gouvernement de la cour des directeurs furent loin d'égaler ceux qu'avait valu aux particuliers la direction de leurs propres affaires. En effet, les profits sur les huits voyages précédens s'étaient élevés, l'un dans l'autre, a 171 pour 100 , en faisant entrer en ligné de compte les pertes résultant du quatrième voyage. Les profits des quatre voyages qui suivirent l'établissement de la cour des directeurs ne s'élevèrent , l'un dans l'autre , qu'à 87 et y, pour cent.

En 1Ô18, une seconde organisation de la compagnie eut lieil; Elle continua d'offrir le même esprit d'avidité et de jalousie contre tout ce qui menaçait de participer aux bénéfices de ses privilèges^ et aux actes de pillage et ,de brigandage qui en faisaient là principale sourcQ. En voici un exemple :

tt 'Les Anglais et les Persans convini^nt de « réunir leurs forces pour attaquer les Portu- «' gais dans rUe d'Ormuz> que cette nation avait ce conquise et fortifiée dans les jours de sa proscc périté. Les Anglais fournirent les forces na*- (c vales^ les Persans les forces de terre ; ïa ville « et le château furent pris le 22 avril 1622. Pour (( ce service, les Anglais reçurent une partie du « pillage d*Ormuz, et on leur accorda la moitié (( du produit des douanes du port de Gombroon, (c qui devint leur principale station dans le golfe « Persiqué. » Vol. i , p. 44-

Le fait le plusi remarquable que nou$ trouvons ensuite dans l'histoire des rapports de la compagnie aVec Tlnde , est ce qu^on appelle communément le massacre d'Amboine, mais qui ne fut que le jugement légal et l'exécution légitime par

les Hollandais^ de neuf Anglais , neuf Japonais

et un matelot portugais, convaincus d'avoir conspiré pour chasser les Hollandais de l'île de ce nom. L'une des circonstances de ce procès qui parut exciter le plus l'iiidignalion de la compagnie, était l'emploi de la torture pour arracher des aveux aux accusés ; comme si c'eût été la première fois que la compagnie entendait parler

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de la torture^ qui n'était abolie que depuis peu de temps en Angleterre, et qui faisiEÛt alors par* tie de la jurisprudence judiciaire de la plupart des peuples de l'Europe. Mais toute cette pré^tendue horreur n'était qu'hypocrisie ; la torture était abolie en Angleterre ; la compagnie en avait pi^éoeusement conservé l'usage ^ et l'employait dans toutes! ses possessions dans l'Inde.

(c Le fouet et la faim étaient les mojrens dé (c torture qu'employaient fréquemmentses agens. « Le capitaine Hatiiilton raconte , qu'avant que (( le droit d'infliger la peine capitale , à d'autres « qu'aux pirates, eut été accordé à lacompagnie, (( on fouettait ju$q^'^ la mort, ou on laissait (( mourir de faim ceux dont on voulait se débar- (( rasser. Il cite un déserteur qui mourut sous le (( fouet au fort Sainte-George.. On punissait aussi (( comme pirate quiconque ayant îi se plaindre « d'un gouverneur, annonçait l'intention d'en (' avoir justice. » Vol. i^ p. 49*

(( Cependant, malgré ce privilège exclusif du

«commerce^ malgré toutes les ressources du

(« pillage , les affaires de la compagnie étaient

« loin d'être, prospères. Nous voyons, en 1624,

« stf Robert Shirley, ambassadeur d'Angleterre

cbapithb V. Î173

u à la cour de Perse , s'adressant ap roi en son a copseily pour en obtenir Torcjre de faire payer ce à la compagnie des Indes une somme de s^Qoo a livres sterling , comme indemnité des services <( quHl avait rendus à la compagnie, en lui pro- ^ curant le commerce de la Perse. Nous voyons « la coqapagnie niant d'abord le prétendu ser- (( vice, pui^ alléguant son impossibilité de payer ; «déclarant quelle était endettée de 200,000 (( livres sterling, et que ses actions étaient tom- (( bées de 20 pour 0/0, les actions de 100 livres « se vendant pour 80. » Vol. i, p. 52.

MaiS; limitée comme elle Tétait dans ses ressources 9 ^9ins l'impossibilité où elle se trouvait

de s'enrichir , elle n'jsn persistàit qu'avec plus

d'ardeur à s'opposer aux opérations de quiconque réussissait mieux qu'elle et procédait avec plus d'inteUigence et d'économie. Il n'est pas de

me^r^ odieuses auxquelles eUe n'eût recours dans ce but* « Oii s'occupa dli;iterdire tout coip- « mej^ce particulier de la part des agens de la (( coQi^agnie , et iî plys forte raison de la part ((, de ceux qui lui étaient étrangers. L'or4re fut <c donné de s'emparj^r de toutejS personnes qui u c<3P}f^erceraiei»t s^aps gutorisaiion , et 4^ les

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w diriger sur T Angleterre. C'est a ces négociant « interlopes que la compagnie attribuait le mau*^ « vais succès, résultat de son ignorance, etau- (( cun effort ne fut épargne pour en anéantir la « race* » Vol. i, p. 88.

Que parlez-vous de patriotisme , d'humanité , de religion ! L'intérêt , l'avidité, ont rompu tous ces tiens pour la compagnie. (( Sa résolution de (r ruiner tous ceux de ses compatriotes qui au- « raient l'audace de se mettre sur la ligne de ses « compétiteurs, donna naissance à des actes « remarquables de cruauté et d'oppression. En « i666, un conflit s'éleva a ce sujet entre les <( deux chambres du parlement. Thomas Skin^ « ner, négociant, envpya un bâtiment aux Indes. « en 1657. Les agens de la compagnie saisirent (( son vaisseau et sa cargaison dans l'Inde ; con- « fisquèrent sa maison et l'île de Bauela , qu'il « avait achetée du roi de Jambeé. Us allèrent jusce qu'à l^i rçfnser le passage par mer. Il fut obligé « de revenir en Europe par terre. Le citoyen (( oppriméidemanda justice. Il présenta sa plainte (( au gouvernement,^ qui l'envoya d'abord à la (c commission ^du conseil, puis investit de son (( examen la Chambre des pairs*. . Les représeii-

« CHÀPITTIB Y. !I75

« tans de la compagnie étant Interroges, V^^^t u . sèrent de reconnaître la juridîctîbn des pairs, c< alléguant que cette chambre était une cour « d'appel, et ne pouvait juger en première in- « stance. La fin de non-recevoîr ne fût point

« admise. La compagnie en appela a la Cham- (( bre des communes; Tindignation des lords fut « à son comble. Ils rendirent sentence , et con- « damnèrent la compagnie h payer une indema nité de 5,ooo livres sterling au pétitionnaire, «c Les communes indignées , dans Timpuissance (( où elles étaient de se venger sur la Chambre (( des pairs, firent tomber leur ressentiment sur le « pétitionnaire qui n'avait déjà payé que trop « chérie crime d'avoir enfreint le monopole de « la compagnie. Elles le firent arrêter et enfer- (( mer à la tour. La Chambre des lords vota alors '<( une résolution qui déclarait mensongère et « Scandaleuse la pétition de la compagnie aux (t communes* Ces dernières, par un décret, dé- « clarèrent coupable de violation de leurs privi- H léges et d'infraction aux droits et aux libertés <c des communes d'Angleterre, quiconque prê- « terait main-forte à l'exécution de la sentence « des lords. La violence de ce conflit arriva a

^j6 TABLEAt Î>B '£'#NDE.

<c ce point quç le roi fut 'obligé de proroger sept « fois le parlement j et après un assez long inw teryalle, la contestation s'étant renouvelée , le (* roTCOXtToqua les deux chambres en son palais « de Whitehall, et obtint d'elles, par son in ter- M vention personnelle, qu'elles rayeraient du (c registre de leurs délibérations tous les votles j « résolutions , et autres actes relatifs à cette af- « faire. Pour terminer ce conflit, dont des deux (( parts on était las, le sacrifice et la ruine d\m « citojen furent jugés, comme c'est l'usage, chose (( peu importante. Skinner n'obtint point jusce tîce. » Vol. I, p. 88-90.

C'est pour prévenir le retour de semblables citantes , renouvelées dans la personne de celui qui écrit ces lignes, qu'il en appelle au boft sens de l'Europe civilisée pour qu'un cri unanime ■*' s'élève contre le renouvellement d'une charte

qui place le commerce et les libertés des peuples à la merci d'une compagnie de marchands pri* vilégiés. ^

Les verges et les chaînes qu'apportaient a l'Angleterre l'armada du Tibère espagnol, méritaient moins sa haine et son indignation, et il faudrait désespérer de l'avenir d'un peuple qui

. ckAPiTR£ V. a; 7

se ^oumettraîc saos fiiur mure à uu joug aussi hu" milianC.

Cependskul lei. .eiaaJ^arras de la compagnie al^ laienttoujoars euaugiàeotamXl'ejM; en yainqu^elle cherchail dans la corruption les moyens de se concilier les faveurs du gouvernement et de la législature. £n Tannée 1696 , on soupçonna forte^lent la compagnie d'avoir distribué aux meoibres du gouvernement de fortes sommes d'argent à Teffel d'obtenir le renouvellement de sa charte. lia Chambre des communes aianifesta Tinlention de s'occuper de cette affaire. Elle ordonna que les livres de la compagnie seraient examinés; il résulta de cet examen que c'était une coutume reçue dans la compagnie de faire des cadeaux à 4e grands personnages ; qu'avant la révolution , sous Gromwell, les dépenses pour ce chapitre i^'avaient jamais excédé 1,200 livres st;erling; mais que depuis elles n avs^îent cessé d'aller en augmentant, et. que dans l'année i%3 eUes s'é- ](aîeut élevées k l'énorme somme de 90,000 livres Siterling. Le duc de Leeds, qui avait reçu un préseJit de 5,000 li\TjBS sterling, fut ms ea accusa- Uoa par les communes. Mais on fit évader le téttainprindpal, et la proclamation qui ordonnait

aj8 TÀBLEÀtl DE l'mîDE.

de rarrêter dans sa fuite ne fut rendue que neuf jours après la demande qui çn fut faite par la Chambre des lords. Des hommes puissans s^intéressèrent pour empêcher les poursuite^ ; le parlement fut prorogé , et la tojle tomba sur ces scènes de désordre. VoK i, p. n4-n5.

En 1698 , Tancienne compagnie et une compagnie rivale, qui s'efforçait de la supplanter ^ luttèrent d'intrigue et de corruption auprès du gouvçrnement. La première lui offrait 700,000 mille livres sterling à 4 P- 0/0 , comme prix du renouvellement de sa charte ; la seconde offrait 2yOOO,ooo à 5 p. 0/0, pour qu'on enlevât le mo^ nopole a la première , et qu'on le lui transférât à elle. L'adjudication fut faite au plus haut enchérisseur. L'ancienne compagnie fut supplantée par la nouvelle. Les deux compagnies, malgré la haine qui les divisait, 3e réunirent enfin sous le règne de la reine Anne en 1702, sous le nomi de (c CkHmpagni^ des marchands trafiquant dans les (c Indes orientales » y nom que la' compagnie porte encore. C'est par la corruption et la plus basse intrigue que cette réunion s'effectua, et c'est ainsi que . devait finir une compagnie qui avait commencé par les pirateries du capitaine

Chàritre V, Î179

Lancasire. Une pareille origine justifiait une pareille £n. Nous allons voir maintenant la scène changer. A Tesprit de trafic va succéder Tesprit de domination. D'humbles marchands vont devenir des souverains redoutables , et les comptoirs vont se transformer en un vaste empire. Voyons comment s'est graduellement opéré ce vaste cbaàgement.

. Nous avons, vu dans l'Histoire de l'Inde de M- Mill, qu'à l'époque où les Anglais obtinrent pour la première fois d'ériger des factoreries sur la côte occidentale de l'Inde, ce pays était alors le siège d'un des plus vastes et des plus puissans empires. Le même historien nous apprend que, lorsque la compagnie fit les premières tentatives d'établissement sur la côte occidentale du Bengale, il fut enjoint à ses agens de se concilier la faveur da grand Mogol par la conduite la plus soumise et la plus. respectueuse. Us demandaient alors humblement la permission de mettre le pied, sur un territoire qu'ils reconnaissaient hautement être la propriété d'un autre. Ils sont maintenant lés souverains de ce même pays sur lequel ils exercent^une domination non contestée. Il n'est donc pas inutile de montrer par

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quelie progression ce grancT changement s*est eflFectué; et cela est d'an tant plus nécessaire que sur cette partie de son histoire la coitipagnie a gran dsoin de garder un silence prudent. Si nous demandons aux directeurs d'exhiber les actes par lesquels les babitans leur ont transféré là propriété du sol et de se$ produits, ils ne peuvent produire aucun document de celte nature j 81 on leur demande de citer quelque exemple de gouverneurs indigènes , avec oti sans leçonlentement de leurs peuples , quittant leurs vallons et leurs collines pour remettre volontairement le dépôt de leurs droits, de leurs privilèges, de leurs propriétés, entre les mains de la compagnie, comme plus capable qu'eux-mêmes de bien les gouverner, même impossibilité de citer un seul fait de cette nature ; en sorte qu'il est littéralement vrai de dire que les seuls moyens qui ont présidé aux conquêtes teiritoriales de la compagnie, sont la fraude ou la violence, tantôt Ttine, tantôt Taptre, et quelquefois toutes les deux réunies.

Il fut un temps où cette vérité avait pénfétré dans les convictions de T Angleterre j l«t voix des Burke et des Shéridan retentissait encore dans

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