CHAPITRE VI
Voyez, au contraire, un peuple barbare que viennent visiter des commerçans étrangers, et qui en vpie lui-même ses concitoyens voyager
aux rivages lointains^ Les bienfaits de ces com-
munications se manifestent de diverses iaçons. Ce peuple voit son intelligence se développer peu à peu par suite de ses rapports avec des hommes de langue et de mœurs étrangères; sa curiosité est excitée par tous les objets nouveaux oflFerts a ses regards. Il soupire après la possession de tout article de luxe ou d'utilité qu*il ne possède pa& encore.
En visitant d'autres pays , ce peuple obscjrve des usages qui diSerent des siens, et se trouve amené h les comparer et k réfléchir. 11 voit un gouvernement meilleur , de meilleures institutions, des amusemens nouveaux, une architecture splendide, d'élégans vêtemens, des machines utiles, les enchantemens de la poésie et de la musique, les spéculations de la philosophie, et peut* être une religion plus humaine et plus raisonna* ble que la sieiine.
Ainsi , une impulsion salutaire est donnée à se8 idées ; ses facultés s'éveillent en voyant les nouveautés etles mçrveilles oflFertes k ses regards^ la rouille de la barbarie s'efface peu à peu. Il
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désire posséder ce qu'il admire; iV donne avec joie en retour les objets qu'il possède en abondance. Il rougit de sa condition passée; et il s'élance dans cette carrière de progrès qui doit le conduire un jour k la science , k la puii9sancé , à la gloire.
C'est ainsi qu' Athènes et les républi<î|ues de la Grèce, c'est ainsi que leurs colonies florissantes , sur les rivages de l'Asie mineure, de TAfrique, de l'Italie et de la Sicile, s'élevèrent de la plus profonde barbarie k un tel état de civilisation, que ces peuplçs serviront de modèles dans la littérature et les arts, k la postérité la plus reculée-
Nous connaissons trop peu les peuples de
rOrient pour pouvoir assigner av^c certitude les sources où ils puisèrent leurs richesses et leurs progrès. Maison ne saurait douter que dès la plus haute antiquité, leur commerce n'ait été très étendu. Quelques unes des épices qui entraient dans la confection dé l'huile ii^entionnée par l'ordonnance de Moïse , doivent avoir été tirées des îles de l' Australasie , par le moyen du commercé des Arabes avec l'Orient, et ne sont point, comme on l'a supposé, une production de TÀrabic. Long-temps avant Tère chrétienne, un
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commerce maritime étendu était conduit par les Arabes et les Égyptiens, avec l'Inde et la Chine; tandis que les Perses faisaient par terre le même commerce avec ces mêmes peuples.
Les épices, les gommes, lasoie, l'or, les pierres précieuses et autres objets rares qui constituaient le luxe de Rome, de Tyr, de Carthage, venaient de l'Inde et de la Chine , par les ports de la mer Rouge etdu golfe Persique.Le même commerce enrichit les Arabes dans les jours de gloire des Califes , constitua la grandeur commerciale d'Alexandrie pendant tant de siècles , stimula le zèle des républiques italiennes, et enflamma dans les aventuriers Espagnols et Portugais , cette audace généreuse qui iconduisit k la découverte du nouveau monde, et d'une route nouvelle dans l'Inde.
L'Empire romain doit son obscure et faibje origine à une bande d'aventuriers étrangers. Il dut sa civilisation aux étrangers qu'il subjugua. L'immense développement de richesse et de luxe qui, signala l'époque de sa domination uniyer^ selle, il le dut a tous ces peuples divers qui^ domptés par son . courage , venaient verser dans la capitale du mondé le tribut de leurs lumières et de leur commerce. A l'apogée de la puissance
iaO TABLE4U DE L^INDE.
romaine, le commerce de la Méditerranée était immense 9 et une liberté absolue^ illimitée, présidait Sivix relations commerciales des peuples, de l'Europe , de l'Asie et de FAfrique.
Cest grâce au secours des arts étrangers, de3 communications étrangères, que tant de nations barbares s'élevèrent alors k la civilisation, et que les plaines de la Gaule , dé l'Italie et de l'Asie se couvrirent de ces cités colossales que tant de siècles de guerre et de barbarie n'ont pu effacer de leur surface.
Une observation générale de la plus haute importancc s'applique à tous les peuples que nous venons d'énumérer , et dont nous avons retracé rapidement la grandeur commerciale , c'est que le commerce y a été prospère en proportion qu'il y a été libre. Quand des restrictions^ des prohibitions l'ont entravé, il s'est éloigné des pays les plus fertiles et les mieux situés, pour s'établir et prospérer dans des. lieux moins favorisés , mais où il était libre* Avec la liberté, du commerce on a vu les plus faibles commencements donner haissaînce aux plus florissans empires. Un port dans une petite île stérile, où tout navire est le bien venu, où tout marchand a la liberté