DES
Fêtes chrétiennes
L'Avent
Si vous voulez qu'un beau monument soit dignement regardé ; si vous voulez que, par ses détails et par son ensemble, il frappe d'admiration les hommes qui y viennent, faites-lui une noble arrivée; pour toutes choses il faut préparer l'esprit. Avant d'être en face de Versailles on pressent sa grandeur : les larges voies, les magnifiques avenues vous ont disposé à admirer. Et quand vous êtes où vous devez être pour bien voir, vous ressentez tout ce qu'il faut ressentir, vous comprenez le chef-d'œuvre.
Eh bien ! ce que les habiles et célèbres architectes font pour que leurs œuvres soient comprises, la religion le fait pour ses grandes solennités; afin que les chrétiens en sentent bien toute l'excellence, elle leur fait, s'il est permis de parler ainsi, de saintes avenues; elle veut, par les précédents, élever les esprits et purifier les cœurs. Aussi, avant les jours mémorables qui doivent être sanctifiés, elle prend un certain nombre de jours, qu'elle nomme ou Avent ou Carême, et ces jours, elle les remplit de prières et d'exhortations. Si bien que, lorsque arrivent les grandes fêtes de la Naissance ou de la Résurrection, tous les fidèles, depuis le vieillard qui vient à l'église pour fortifier ses dernières années, jusqu'à l'enfant qui donne encore la main à sa mère, tous peuvent savoir quels sont les grands mytères qui vont être célébrés, tous sont à même d'y puiser les consolations qui en découlent.
Pour préparer à la joyeuse fête de Noël, qui vient comme un beau jour réjouir la saison des neiges, l'Eglise, en mémoire du grand avènement du Sauveur (adventus), a institué Y Avent. Ce temps déjeune, de prière et de préparation, se compose de quatre semaines, c'est-à-dire de quatre dimanches, hors ce qui reste de la quatrième semaine jusqu'à Noël. L'institution de V Avent est aussi ancienne que celle de la fête de la Nativité du Sauveur.
Pendant plusieurs siècles, VA vent fut tout à fait un autre carême ; il durait quarante jours, pendant lesquels on jeûnait et on se mortifiait, comme pendant la quarantaine qui précède Pâques. Cet A vent est mentionné dans les Capitulaires de Charlemagne.
L'Eglise de Milan, fidèle à ces anciens usages, a conservé les six semaines de Y A vent primitif, qui avaient été adoptées par les Eglises d'Espagne, ainsi qu'on peut en juger par un missel mozarabe.
En Angleterre et en Irlande, Y A vent était de quarante jours, pendant lesquels les moines ne faisaient qu'un repas, comme en carême. Ce fut vers le dixième siècle que ce temps de préparation fut réduit à quatre semaines, comme il l'est aujourd'hui. Au huitième siècle, l'Avent était encore de quarante jours, et ceci est prouvé par une pensée de table que des annales historiques ont conservée; Astolphe, roi des Lombards en 753, ayant concédé les eaux de Nonantula à l'abbaye de ce nom, s'était réservé quarante brochets pour l'usage de sa table pendant les quarante jours maigres du carême de la Saint- Martin.
Le pape Nicolas Ier, dans ses réponses aux Bulgares, parle des quatre semaines de l'Avent observées de son temps par l'Église romaine.
Baillet, dans son Histoire de l'Avent, pense « que l'on ne peut guère trouver d'essai ou de prélude de l'Avent, qui remonte plus haut que la seconde moitié du cinquième siècle, époque à laquelle saint Perpet, évêque de Tours, ordonna, pour l'usage de son diocèse, trois jours de jeûne par semaine, depuis la fête de saint Martin jusqu'à celle de Noël. » Mais, ajoute le traducteur d'Alban Butler, « le savant Martenne attribue le précepte de ce jeûne à saint Grégoire le Grand, qui, au rapport d'Amalaire, n'eut jamais l'intention d'en faire une loi générale. » Pierre, le vénérable abbé de Cluny, appelle l'Avent le carême moyen.
» Le jeûne de l'Avent, dit encore le traducteur d'Alban Butler, qui n'était dans plusieurs lieux que de dévotion, quoiqu'il eût été presque général pendant quelque temps, tomba en désuétude parmi les laïques; mais la plupart des ordres religieux ont continué de l'observer jusqu'à ce jour. »
Nous ajoutons qu'il en est toujours ainsi : c'est celui dont tous les jours sont une incessante préparation aux choses éternelles, qui continue les strictes observances de macération, de prières et de jeûne; c'est celui qui n'est plus dans la mêlée, qui garde son armure. Et celui dont toute la vie est une distraction, un enchaînement de plaisirs et de dangers, se désarme et ne veille plus pour se défendre de l'ennemi.
Quelques-uns croient peut-être que lorsque les jours de l'Avent arrivent, les habitants des maisons religieuses s'en attristent à cause des privations qu'ils amènent... Oh! comme ils se tromperaient s'ils pensaient ainsi! Dans ces pieuses retraites, l'approche d'une grande fête, c'est une bonne nouvelle qui réjouit toute la maison... C'est quand YAvent a fait prendre aux autels et aux prêtres leurs ornements violets, que déjà les saintes filles qui se sont, comme les colombes effrayées des orages, réfugiées sous les ailes du Seigneur, se préparent à la fête de la crèche. Dans leur solitude, elles composent de nouveaux bouquets, des guirlandes nouvelles, pour orner
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le berceau de l'Enfant-Dieu. Noël, c'est la fête des femmes, et son approche est une joie même pour les vierges du Seigneur.
Dans le tumulte du monde, on médite peu sur un jour qui doit venir, et quand il est passé on l'oublie vite; cela se conçoit : dans tant d'agitation, comment penser avant? commenta souvenir après?
Mais dans la paix du cloître, une fête a un reflet du ciel qui colore les jours qui précèdent et les jours qui suivent sa solennité.
Les arandes fêtes de la religion sont les grands événements de la vie des communautés. Les événements qui occupent aujourd'hui la société, et qui font parler les hommes, que sont-ils?
Ici, ce sont des rois qui ne savent plus faire briller leur couronne, et qui les perdent par faiblesse.
Là, ce sont des hommes qui montent au pouvoir par hypocrisie. Ici, c'est la vertu punie de sa confiance. Là' c'est la fausseté obtenant la grande prime de l'habileté. Dieu banni des lois, l'honneur regardé comme duperie, la probité comme niaiserie; la vieillesse en butte aux insultes, la jeunesse n'écoutant qu ellemême, les saintes maximes mises en oubli, l'amour effréné de 1 argent s'annonçât* à chaque coin de rue, la Bourse devenue le grand temple ou l'on va adorer l'or : voilà ce qui compose la vie du monde dans lequel nous vivons : vous le vovez bien, ceux qui se sont retirés du torrent qui roule tant d'eaux fangeuses n'ont pas été si insensés, et peuvent, dans leur tranquille retraite, sans que nous ayons le droit d'en faire des moqueries se livrer avec zèle à la célébration de leurs saintes solennités! Ce qui fait leur occupation élève l'àme; ce qui préoccupe les nôtres attriste et dessèche
le cœur. . ,
Pendant les quatre semaines de l'Avent, l'Eglise ne prononce dans le sanctuaire que des paroles de repentir et de pénitence; Y alléluia ne termine plus ni ses prières, ni ses hymnes; et, comme nous lavons dit, les autels ont pris les ornements de deuil. / #
Les prêtres répètent alors au peuple : « Repentez- vous, faites pénitence; car voilà que Dieu approche; car la cognée est près d'atteindre la racine de l'arbre. m ,
» Revêtez la robe blanche, la robe de pureté ; car voici venir 1 époux. ., Une voix s'élève dans le désert et crie : Voici le Rédempteur qui avance. Jetez des fleurs et des palmes sur ses voies, et préparez de nouveaux cantiques, car une vierge a conçu, et un enfant va nous naître a tous » L'Eglise en empruntant ainsi aux vieux prophètes leurs paroles inspirées, veut faire voir aux fidèles combien ils seraient coupables s ils restaient froids quand la venue du Messie approche. Cet avènement, désire par les patriarches; cet avènement, que tous les justes de la loite Moïse ont invoqué, doit réjouir les chrétiens; et, pour que leur joie soit pure il faut qu'ils s'y préparent par la pénitence. L'innocence : c'est la robe blanche qu'il faut revêtir pour assister dignement aux fêtes de la religion. Dans l'épître de la messe du premier dimanche, le diacre chante : « La nuit est déjà avancée, le jour approche. Quittons les œuvres de ténèbres et revètons-nous d'une armure brillante de lumière; marchons
purement au grand jour, et ne nous laissons point aller aux vices. Revêtons-nous de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »
Et puis dans l'évangile de ce premier dimanche, écoutez ! c'est celui que les prophètes ont annoncé pendant quatre mille ans ; c'est le désiré des nations lui-même qui parle; il veut amener les hommes à la pénitence par les terreurs du dernier jour :
» Il y aura des prodiges au soleil, la lune et lès étoiles se troubleront aussi. Et, en voyant ces choses, les nations seront saisies d'effroi; la mer s'agitera et soulèvera tous ses flots ; et les hommes sécheront dans l'attente de ce qui doit advenir à l'univers; car les voûtes des cieux seront ébranlées; alors, ils -verront le fils de l'homme, en grande puissance et en grande majesté, paraître sur les nuées.
» Or, au commencement de ces prodiges, levez vos têtes et regardez, parce que votre rédemption approche.
» Lorsque vous voyez le figuier et tous les autres arbres pousser leurs premières feuilles, vous dites que l'été va venir; de même, quand vous verrez ce que je vous annonce, dites-vous que le royaume de Dieu est proche.
» En vérité, je vous le dis, cette génération ne s'écoulera pas sans que ceci s'accomplisse; le ciel et la terre changeront de face, mais ma parole ne changera pas
» Prenez donc garde; ne vous abandonnez ni aux viandes, ni au vin, et ne laissez point aller vos cœurs aux inquiétudes de cette vie, pour que ce jour ne vienne point vous surprendre; car il enveloppera comme un filet tous ceux qui habitent sur la surface de la terre. Veillez donc et priez, afin que vous soyez dignes d'éviter les vengeances et de paraître pur devant la face du fils de l'homme. »
Commençant l'Avent par la lecture de cet évangile, l'Eglise ne pouvait faire autrement que de commander aux fidèles le jeûne, la mortification et la prière. Et le religieux qui du fond de son cloître composa l'hymne Statuta decreto Dei, qui se chante aux approches du jour de la naissance du Sauveur, a été bien inspiré.
« Voici venir les temps marqués par les décrets du Seigneur;
» Voici venir le jour qui s'est fait attendre tant de siècles.
» La postérité d'un père coupable gisait souffrante et désolée sur un lit de douleurs;
» Les hommes étaient sans force, découragés, couchés dans l'ombre de la mort ;
» Les terreurs de la tombe, les tourments de l'enfer, c'était là leur partage;
» Les enfants d'Adam tremblaient et se desséchaient dans l'attente du souverain juge.
» Hélas! qui pouvait les délivrer de si grands maux? Quelle main assez puissante pour guérir une si profonde plaie?
» Toi seul! ô Christ! toi seul... Cieux, ouvrez-vous! ouvrez- vous, et laissez descendre votre précieuse rosée; que la terre fécondée donne au monde son Sauveur! »
Il y a là, ou nous nous trompons, plus de vraie poésie que dans bien des
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pages de nos poètes d'aujourd'hui. Et le solitaire qui, dans sa modeste cellule, a écrit ces stances, a pris le bon moyen pour que son œuvre vécût longtemps; il l'a donnée à la religion à garder.
Au dernier dimanche de l'Avent, l'Eglise redouble d'exhortations pour que le grand jour de la naissance du Christ ne se lève que sur des vertus. Dans l'épître, on répète ces paroles : « Nous vous supplions, mes frères, de reprendre ceux qui sont déréglés, de ramener dans la bonne voie ceux qui s'égarent, de consoler ceux qui ont le cœur abattu, de soutenir ceux qui défaillent de faiblesse, et d'être patients envers tous. »
Certes, s'il y a des fêtes qui doivent être chômées à jamais par les peuples, s il y en a qui doivent être respectées et conservées par les gouvernants, ce sont celles qui commandent de semblables préparations. Figurez-vous donc les hommes obéissants aux préceptes que nous venons de transcrire, et dites-nous si la terre, devenue toute chrétienne, toute aimante, toute charitable, ne serait pas déjà un lieu de repos où l'on pourrait attendre en paix les délices du ciel.
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Noël
Quand la saison des neiges est venue, quand toute la nature est attristée par un aspect de mort, les sonneries des grandes villes, les petites cloches des villages, se mettent tout à coup à retentir joyeusement au milieu des ténèbres de la nuit. Et à ces sons sacrés qui semblent descendre du ciel, des cris se mêlent en s' élevant des cités et des hameaux.
Noël! Noël! crient les enfants qui annoncent par leur joie la naissance de l'Enfant- Dieu.
Une grande, une sainte allégresse est survenue aux âmes chrétiennes à cette fête de la Nativité du Sauveur.
Sous le plus misérable toit il y eut du bonheur, quand les cloches ont annoncé que le divin Enfant nous est né.
Cette belle fête de Noël! il n'y a pas une pauvre mère qui ne la comprenne, pas un enfant qui ne la désire.
Mais ayant d'en dire toute la beauté, essayons d'en montrer l'origine.
César-Auguste, au faîte de la puissance, voulut savoir combien de millions d'hommes étaient courbés sous son sceptre, et il ordonna un recensement général de toutes les nations composant l'immense empire romain.
Pour faire ce dénombrement, Auguste nomma vingt-quatre commissaires, qu'il envoya sur tous les points du globe. Publius Sulpitius Quirinus, et, selon les Grecs, Cyrinus, fut chargé du gouvernement de Syrie, dont dépendait la Judée.
Saint Luc nous apprend que ce fut là le premier dénombrement fait dans le pays pour les Romains. Le même Quirinus eut ordre d'en faire un second onze ans plus tard, étant toujours gouverneur de Syrie, lorsque l'empereur Auguste réduisit la Judée en province romaine, après en avoir chassé le roi- Archélaùs, fils d'Hérode, et l'avoir relégué dans les Gaules.
L'édit promulgué pour ce dénombrement général ordonnait à chacun, au plus riche comme au plus pauvre, au plus puissant comme au plus faible, de se rendre en la ville où il était né, ou dont sa famille était originaire, pour se faire inscrire sur le contrôle romain.
Or, Joseph et Marie, qui étaient tous les deux de la royale lignée de David, se rendirent en la ville de David appelée Bethléem.
Là, la vierge Marie, qui avait été saluée pleine de grâce par l'archange Gabriel, et qui, aux yeux des hommes, passait pour l'épouse de Joseph, après avoir vainement cherché un logement dans une hôtellerie, fût obligée de se réfugier dans une partie du hameau toute pleine de rochers, où l'on avait creusé des maisons et des étables. Et ce fut ce lieu, si dédaigné
et si humble, qui reçut, à son entrée dans ce monde, le roi du ciel, celui à qui appartient toute splendeur et toute gloire.
Au moment où ce prodige s'opérait, où une vierge enfantait un sauveur dans le voisinage de Bethléem- en un lieu nommé la Tour dAder, des bergers qui restaient dans les champs, veillant tour à tour à la garde de leurs troupeaux, aperçurent tout à coup une vive splendeur au milieu des ténèbres, et dans cette gloire un Ange leur apparut et leur dit :
« Ne craignez point, car je viens vous apporter une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie : c'est qu'aujourd'hui dans la ville de David, il vous est né un sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Voici la marque à laquelle vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. » A l'instant même, il se joignit à l'Ange une troupe de l'armée céleste, louant Dieu et disant : « Gloire à Dieu au plus haut des deux, et paix sur la terre aux hommes
de bonne volonté ! »
Ouand la miraculeuse apparition fut passée, quand la nuit eut repris ses ténèbres, les bergers se dirent entre eux : Allons à Bethléem voir le Verbe qui nous a été annoncé. Et sans perdre un instant ils se hâtèrent vers l'étable où ils devaient trouver l'enfant nouveau-ne. Il était la enveloppé de langes, couché dans une crèche. Marie et Joseph étaient
près de lui. , . ,.
Les bergers, voyant que tout ce qu'avait dit l'Ange était accompli, reconnurent dans cet enfant le Sauveur prédit à Israël; ils se mirent a
louer et à glorifier Dieu.
Marie, la Vierge Mère, écoutait tout ce que disaient les pasteurs, et gardait dans son cœur mémoire de leurs paroles.
" Tel est, en peu de mots, tout l'historique de la fête de Noël. Saint Luc a été le narrateur de la nativité, d'où date 1 ère chrétienne.
Que de choses se voient dans cette courte histoire! Rome, orgueilleuse de son pouvoir (quelle croit éternel), veut non seulement connaître tous les peuples, toutes les nations qui relèvent d'elle, elle eut plus : elle prétend, pour ainsi dire, connaître par leurs noms chacun de ses esclaves! Et voila qu'un commissaire romain est envoyé en Judée pour forcer chaque homme et chaque femme à venir s'inscrire sur la longue liste des vaincus.
Auguste veut savoir tout ce qui naît, tout ce qui vit sous son sceptre. Eh bien! voilà un enfant qui vient augmenter le nombre de ses sujets; car cet enfant, devenu homme, dira un jour : Rendez à César ce qui est à César. Mais cet enfant qui vient au monde si pauvre et si humble qui naît dans une étable, qui dort dans une crèche, renversera tous les taux dieux de Rome, tous les dieux d'Auguste et de César. Cet enfant est le Seigneur des Seigneurs, Emmanuel, fils du Très-Haut, roi des rois et des empereurs, maître des empires et des mondes. Et si une Rome nouvelle vit dans les siècles après la Rome antique, c'est qu'elle aura adore, c est qu'elle adorera l'enfant annoncé aux bergers, l'enfant ne a Bethléem:
\u temps où les oracles disaient les dieux s'en vont, dans les souterrains de la ville éternelle, dans les catacombes creusées sous les temples de Jupiter et de Mars, de Vénus et de Minerve, Jésus né à Bethléem, était
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déjà adoré, et trois ou quatre siècles au plus après sa naissance, la fête que je décris aujourd'hui était déjà chômée.
Dans cette fête, que l'on pourrait nommer la fête des mères, des enfants et des pauvres, que d'encouragements pour tous ; mais, spécialement, que de consolations pour ceux que le monde ne compte pas parmi ses favoris! Avant le Christ, tous les honneurs, tous les respects étaient accordés à la puissance et à la prospérité; la bonne fortune avait des temples.
Avant le Christ, le pauvre pouvait gémir, l'esclave pouvait se plaindre ; mais il n'y avait personne dans le monde païen pour les écouter. L'Olympe n'était peuplé que /3e riantes divinités : la richesse, la gloire, la volupté, y avaient leurs dieux; mais l'adversité et l'infortune n'avaient pas le leur.
A présent que Jésus-Christ est né dans une étable ; qu'enfant encore il a été forcé de fuir dans l'exil; que plus tard il a été persécuté, couronné d'épines et mis à mort; à présent, toutes les douleurs ont une oreille attentive qui les écoute, et l'espérance qui les console est une vertu qui leur est commandée.
C'est du jour de la naissance du divin fils de Marie, que découlent toutes les consolations du Christianisme. De la petite montagne de Bethléem sont sorties les sources d'eaux vives qui guérissent nos plaies et allègent nos souffrances.
Les peuples font donc bien de se réjouir quand la grande nuit ramène ses étoiles et sa messe des cierges, ses cantiques et sa sainte veillée; car ce jour a été un jour de liberté et d'allégresse pour tous.
Aussi, je ne me figure rien de plus beau, rien de plus poétique qu'une nuit de Noël célébrée dans un pays de foi, par de pieux chrétiens.
- Les cloches qui chantent au-dessus des têtes, et dont les volées, joyeusement sonores, éveillent la cité, ce sont les voix des Anges qui nous crient des nuages : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix aux hommes de bonne volonté !
Cette grande lueur qui s'étend dans la vaste église ; cette lumière qui monte jusqu'aux pointes des ogives, qui tourne à l'entour des faisceaux de colonnes, qui les embrasse et qui les dore; pour les âmes pieuses et croyantes, c'est l'éclat miraculeux qui apparut dans le ciel, et qui montra aux pasteurs l'étable de Bethléem.
Ces voix claires et pures qui partent du sanctuaire, ces sons graves et majestueux qui s'élancent des orgues, ce sont le paradis et la terre, les chérubins et les hommes qui s'unissent pour louer Dieu.
Dans 'cette chapelle toute verdoyante des arbustes que l'hiver n'a pu dépouiller, parmi ces fleurs habilement imitées, voyez ce berceau : l'enfant Jésus y repose ; ce sont les saintes sœurs des hospices ou des couvents qui l'ont orné. Là, les mères qui ont quelque enfant malade viennent prier ; la joie de tous a diminué leur inquiétude; elles invoquent la mère du Sauveur avec plus de confiance que de coutume. Marie a été mère, elle doit les comprendre : elle les exaucera.
Après les trois messes qui ont commencé au premier coup de minuit, et qui ont été dites au milieu de mille cierges et de nuages d'encens, les
fidèles, remplis cle sainte allégresse, rentrent dans leurs maisons, et, avant de se livrer au sommeil, s'asseoient à ce gai repas que nos pères ont appelé réveillon de Noël, et qui, dans les familles chrétiennes, n'a rien que de très innocent.
Quand la sainte nuit est au moment de finir, quand le ciel commence à blanchir du côté de l'orient, alors sonne la messe du point du jour: et ceux qui ont gardé le logis pendant l'office de la nuit sortent pour aller prier à leur tour. Plus tard, quand le soleil est déjà haut, toutes les joyeuses cloches de la cathédrale et des paroisses de la grande ville sont en branle : c'est un grand concert dans les airs; et les oiseaux qui ont coutume d'habiter dans les vieux clochers et les antiques tours, sont chassés de leurs nids de pierre, et volent en tourbillonnant au-dessus des églises. La vieille basilique est si remplie de foule, que l'on ne peut plus apercevoir les dalles de granit et les pierres tombales qui la pavent. C'est d'une mosaïque vivante de têtes rapprochées et contrastantes de couleurs, que les hauts faisceaux de colonnes ont l'air de partir pour s'élancer vers la voûte. Cependant les flots de cette multitude se fendent, reculent à droite et à gauche, et laissent un passage au prince de l'Église, qui officie et qui va célébrer la grand' m esse. Vêtu de sa chape de drap d'or, la mitre au front, sa crosse à la main, il marche lentement et bénit les fidèles, qui s'inclinent à mesure qu'il avance. La croix d'argent de la paroisse, la croix de vermeil du chapitre, des acolytes, des thuriféraires, des chantres, des diacres, des prêtres, de vieux chanoines, tous portant des cierges allumés, le précèdent en chantant :
« Une vive lumière a brillé sur nous, parce que le Seigneur nous est né. « Il est né le Seigneur, et il sera appelé l'Admirable, le Prince de paix, le Père du siècle à venir. Le règne du Seigneur n'aura pas de fin. Béni soit celui qui vient au nom de Dieu ! « Dieu nous est apparu !
« Cieux, chantez des cantiques de louanges; terre, sois dans l'allégresse, parce que le Seigneur a eu pitié de son peuple et l'a consolé, parce qu'il a eu compassion de ses enfants affligés. »
Quand la procession a fait le tour de l'église, quand elle est rentrée dans le sanctuaire, alors commence la messe solennelle : tantôt ce sont les voix des chantres accompagnées d'instruments sonores ; tantôt les sons de l'orgue qui retentissent sous les voûtes; puis, par moments, il y a des silences qui ont aussi leur majesté. Au-dessus de ces milliers de chrétiens qui prient agenouillés ensemble, on voit un nuage bleuâtre et léger qui flotte : c'est la fumée de l'encens; on en a tant brûlé pendant la nuit, tant à la messe de l'aurore, que l'église en est toute parfumée !
Ce jour-là, si l'organiste comprend bien son devoir, il fera redire à l'orgue de vieux airs d'autrefois, de ces vieux Noëls que nos pères aimaient tant, et que nous avons entendus dans notre enfance.
Pour aider à la prière, rien de mieux que d'éveiller des souvenirs: comment ne pas prier avec foi, quand on pense à sa mère et à ses premières années ?
Que les organistes n'aillent donc plus chercher leurs motifs dans des
réminiscences d'opéra, mais bien dans ces vieux airs nationaux qui n'ont point passé par le sang des révolutions, mais que les pierres de nos églises savent depuis longtemps.
La fête ne se passe pas seulement devant les autels : le foyer a aussi ses réjouissances de Noël. Ce jour-là, les familles s'assemblent, et les petits enfants dinent à table ; car c'est leur fête à eux.
J'ai peint la solennité de Noël dans une grande ville, sous les voûtes d'une cathédrale, et célébrée par un haut dignitaire de l'Eglise; j'aurais pu prendre pour sujet de mon tableau Noël à la campagne, dans un village ou dans un château. Cette fête a partout une grande poésie.
Je me souviens d'une messe de minuit, dite en cachette, pendant les persécutions de g3. En ce temps-là, il n'y avait plus d'église pour célébrer les saints mystères; une grange fut choisie par les habitants du hameau. Les femmes la décorèrent pendant la nuit précédente ; dés draps de grosse toile bien blanche furent tendus tout à l'entour; une table rustique, recouverte des linges les plus blancs, devait servir d'autel; des branches de houx à petites baies rouges étaient placées comme bouquets de chaque côté du crucifix d'ébène; deux chandelles de résine dans les flambeaux de fer : c'était là toute la pompe de ces temps de persécution. Sans doute elle n'était pas dédaignée du Dieu qui lit dans les cœurs, du Dieu qui voulut naître dans une étable, et qui appela les pasteurs avant les rois auprès de son berceau.
L'heure qui rappelle la miraculeuse naisssance était venue, chaque famille du village avait attendu minuit , rassemblée en face de son foyer, racontant d'anciennes histoires, et chantant à voix basse de vieux noëls.
Isolément et sans faire aucun bruit, les fidèles se rendirent à la grange préparée pour la fête ; avec quelle piété ils tombaient à genoux devant cet autel si pauvre! La foi des bergers qui entendirent les Anges mêmes annoncer la naissance du Sauveur n'était pas plus vive que celle de ces paysans bretons, de ces hommes de bonne volonté qui adoraient aussi le fils de Marie dans une étable.
Se rassembler ainsi pour prier était alors un des plus grands crimes; la mort s'ensuivait, et cette pensée ajoutait une ardeur nouvelle à leur piété. C'était celle des premiers chrétiens priant dans les catacombes! Quand le prêtre parut à l'autel, des pleurs s'échappèrent de tous les yeux, lui-même fut tellement ému qu'il répandit aussi des larmes qui n'étaient pas sans douceur; confesseur de la foi, il avait été frappé, persécuté pour le Sauveur; il n'y avait que quelques jours qu'il s'était vu livré aux bourreaux et qu'il avait touché de près à la mort; et voilà qu'il s'appuie maintenant sur l'autel d'un Dieu qui a réjoui sa jeunesse, et le voilà qui va célébrer un mystère de sainte joie !
Il y avait là des émotions autres que celles qu'avaient fait naître les pompes de la cathédrale; mais Dieu étant sous le toit rustique de la grange comme sous la voûte dorée de la grande basilique, les cœurs étaient touchés, et les âmes élevées vers le ciel.
Quand Noël vient réjouir les villes et les villages, il y a aussi joie aux châteaux. La plupart des familles qui habitent les manoirs se plaisent
NOEt. ig
à conserver les antiques usages; aussi, après la collation, qui se prend en commun vers les sept heures du soir, la veillée se prolonge dans le salon, où, pour cette fois, on ne fait. pas de musique profane : si les jeunes personnes se mettent au piano, si l'une d'elles prend sa harpe, c'est pour s'accompagner et chanter quelques nocturnes sacrés, quelques cantiques du moyen âge retrouvés par Fétis. Ce soir-là, si on lit tout haut, autour de la table à ouvrage, c'est le Génie du Christianisme, que l'on reprend au chapitre des Fêtes.
Les gens ont porté à grande peine dans le large foyer et posé sur les forts chenets une grosse souche de chêne ou de hêtre avec ses bosses et ses creux, ses lierres et ses mousses. Cette bûche, appelée bûche de Noël, a été mise à part et gardée toute l'année pour la veillée sainte. Oh! cette veillée peut se prolonger, le foyer ne se refroidira pas. Quand une fois le feu aura pris à cet énorme bloc, et quand on reviendra de la messe de minuit pour le réveillon, et quand on ira à la messe du point du jour le feu durera encore.
Les voisins se sont joints à la famille et aux hôtes du château ; et quand la chapelle, bien parée des plus belles fleurs de la serre et bien éclairée de cierges, est ouverte, en peu d'instants elle est si remplie de fidèles, que ceux qui sont dans la tribune ne peuvent plus voir son pavé de marbre blanc et noir. Il a disparu sous la foule agenouillée. Riches, pauvres, fermiers, domestiques sont venus adorer le Dieu et le maître de tous.
Au moment le plus sacré de la messe, des voix bien pures s'élèvent, et chantent VAdeste fidèles, lœti triump hantes'. Les filles de la châtelaine, leurs jeunes amies, composent ce chœur qui, par sa pureté et sa suave harmonie, rappelle celui des Anges chantant aux bergers :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux! et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté ! »
J'ai essayé de peindre les pompes d'une messe de Noël dans une magni* fique cathédrale; j'ai rappelé une messe dans un hameau au temps de la persécution de g3. Maintenant je laisse aller mes souvenirs à un jour de Noël dans l'émigration.
C'était dans le nord de l'Angleterre, près la petite ville de Clithero, au pied de Pcndel-Hill, une des plus hautes montagnes des trois royaumes. Là, dans un joli château, à Stand en-Hall, vivait un fervent catholique, homme tout à fait selon le cœur de Dieu, lord Sontfrwell.
Sous Henri VIII, et sous Elisabeth, ses pères avaient été persécutés pour la foi, et quand les persécutions contre cette même foi catholique s'élevèrent en France, après la révolution de 178g, lord Sontlrwell, qui avait longtemps habité une des provinces les plus dévouées à Dieu et au roi (l'Anjou), voyant les mauvais jours, des jours de proscription et de danger, commencer pour ses parents de France, leur offrit un tranquille asile chez lui. Plusieurs acceptèrent, et je n'ai pu oublier la petite colonie française que j'ai vue sous son toit hospitalier.
Nous y étions un jour de Noël. Dès la veille on avait mis au-dessus de la porte d'entrée des bouquets de houx bien verdoyants, avec leurs baies ressemblant à des perles de corail.
Dans le salon, le soir on avait chanté des Glees, pour célébrer Noël, que les Anglais appellent Christmas; un des refrains que nous répétions tous en chœur, sur un air vif et gai, jetait, je m'en souviens toujours,
The mery mery time The mery mery time Bless the mery mery Christmass time.
En France, dans la plupart de nos châteaux, les chapelles ne sont pas ce qu'il y a de plus soigné; il n'en est pas de même en Angleterre parmi les catholiques; eux ont pensé, comme David et Salomon, que le Seigneur devait avoir une maison plus belle que la leur; et nous pourrions citer plus d'un château où les, chapelles ont un luxe presque royal; à Standen-Hall, ce n'était pas comme à Wardour-Castle, chez lord Arundell, à Lnlworth- Castle, appartenant à la famille Weld, ce n'était ni si magnifique ni si splendide, mais c'était encore fort digne et très convenable : l'autel, le tabernacle, les gradins, les flambeaux, étaient en bois d'acajou poli, avec des ornements dorés; un épais tapis aux plus vives couleurs couvrait les marches du petit sanctuaire; la neige, le froid, étaient au dehors, et dans cet intérieur bénit, tout était propre, chaud et confortable. Dans la tribune, en face de l'autel, des places réservées étaient entourées d'un rideau de soie cramoisie; derrière ce voile était le piano-orgue et les personnes qui devaient chanter. Lady Sonthwell (sœur de ma mère), Lady Gormanston, sa fille, mesdemoiselles de Choiseul, ses nièces, formaient ce chœur de famille... Il y a bien longtemps de cela. Depuis cette FC'te de Noël j'ai compté bien des lendemains de la Toussaint, bien des jours des Morts! Parmi celles qui chantaient alors devant l'autel de Standen-Hall, il y en a qui chantent aujourd'hui devant Dieu dans le ciel! Bien des années, bien des fortunes diverses me sont survenues depuis ce mery Christmass Unie (ce gai temps de Noël); j'ai entendu, depuis, les messes en musique de Mozart et de Rossini; et toutes ces années, toutes ces fortunes diverses, tous ces changements, tous ces grands talents, toutes ces solennités, n'ont pu effacer de ma mémoire la Messe de Noël chantée dans l'exil.
ISAdeste fidèles que ces douces voix de iemmes avaient chanté au moment de l'élévation, je crois l'entendre encore ; et ayant à écrire sur Noël, je n'ai pu me défendre de se ressouvenir : je m'y suis laissé aller...
Que ceux qui n'aiment pas à revenir vers leurs premières années, et qui ne cherchent pas (quand ils en sont bien loin), à rentrer par la pensée, sous les toits de famille, prennent la pierre et me la jettent.
En Angleterre il y a les Christmass gifts, les dons de Noël, qui remplacent les étrennes que nous nous donnons le premier jour de l'an. L'Église aussi commence son année le jour de la naissance du Sauveur ; et il y a dans cette pensée une haute raison; tous les jours chrétiens devraient découler du premier jour du Christ sur la terre. Je ne sais plus quel grand peintre, dans un tableau de la nativité de Jésus, a fait partir toute la lumière du corps de l'enfant divin; il en devrait être de même pour le temps : la première journée des chrétiens devrait sortir de la nuit rayonnante de Noël.
Cette fête a un grand charme à l'époque où elle arrive aux hommes;
alors ils sont assemblés et dans les villes et dans les hameaux; alors les jours sont tristes et froids et les veillées longues. Pour ranimer la nature, qui semble morte sous son suaire de neige, il faut la main de la religion : c'est elle qui répand de saintes joies sur la tristesse de la saison, et qui fait, pour ainsi dire, pousser des fleurs parmi les frimis. Il y aurait comme une sévérité puritaine à blâmer les plaisirs de famille qui égaient alors nos foyers; car il est de nature et de sagesse de se réjouir quand un grand bienfait nous est accordé. Or, jamais fut-il donné aux hommes ce que la nuit de Noël leur a apporté dans ses ombres? Jamais le ciel avait-il été aussi magnifique envers la terre? Cette nuit-là, il s'est entr'ouvert pour laisser venir à nous le roi que les Anges servent et adorent en tremblant.
Cette nuit-là, un frère est venu au malheureux, un libérateur aux esclaves, un ami aux enfants, un maitre aux docteurs, un modèle aux rois, un vainqueur à la mort. Laissez donc les hommes se réjouir dans le Seigneur, comme la terre se réjouit chaque matin quand le soleil se lève pour la délivrer des ténèbres. Noël, c'est la grande aurore de notre délivrance; Jésus-Christ naissant, c'est le soleil de justice, qui se lève sur le monde pour en écarter les ombres de la mort.
Voyez aussi quel enthousiasme, quel saint délire règne dans l'office que chantent nos prêtres ! écoutez-les. (
« Colline de Sion, tressaille d'allégresse... Filles de Jérusalem, revêtez vos habits de fêtes, et chantez, chantez de nouveaux cantiques.
« Jérusalem, lève-toi, secoue la poussière de tes cheveux, romps la chaîne de ton cou; lève-toi, ton Sauveur est venu.
« Tu avais été vendue, et voici que le Seigneur t'a rachetée : chante, Jérusalem.
« Le Seigneur a dit : Assur a opprimé mon peuple, l'injustice et la cruauté ont pesé sur lui : il faut que je le délivre; autrefois je parlais, à présent me voici.
« L'abondance et la paix se lèvent avec le jour du Seigneur.
« La vérité est sortie de la terre, et du haut du ciel la justice nous a regardés.
« Chantons donc, chantons donc de nouveaux hymnes au Seigneur ; que toute la terre chante avec nous !
« Chantons au Seigneur et bénissons son nom.
« Annonçons à l'univers le jour de son salut.
« Que les nations se redisent les prodiges qu'il a faits et que les peuples soient dans la joie! »
Car, véritablement, notre Dieu est grand, son nom est digne de louanges, et sa puissance domine tout ce qui existe.
Que sont les dieux des nations étrangères, auprès de notre Dieu ? Des démons de l'abîme. Mais notre Dieu, à nous, c'est celui qui a fait le ciel et la terre, le firmament avec ses étoiles, et la mer avec ses flots.
Que le ciel se réjouisse donc, que la terre s'exalte de joie, que la mer s'agite et soulève ses grandes eaux en signe d'allégresse, et que les champs et toutes les plantes qui y croissent tressaillent de plaisir; car voici venu le jour du Seigneur ! '
Nous lisons dans le Traité sur les fêtes mobiles, « que, dans les couvents, la veille de Noël, les moines se rasaient et pouvaient prendre un bain, si cela leur plaisait; choses qui leur étaient défendues dans les temps de pénitence, et qu'on leur permettait la veille de la fête, afin que leur extérieur même annonçât la joie.
« La veille de Noël était la plus solennelle de toutes. On lisait, à vêpres, le capitule Gaudete, pour inviter les fidèles à une joie spirituelle. Les versets de ces vêpres expriment les soupirs les plus ardents des anciens patriarches. »
Le Veni ad libe^andum était chanté par deux enfants de chœur, et le Rorate cœli, par un seul.
On le voit, dans les maisons de retraites et de prière, où l'on conçoit mieux que dans le monde les choses saintes, au jour de Noël, c'était à des enfants qu'on laissait chanter les premiers hymnes de la fête, et là je trouve une pensée de convenance et de justice : n'était-ce pas aux enfants à saluer les premiers, de leurs voix jeunes et pures, l'enfant divin qui venait de naître pour le salut de tous ?
« Autrefois, dit Y Histoire des Fêles de l'Église, les prêtres étaient dans l'usage de dire chaque jour plusieurs messes ; ils avaient toute liberté d'en user suivant les mouvements de leur dévotion. Ce fut le concile de Salgunstadt, près de Mayence, tenu l'an 1022, qui en restreignit le nombre à trois pour chaque jour et pour chaque prêtre. Mais le pape Alexandre II, qui mourut en 1073, abolit cet usage, et ne laissa plus la liberté de dire les trois messes qu'au jour de Noël. »
A présent, aucune autre fête n'a ce privilège des trois messes. N'est-ce pas dire en quelque sorte que Noël est la plus grande des solennités chrétiennes, et que c'est le jour où nous devons remercier Dieu davantage? Le jour du rachat des esclaves doit être le jour de leur plus grande joie.
Pâques est cependant la première des fêtes; le jour de la résurrection du Sauveur, dans la hiérarchie des solennités chrétiennes, passe avant tous les autres.
Les Saints Innocents
Une religion toute de pureté et de tendresse doit aimer les enfants ; aussi la religion catholique les amène souvent dans ses sanctuaires et se plaît à les montrer dans ses solennités : elle en fait les frères des Anges.
Mais, faire venir les enfants auprès des autels, se servir de leurs mains innocentes pour aider au saint sacrifice, n'était point assez encore : la religion nous ordonne d'honorer de petits martyrs immolés sur le sein maternel, et qui ont passé de l'âge du berceau aux délices du ciel.
Hérode, ami de César, fort de l'appui des Romains, entouré de gardes, tremblait dans son palais, et c'était la pensée d'un enfant qui causait sa frayeur; car des Mages venus des régions de l'Orient et qu'une étoile miraculeuse avait conduits de leur pays lointain à Jérusalem, disaient à ceux qui les questionnaient : Nous sommes arrivés des contrées voisines de l'aurore pour adorer un en Tant qui vient de naître en Judée, et doit être roi des Juifs. Une étoile qui d'ordinaire n'a point de place au firmament nous a servi de guide ; là où elle s'arrêtera, là nous trouverons l'enfant que nous voulons honorer.
A ces paroles, Hérode, saisi d'une grande frayeur, assembla les princes des prêtres pour les consulter, et ils lui dirent que l'enfanr que ces rois de l'Orient venaient adorer ne pouvait être que le .Messie annoncé par les prophètes, et que c'était dans la petite ville de Bethléem qu'il devait naître. Quand les rois ont peur, ils sont facilement cruels. Hérode tremblant devant un enfant inconnu, prit tout de suite une sanglante résolution : celle de faire massacrer tous les nouveau-nés qui auraient, depuis deux ans, vu le jour à Bethléem et dans le pays qui avoisine la ville de David.
S 'étant arrêté à ce dessein, le roi de la Judée fit venir les Mages en sa présence et il leur dit :
« L'enfant que vous cherchez et que vous allez honorer, je veux l'honorer aussi ; quand vous saurez le lieu de sa naissance, quand vous retournerez dans votre pays, revenez par Jérusalem, et dites-moi ou est l'enfant miraculeux, pour que je lui porte mon hommage. »
Les Mages, sans défiance, promirent ce qu'Hérode leur demandait; mais bientôt un ange leur apparut, il leur révéla la cruelle pensée du roi de la Judée, et les Sages de l'Orient retournèrent en leur patrie sans passer par la ville d'Hérode.
Ce fut vers ce même temps que Joseph sut aussi la vérité d'un ange du Seigneur, qui lui commanda de fuir en Egypte avec Marie et son nouveau-né.
On le voit, le Dieu qui s'était fait homme fut de bonne heure exposé à
la méchanceté des hommes. Le monde fut sans hypocrisie pour lui : tout de suite il se montra cruel et sanguinaire envers le Sauveur, qu'il méconnaissait; et l'enfant divin n'avait pu encore marcher sur la terre où il avait voulu naître, que déjà elle se couvrait de sang dans la crainte de sa venue.
Quand Jésus sortit de son berceau, ce fut pour être emporté par sa mère dans l'exil; ainsi les douleurs du Fils de l'homme ne se firent pas attendre : elles commencèrent avec ses premiers jours !
Cette fuite vers l'Egypte se fit au milieu des plus grands dangers ; car déjà l'ordre cruel d'Hérode était mis à exécution, déjà des voix lamentables étaient entendues dans Rama : c'étaient celles des mères qui pleuraient et qui ne voulaient pas être consolées, parce que leurs fils n'étaient plus, parce que de cruels soldats les avaient arrachés de leurs bras, les avaient tués du glaive ou écrasés contre les murailles!
Oh! quelle affreuse, quelle horrible lutte entre ces mères qui défendent leurs enfants nouveau-nés, et ces bourreaux armés ! Elles n'ont ni casques, ni cuirasses, ni lances, ni boucliers; elles n'ont que leur désespoir de femme, que leur courage de mère, et elles ne craignent rien. Elles ont supplié d'abord; mais quand elles ont vu que leurs prières étaient vaines, et que leurs larmes n'amollissaient pas le cœur des meurtriers, alors elles n'ont plus été à genoux, et si elles ont encore levé les mains, ce n'était plus pour implorer, mais pour déchirer, pour se battre, pour défendre leurs enfants. Ne voyez plus de timides femmes : voyez des lionnes hurlant, écumant, défendant leurs petits. Dans ce combat, plus d'un soldat d'Hérode succombe, plus d'une mère croit un instant que son courage a sauvé son fils; mais d'autres exécuteurs des volontés du tyran arrivent, et dans les campagnes, et dans les maisons, et sous les ruines ensanglantées, et sous les tas d'enfants massacrés, et sous les corps des mères qui ont été tuées de la lance qui a tué leur fils, ils cherchent, et si un petit enfant respire encore, si sa mère est parvenue à se cacher avec lui, un martyr de plus sera immolé aux frayeurs d'Hérode ; car il ne faut pas qu'un seul enfant échappe : l'enfant sauvé pourrait être le Messie, le vrai roi des Juifs, et alors que deviendrait la puissance de l'usurpateur?
En tout temps, en tous lieux, l'usurpation rend méchant et sanguinaire; ce que l'injustice a pris, la cruauté veut le défendre, l'avarice veut le garder. Quelques écrivains ont prétendu que le nombre des enfants massacrés par les ordres d'Hérode se monte à quatorze mille; nous croyons qu'il y a là exagération. Toujours est-il que beaucoup de sang coula alors, et dans toutes ces si jeunes victimes immolées auprès du berceau du Christ, la religion a voulu voir des martyrs. Ce n'est pas par la parole qu'ils ont confessé la venue du Sauveur, c'est par l'effusion de leur sang. D'autres sont montés au ciel des planches des échafauds, de la poussière rougie du cirque et des flammes des bûchers; mais eux, c'est du sein, des bras, des baisers de leur mère qu'ils ont été emportés par les anges dans les demeures célestes.
Jamais l'Eglise n'a montré plus de poésie que dans l'hymne qui se chante le jour des saints Innocents ; on dirait ces stances composées par une mère :