‹ Tableau poetique des fetes chretiennesChapitre 2 sur 47 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

moment terrible, avaient été livrés à eux-mêmes, ils se seraient irrités contre la sentence du bannissement; ils auraient maudit celui qui, après les avoir créés pour tant de bonheur, leur commandait de vivre pour tant de désolation.

Il n'en fut point ainsi : Dieu en punissant Adam et Eve de leur désobéissance, leur laissa dans l'âme un profond souvenir de lui, une pensée de reconnaissance et d'adoration.

Aussi le premier monument que les proscrits élevèrent quand ils prirent possession de la vallée de larmes, ce fut un autel. Souvenons-nous du premier livre que nous avons ouvert sur les genoux de notre mère; rappelons-nous les images de la Bible : Adam et Eve, Abel et Caïn n'avaient point encore songé à se bâtir des demeures, que déjà ils avaient construit un autel de gazon.

Eh bien! le premier jour où, sur ce premier autel, fut offert au Seigneur de toutes choses le premier sacrifice, a été la première fête religieuse... C'est là le premier anneau de cette longue chaîne sacrée qui lie la terre au ciel; c'est là l'origine des saintes solennités que nous célébrons.

Certes, il y a loin de l'autel rustique d'Abel, au magnifique temple créé par Michel- Ange; mais une seule et même pensée, une pensée d'adoration, les a élevés tous les deux. C'est l'histoire de toutes ces fêtes que la religion à établies parmi les hommes pour les consoler, les reposer et les rendre meilleurs, que nous allons entreprendre d'écrire. Cette histoire veut être racontée plus avec le cœur qu'avec l'esprit ; c'est donc avec le cœur que nous la redirons. D'autres, plus doctes et plus habiles que nous, chercheront à vous en expliquer les mystérieuses cérémonies; nous, nous ne vous en ferons voir que le but salutaire et les poétiques beautés ; d'autres plus saints toucheront au tabernacle; nous, nous ne vous signalerons que la magnificence du temple.

Le génie à la fois grave et tendre du Catholicisme se retrouve tout entier dans ses fêtes, qui rappellent, dans leur cours annuel, des souvenirs de puissance et de bonté. Tantôt la journée qu'il solennise rappelle un souvenir de puissance, tantôt un souvenir de bonté; ici, c'est l'Enfant-Dieu dans sa crèche; là, c'est le Sauveur dans sa gloire, apparaissant sur le Thabor, entre Elie et Moïse, ou montant vers le ciel après avoir brisé la pierre du tombeau : aujourd'hui, c'est le nom de Dieu lui-même que célèbre l'Eglise; demain c'est celui de Marie : au printemps, parmi toutes les fleurs de la nature, la Fête-Dieu; en automne, parmi les feuilles qui tombent et les vents qui s'élèvent, la Toussaint et le jour des Morts.

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