‹ Tableau poetique des fetes chretiennesChapitre 10 sur 47 · LA PURIFICATION · texte numérisé non relu

LA PURIFICATION

Ce jour-là donc, il assista au service du soir; il vit s'écouler la foule. Blotti sous la tombe, il me laissa faire ma ronde : il entendit la grande porte se refermer avec bruit, et ce bruit résonner sous les voûtes, et il resta ferme dans son coupable dessein.

Quand tout est redevenu silencieux dans le temple...., le vovez-vous sortir de dessous son tombeau?

Le voilà seul, debout, avec son horrible pensée; ses yeux parcourent toutes les parties de l'édifice avec un effroyable sourire, avec une expression satanique. Il se dit : Je vais détruire tout cela... ; le temple profané par les prêtres et le culte de Baal va tomber!... Allons, mettons-nous à l'œuvre !.. .

Et parlant ainsi, il place sous le siège de l'archevêque, sous celui dn chantre, sous l'orgue, et sous la table de communion, de petits amas de matières combustibles ; il a apporté avec lui de petits paquets d'allumettes et un briquet

Le jour ne pénétrait plus dans l'église, la nuit était venue; Martyns entendit sonner toutes les heures, mais celle de son crime n'était pas encore arrivée... Il s'était dit : Ce sera à une heure après minuit... et, en attendant, il se promenait dans la vaste étendue solitaire, et aucune bonne pensée ne venait le détourner de son sacrilège.

Occupé de se sauver, il avait ouvert un panneau d'une des fenêtres, et y avait attaché une corde nouée, pour se laisser glisser extérieurement; il avait apporté près de cette ouverture une de ces échelles dont on se servait pour nettoyer les murs de l'église. Prévoyant aussi qu'après son œuvre il aurait besoin d'argent, il était retourné au siège de l'archevêque, et du tapis de velours cramoisi qui le recouvrait il avait détaché un morceau de. frange d'or.

Minuit venait de sonner : Josiah, au milieu du profond silence qui avait succédé aux sons graves de l'horloge, se mit à crier de toutes les forces de sa voix : Gloire à Dieu ! gloire à Dieu !

Vous figurez-vous dans la solitude de cette église, dans ce calme imposant de la nuit?... Un autre bruit suit cet éclat de voix : c'est le battement du briquet; une faible lueur naît et se répand d'abord en cercle autour de l'incendiaire... Quelques-uns des piliers se dessinent en blanc, au milieu des ombres... Martyns va droit au sanctuaire, il prend une des torches des candélabres, il l'allume, et la lueur s'accroît, elle monte bientôt jusqu'aux voûtes, elle éclaire les statues des tombes placées autour du chœur... Josiah sourit de nouveau, et répète : Tout cela va être détruit par moi!... Et sa main qui ne tremble pas, va mettant le feu, et sous le siège de l'archevêque, et sous celui du chantre, et sous l'orgue magnifique, et sous la table de communion. La paille s'allume, le bois pétille, la flamme s'élève, et l'incendiaire se met à courir et dans la nef et dans les ailes de l'église, qui s'éclaire de plus en plus, en criant : Gloire à Dieu ! gloire à Dieu !

Dans cet affreux délire, le sacrilège criait tellement fort, qu'un habitant qui rentrait chez lui à cette heure avancée, en passant par la place, crut qu'on l'appelait. Il tombait alors tant de neige, que cet homme, quoique tout près de la cathédrale, ne pouvait la voir. Sans cette circonstance, il

aurait probablement distingué la lueur de l'incendie naissant à travers les vitraux des fenêtres.

Josiah, ayant accompli son œuvre, sortit de l'église par la retraite qu'il s'était assurée, et, regardant souvent en arrière, s'éloigna de la ville; arrivé dans la campagne, il regarda encore, et, ne voyant pas de flamme, il crut qu'il n'avait point atteint son but, et s'en désola.

Il se trompait : le feu ne s'éteignait pas, il dévorait tout dans l'intérieur du temple; mais une épaisse fumée, qui ne trouvait pas d'issue, cachait encore ses ravages.

Ce fut à sept heures du matin qu'un petit garçon qui allait à l'école, et passait près de la cathédrale s'amusa à glisser sur la neige gelée et durcie; en jouant ainsi, il tomba sur le dos, et, renversé à terre, il aperçut un tourbillon de fumée qui sortait d'une des hautes croisées du chœur. Il courut chez son père, en criant : le feu, le feu est à la cathédrale!

Ce cri fut aussitôt répété dans la ville ; les habitants se hâtent d'accourir ; chacun veut porter secours à l'édifice sacré ; sur la place à l'entour de l'église, la foule est immense, muette et encore inactive... Les gardiens

arrivent avec les clefs, on se presse près des portes elles s'ouvrent...,

A l'instant la flamme, comme endormie jusqu'alors sous d'épais nuages, se réveille, s'élance... Les flots de fumée sont tels, que les hommes qui ont les premiers franchi le seuil du temple sont jetés à la renverse et tombent suffoqués... L'air, en s'engouffrant dans le nef, active l'incendie; maintenant, ses langues de flammes tournent à l'entour des piliers et s'attachent aux voûtes les plus élevées. Les fenêtres craquent et éclatent, le plomb fondu coule, les grilles de fer rougies s'écroulent avec leurs supports, et l'orgue,, tout entouré de flammes à l'instant où la foule se précipitait dans l'église, ayant été atteint par l'air, rendit un son terrible et lamentable comme un dernier soupir, et s'abîma.

Les boiseries du chœur, les stalles, le trône de l'archevêque, les pupitres, les tables consacrées, formaient un brasier immense, et tellement ardent que tout ce qui l'entourait partait en éciats. Les tombes se fendaient comme au dernier jour, et les ossements arides des morts se voyaient à cette horrible lueur ; les statues tombaient de leurs monuments, et leurs casques, leurs mitres et leurs couronnes de bronze fondaient dans cette vaste fournaise.

Tel fut à peu près, le récit de mon guide. Il m'apprit que ce qui avait fait découvrir Josiah Martyns avait été le morceau de frange d'or qu'il avait emporté du siège de l'archevêque. Le frère de ce fou terrible est un des meilleurs peintres actuels de l'Angleterre. Lui, avait toujours été pauvre; je crois qu'il était tailleur ou cordonnier. Comme un autre Erostrate, il a voulu de la célébrité ; vous voyez celle qu'il s'est faite.

Le Carême

Alors que les rigueurs de l'hver sont passées, mais que la douce tiédeur du printemps n'est pas encore venue ; alors que la société des villes commence à se lasser des bruyants et stériles plaisirs qui l'ont agitée pendant les mois de frimas et de neige; tout à coup un grand silence se fait dans nos cités, la folie avec ses masques et ses cris, ses bals et ses cavalcades, ses saturnales dégoûtantes et ses enfantillages impies, se tait.

Et qui a si subitement rendu la raison à tout ce monde atteint de vertige ?

La religion ; elle a répandu un peu de cendres sur toutes ces têtes en délire, et les voilà redevenues calmes ; ces hommes qui faisaient tant de bruit tout à l'heure, ont écouté la voix qui partait des sanctuaires, et qui leur criait :

« Homme, souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras dans la poussière. »

Ce Mémento donné par l'Eglise a été le remède à l'aliénation de la foule. Le Mercredi des Cendres a ouvert la sainte quarantaine, et voici commencés les jours déjeune et de prières, de retraite et de mortification; maintenant, celui qui restera dans l'ignorance, celui qui ne se lèvera point des ombres de la mort, où il était assis, en vérité sera bien coupable ; car la religion, cette mère de tous les hommes, offre de tous côtés des secours et des lumières, du repos et des consolations.

Voyez toutes les églises, leurs grandes portes sont ouvertes ; regardez tous les autels, les cierges y brûlent avec l'encens ; écoutez sous toutes les vieilles voûtes, ce sont les prêtres du Dieu de miséricorde qui invitent au repentir, et qui annoncent le pardon.

Pendant la folle saison, nous avons tous, plus ou moins, goûté des plaisirs du monde : eh bien ! voici que la journée est finie, que les affaires et les travaux ont cessé; voici que nos églises sont bien belles, bien inspirantes, avec le jour mourant derrière les vitraux : entrons-y, et voyons si les prêtres disent vrai, voyons si le joug du Seigneur est léger.

S'il y a encore du bruit en dehors, il ne parvient à ceux qui sont réunis dans l'église, qu'affaibli et sourd. Ces lointaines rumeurs se perdent dans le chant des cantiques, que les fidèles répètent en chœur en attendant le prêtre Quand, à la lueur des lampes, il paraît en chaire après l'invocation : Esprit saint, descendes en nous, la foule attentive s'assied ; alors c'est vraiment comme une grande famille dans la demeure d'un père; alors les paroles du ministre de l'Evangile peuvent tomber puissantes sur cette multitude que le jeûne et la prière lui ont préparée. C'est le champ tout labouré pour recevoir la bonne semence.

Oh! ce ne sont pas les grands, les sublimes sujets qui vont

manquer au prêtre, pendant les quarante jours de prédication... Jamais l'éloquence profane n'a eu tant d'espace devant elle; l'espace du prêtre, c'est l'infini; son temps, c'est l'éternité... Voyez quelle galerie de tableaux : la terre, l'enfer, le ciel, le repentir, la pénitence, la miséricorde, la vertu, la mort !.

Quelles inspirations! toutes celles des anciens prophètes. Quelles consolations à répandre! toutes celles de l'Evangile. La majestueuse puissance de Jéhovah au milieu des foudres et des éclairs, dictant ses lois sur le Sinaï!

La touchante mansuétude de Jésus bénissant les petits enfants ! Agar dans le désert, Joseph vendu par ses frères, Tobie voyageant avec l'ange, les Machabées défendant leur patrie, le divin fils de la Vierge consolant les affligés, guérissant les malades, ressuscitant les morts; le peuple écoutant les paraboles du Sauveur, et pleurant à celle de l'enfant prodigue : voilà ce que le prêtre a pour émouvoir la foule qui vient de l'écouter... ; et s'il la laisse froide, il faut qu'elle soit bien endurcie, ou que lui soit resté bien pauvre au milieu de tant de richesses.

Le mercredi des cendres a, comme tous les jours de pénitence, beaucoup perdu de son ancienne austérité. Autrefois, dit l'historien des fêtes de l'Eglise, on choisissait ce jour pour mettre en pénitence publique les pécheurs qui devaient être reçus à la réconciliation, ou à la communion des fidèles, pour la fête de Pâques; les prêtres écoutaient d'abord leur confession, ils les couvraient ensuite d'un cilice ou d'un sac, leur mettaient de la cendre sur la tête, les aspergeaient d'eau bénite, récitaient sur eux les sept psaumes de la pénitence avec tout le clergé.

Au retour de la procession, on les faisait marcher pieds nus, puis on les chassait de l'église avec le bâton de la croix, et l'on ne les y recevait plus que le Jeudi saint.

Pendant qu'on les menait à la porte du temple pour les en faire sortir, les prêtres chantaient les paroles que Dieu avait prononcées contre Adam et Eve quand il les avait exilés du Paradis terrestre.

On fermait ensuite la porte sur eux, puis on commençait la messe des fidèles.

Pendant toute la durée du Carême, et dans les villes et dans les campagnes, et dans les vastes cathédrales des cités et dans les humbles églises des hameaux, la parole évangélique ne cesse de retentir en ce temps; Dieu tient cour plénière de miséricorde, et tous ceux qui ont besoin de pardon peuvent venir.

L'Eglise a pris ses ornements violets et n'a plus de fleurs sur ses autels : des voiles couvrent le Christ et les images des saints; et quand la prédication du soir est finie, c'est le saint-ciboire que le prêtre sort du tabernacle pour bénir les fidèles agenouillés.

Le Miserere, le Parce Domine populo luo ont remplacé les cantiques de joie..., et la plupart de ces chrétiens qui sont venus écouter la parole de Dieu, ont obéi dès le matin à un de ses commandements : ils ont observé le jeûne ordonné par l'Eglise. Avant midi ils n'ont pris aucune nourriture,

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