O CRUX AVE, SPES UNICA
C'était tout un peuple qui chantait, et l'on eût dit une seule et puissante voix.
Bien au-dessous de la montagne, à quatre cents pieds plus bas, la voix fut entendue, et des mariniers, agenouillés dans des barques que l'on voyait arrêtées sur les eaux, répondirent au pieux cantique.
L'orateur chrétien ramena souvent dans son discours :
o CRUX ave !
Et chaque fois, la foule tombait à genoux et chantait de nouveau les saintes paroles.... Oh! il y avait dans cette' scène tant de grandeur, que son souvenir fait encore battre mon cœur, pendant que ma main cherche à la décrire. Il y a dans les fêtes religieuses quelque chose d'indélébile, quelque chose qui demeure quand tout le reste s'en va !
Le Dimanche des Rameaux
« Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où demeurait Lazare, ce mort qu'il avait ressuscité; là, il se mit à table auprès de celui qu'il avait tiré du sépulcre.
« Le lendemain, une multitude de peuple qui était venue pour la fête de Pâques, ayant appris que Jésus arrivait à Jérusalem, prit des branches de palmier et alla au-devant de lui, en criant : « Hosannah! Hosannah! béni soit le Roi d'Israël qui vient au nom du Seigneur! »
« Tous ceux qui s'étaient trouvés avec Jésus lorsqu'il avait ressuscité Lazare, lui rendaient témoignage. C'est pourquoi tout le peuple venait à sa rencontre; car il avait entendu raconter le miracle.
« Comme ils approchaient de Jérusalem, Jésus fit venir deux de ses disciples, et il leur dit : Allez à ce village qui est devant vous; vous trouverez, en y arrivant, une ànesse attachée et son ânon avec elle. Détachez-les, et amenez-les moi.
« Les disciples amenèrent l'ànesse et l'ànon, qu'ils couvrirent de leurs manteaux, et Jésus monta dessus, comme il avait été écrit :
« Ne craignez pas, fille de Sion, voici votre Roi qui vient monté sur un ânon.
« A mesure qu'ils avançaient, la foule du peuple étendait ses habits sur le chemin; d'autres coupaient des branches d arbres et les jetaient sur son passage. Quand il fut près de la descente de la montagne des Oliviers, les disciples qui étaient là en grand nombre, étant transportés de joie, se mirent tous à louer Dieu à haute voix, pour tous les miracles qu'ils avaient vus, en répétant r-^Béni soit le Roi qui vient au nom du Seigneur! paix dans le ciel, et gloire au plus haut des cieux! Hosannah au fils de David ! »
' C'est avec les paroles mêmes qui sont chantées par les prêtres à la procession des Rameaux, que j'ai voulu faire l'historique de cette fête qui ouvre la grande semaine. Il y a dans ce récit si simple une force de vérité qui commande la loi, et tout de suite à cette foi il se mêle de l'amour. C'est un roi de paix et de mansuétude qui s'avance. Oh! quelle entrée triomphale que celle du Christ à Jérusalem !
Pour que d'autres entrées triomphales ne s'effaçassent pas du souvenir des peuples et des annales des nations, les rois conquérants ont fait élever à grands frais de magnifiques arcs de triomphe; afin que la mémoire de leurs conquêtes ne passât pas, afin qu'elle demeurât à perpétuité parmi les hommes, ils ont bâti leurs arcs de victoires aussi solides que s'ils devaient porter le monde. Les pierres les plus dures , le
marbre le plus à l'épreuve du temps, ont été employés à la construction de ces monuments, faits pour durer toujours. Eh bien! les siècles, en passant sur ces montagnes d'orgueil, les ont écrasées de leurs pieds qui broient tout. Et de beaucoup de ces arcs de triomphe, aujourd'hui vous chercheriez une petite pierre, un grain de poussière, que vous ne le trouveriez pas; tout en a disparu, tout, jusqu'à la mémoire.
Pour l'entrée du roi d'Israël à Jérusalem, pour perpétuer le souvenir que Jésus y est venu au nom du Seigneur, il n'y a eu ni arc de triomphe, ni obélisque élevés, et voyez comme la mémoire de cette entrée si humble est demeurée dans tous les esprits! Les détails en sont si bien conservés,
que l'on dirait que »c est un fait récent raconté par l'évangéliste Et
cependant, voilà tout à l'heure deux mille ans!
Que le monde dure six mille ans de plus, et le récit que ma main transcrit aujourd'hui sera transcrit par d'autres mains encore.
L'histoire des hommes se déchire, se perd; quand on l'écrit sur le granit ou le bronze, elle se renverse et se brise; mais celle de Dieu a pris de son éternité.
Cet ouragan des âges qui balaie et emporte ces arcs de triomphe dont je parlais tout à l'heure, et qui joue avec leurs blocs de pierre ou de marbre, comme le vent d'automne avec les feuilles sèches, ne peut pas remuer, pour la perdre, une page de l'Evangile!
Ne nous étonnons pas si tous les détails de l'entrée de Jésus à Jérusalem sont si bien gardés. Dieu s'est appelé quelque part le Roi des siècles!
Quand le dimanche des Rameaux est venu, il y a encore quelque chose de particulier à la physionomie de nos villes et de nos églises. Dès le matin on voit, sur les places et dans les rues, des marchands de branches verdoyantes; ici, c'est du buis aux petites feuilles luisantes; là, du romarin à l'odeur forte, au feuillage bleuâtre, qu'ils offrent aux fidèles qui se rendent à l'église. Et puis, dans le sanctuaire, devant l'autel, toute une forêt de palmes que le prêtre va bénir, et distribuer à la foule. Et ceux des chrétiens qui ne peuvent arriver jusqu'à la balustrade du chœur, élèvent leurs rameaux en l'air quand l'officiant, en parcourant la nef et les bas côtés de l'église, fait l'aspersion et dit à haute voix :
« O Dieu, dont le fils est descendu sur la terre pour le salut des hommes; Seigneur, qui avez voulu que, lorsque le temps de sa passion était proche, Jésus allât à Jérusalem monté sur une ânesse ; vous qui avez voulu qu'il fut appelé Roi par la multitude; daignez bénir ces rameaux, et remplissez de grâces et de bénédictions tous ceux qui les porteront, afin qu'après avoir surmonté ici-bas les tentations de l'ennemi des hommes, ils aillent paraître devant vous, Seigneur, avec la palme de la victoire et le fruit des bonnes œuvres ! »
Et quand tous les rameaux sont bénits, on voit toutes ces branches de verdure se lever, s'abaisser, s'agiter, comme si une forte brise était venue
passer sur un champ- d'arbustes C'est le moment de la procession :
les prêtres, les chantres, les choristes, les fidèles, sortent de l'église, et vont entourer une croix tenue dehors, en face du grand portail.
Là on chante :
Ils firent ces jour* -là leur lecture du soir dans le réfectoire. (P. 48.)