SAMEDI SAINT
« nous, nous n'avons plus d'espérance. Prophétise donc encore, et dis-leur : « Voici ce que dit le Seigneur :
« O mon peuple! je vais ouvrir tes sépulcres, et je ferai sortir tes morts <( de leurs tombeaux, et je vous emmènerai dans la terre d'Israël; et quand « je vous aurai ainsi délivrés de la mort, vous connaîtrez que je suis votre « Dieu, et vous vivrez dans la paix ! »
Après cette vision, un autre prophète succède à Ezéchiel. Celui-là voit la terre dépeuplée d'hommes, et les femmes pleurant sur leur viduité ; mais bientôt le rejeton du Seigneur poussera du milieu des ruines, et fera éclater sa puissance et sa gloire : et ceux d'entre les enfants d'Israël qui n'auront pas succombé aux malheurs de leur nation seront comblés de joie. Ceux qui seront demeurés dans Jérusalem, ceux qui ne seront point descendus de la colline de Sion seront appelés saints, et leurs noms seront inscrits par l'ange dans le livre de vie!
Jouas vient à son tour; le Seigneur lui a dit d'aller crier malheur,
malheur à Ninive : le voilà Or, Ninive était une grande ville de
trois journées de chemin. Jonas marcha un jour entier dans la ville, répétant dans les rues, et sur les places, en face des palais, en face des temples : Encore quarante jours, et « Ninive sera détruite! »
Ces paroles furent entendues du peuple ; le peuple crut à la parole du prophète, et, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, tous se mirent à jeûner, tous se revêtirent de sacs et se couvrirent de cendres.
Et le roi, ayant appris ce qui se passait dans sa ville, descendit de son trône, et ayant dépouillé ses habits royaux, se couvrit aussi d'un sac et s'assit sur la cendre.
Par son ordre, un héraut alla criant par la ville, que les hommes, que les chevaux, que les bœufs et tous les animaux, soient privés de nourriture, et que l'eau même ne leur soit pas donnée pendant les jours de pénitence.
Et Ninive tout entière ayant jeûné, pleuré et prié, le Seigneur eut égard à son repentir et à sa pénitence, et elle fut sauvée; Dieu prit compassion de son peuple.
Les paroles de Moïse viennent après celles de Jonas.
Après que Moïse eut écrit dans un livre les sentences de la loi, il dit aux lévites qui portaient l'arche d'alliance : Prenez ce livre et placez-le à côté de l'arche de l'alliance du Seigneur; placez-le là, afin qu'un jour
il serve de témoignage contre vous, ô enfants d'Israël! car je connais
votre opiniâtreté et votre amour de la rébellion; tandis que j'ai vécu au milieu de vous, vous vous êtes souvent révoltés contre le Seigneur : que sera-ce quand je n'y serai plus! Assemblez donc les anciens et tous les docteurs des tribus; je leur ferai entendre mes paroles, et je prendrai à témoin le ciel et la terre contre ceux qui les transgresseront.... Mon âme devient triste quand je pense qu'après ma mort vous quitterez la voie dans laquelle je vous conduisais. Israël! Israël! ton iniquité allumera la colère du Seigneur!
Nous ne sommes plus à Ninive, plus dans le camp de Moïse ; l'esprit nous a portés à Babylone la superbe, à Babylone, la prostituée des nations.
g6 fêtes chrétiennes.
Ecoutez :
En ces jours-là, le roi de Nabuchodonosor fit faire une statue d'or de soixante coudées de haut et large de six. Il la fit placer dans le champ de Dura, en la province de Babylone. Et quand elle fut là élevée, Nabuchodonosor ordonna aux princes, aux magistrats, aux juges, aux capitaines, aux intendants, aux gouverneurs des provinces, aux peuples des villes et des campagnes, aux riches et aux pauvres, aux grands et aux petits, de s'assembler et d'assister à la dédicace de cette statue.
Et quand toute cette multitude fut réunie dans la plaine de Dura, les hérauts du roi se mirent à crier : Peuples et tribus de différentes contrées et de langues diverses, il vous est ordonné de vous prosterner et d'adorer la statue du grand Nabuchodonosor; vous tomberez donc la face contre terre quand vous entendrez le son des trompettes, des cythares, des flûtes, des tympanons, des timbales et d'autres instruments. Et si quelqu'un d'entre toute la foule ne se prosterne pas et n'adore pas la statue du roi, il sera pris et jeté incontinent dans une fournaise ardente.
A peine donc les peuples eurent-ils entendu le son des trompettes, des harpes, des cythares, des flûtes, des tympanons, des timbales et d'autres instruments de musique, qu'ils se prosternèrent tous et adorèrent, la face contre terre, la statue de Nabuchodonosor.
Mais les Chaldéens vinrent au roi et lui dirent : O grand roi ! que tes jours soient éternels! Tu as ordonné que tout homme se prosternerait et adorerait, la face contre terre, la statue, alors que retentiraient les trompettes, les harpes, les cythares, les flûtes, les tympanons et les timbales; tu as ordonné que celui qui n'obéirait pas sera pris et jeté incontinent dans une fournaise ardente. Eh bien! trois Juifs, que toi, ô grand roi! tu as établis intendants de la province de Babylone, Sidrach, Misach et Abdenago, méprisant ton édit, n'ont point adoré ta statue d'or.
Alors Nabuchodonosor entrant dans une grande colère, ordonna qu'on lui amenât Sidrach, Misach et Abdenago. Et quand ils furent devant lui, Nabuchodonosor leur dit : Est-il vrai que vous ne vouliez adorer ni mes dieux, ni la statue d'or que j'ai fait élever?... Les trompettes, les harpes, les cythares, les flûtes, les tympanons et les timbales vont de nouveaux se faire entendre, et si vous ne vous prosternez pas, et si vous n'adorez pas, vous serez pris et jetés incontinent dans la fournaise ardente. Quel Dieu pensez-vous qui puisse alors vous délivrer de mes mains.
Sidrach, Misach et Abdenago répondirent au roi :
Il ne nous appartient pas de répondre à ce que vous nous demandez. Seulement, nous vous disons que le Dieu que nous adorons peut nous arracher de vos mains et nous sauver de la fournaise ardente; mais il ne voudrait pas étendre sa main sur nous pour nous délivrer, que nous n'adorerions encore ni vos dieux ni votre statue.
A ces mots, un grand changement se montra sur le visage de Nabuchodonosor, et tout de suite il ordonna que la fournaise fût allumée sept fois de plus que de coutume ; et par les plus vigoureux soldats de son armée il fit lier les pieds à Sidrach, Masach et Abdenago, et commanda qu'ils fussent ainsi tous les trois jetés dans les flammes.
SAMEDI SAINT. g7
Comme le roi l'avait ordonné, les trois enfants d'Israël furent pris garrottés, et, encore avec leurs robes de fêtes, leurs chaussures et leurs tiares, précipités dans la fournaise, plus ardente qu'elle ne l'avait jamais été.
Elle était si embrasée, que les soldats qui s'en étaient approchés pour y jeter Sidrach, Misach et Abdenago, furent à l'instant consumés. Mais les trois Israélites qui avaient été précipités tout liés dans la fournaise, se mirent à marcher libres au milieu des flammes, louant et bénissant Dieu!...
Certes, voilà une suite de tableaux assez remplis de poésie! j'ai pris plaisir à les redire, car il y a bien des catholiques qui entrent le Samedi saint dans nos églises, et qui ne se doutent pas de la sublimité des offices de ce jour. Quand on lit cet office avec attention, on dirait que 1 Eglise, au moment de célébrer la grande fête de la résurrection, veut prouver, par les faits du passé, la puissance du Dieu qui va briser la pierre du tombeau et triompher de la mort. Pour mieux faire adorer Jésus-Christ, elle redit l'histoire de Jéhovah, et met les prodiges de l'ancienne loi auprès des miséricordes et des espérances de la loi nouvelle.
Après cette longue suite de prophéties entremêlées d'oraisons, le célébrant de l'office procède à la bénédiction des fonts : là encore les prières sont belles et touchantes.
« O Dieu, dont l'esprit était porté sur les eaux, à la naissance du monde, pour imprimer dès lors à cet élément la vertu de purifier les âmes!... Dieu qui, en lavant les iniquités du monde criminel, avez montré dans le déluge même une image de la régénération, afin que par un admirable mystère le même élément lit naître les vertus : ô Seigneur! jetez les yeux sur ces eaux, et sanctifiez-les ! »
Puis, touchant l'eau avec la main, et faisant sur elle le signe de la croix, le prêtre ajoute :
(( Que cette eau. innocente et sainte créature, soit à couvert des entreprises de l'ennemi, et qu'elle soit purifiée par ton souffle, ô Seigneur!
« Qu'elle soit une source de vie, une source de grâce et de régénération!
« Et que celui qui sera lavé dans cette eau soit purifié par le Saint-Esprit!
« Eau, je vous bénis par le Dieu vivant, par le Dieu véritable, par le Dieu saint, par ce même Dieu qui, au commencement des temps, vous sépara de la terre par sa parole; ce Dieu dont l'esprit était porté sur les eaux! »
A ces mots, le célébrant divise l'eau avec la main, et en jette vers les quatre points cardinaux, disant :
« Je te bénis encore, par ce Dieu qui te fit couler en quatre fleuves dans le paradis terrestre, en t'ordonnant d'arroser toute la terre : je te bénis par ce Dieu qui te fit jaillir d'un rocher; je te bénis aussi par Notre-Seigneur Jésus-Christ qui te changea en vin, aux noces de Cana; je te bénis par le Sauveur qui marcha sur tes flots ; je te bénis par celui que Jean baptisa dans le Jourdain; je te bénis par Jésus-Christ sur la croix qui te fit couler de son côté avec du sang, et qui commanda à ses disciples de baptiser en toi ceux qui croiraient en lui. »
Soufflant sur l'eau, le célébrant ajoute :
g8 FÊTES CHRÉTIENNES.
« Seigneur, bénissez vous-même ces eaux pures, afin qu'elles ne lavent pas seulement le corps, mais qu'elles aient encore la vertu de purifier les âmes. »
Plongeant par trois fois le cierge bénit dans l'eau, le prêtre répète :
« Que la vertu du Saint-Esprit descende sur toute la substance de cette eau, et qu'elle lui communique la fécondité et la puissance de régénérer ! »
L'officiant prenant le cierge, et faisant couler trois fois de la cire dans L'eau en forme de croix, dit :
« Que ces fonts soient sanctifiés et rendus féconds, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit! »
Puis, y versant trois fois de l'huile des catéchumènes :
« Que le mélange de l'huile d'onction et de l'eau baptismale se fasse au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ! »
Répandant du saint chrême dans l'eau :
« Que le mélange du chrême de sanctification, de l'huile d'onction, et de l'eau du baptême, se fasse au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit! »
Et les fidèles répondent : Ainsi soit-il. Ce mot est peut-être prononcé légèrement par beaucoup; et cependant, si ceux qui le disent y réfléchissaient, ils le trouveraient bien grave en cette circonstance : car cette eau qui vient d'être sanctifiée en leur présence, et à la bénédiction de laquelle ils ont aidé par leurs prières, cette eau sera versée sur le front de leurs enfants, à leur venue dans le monde ; quand eux-mêmes seront gisants sur leur lit de mort, quand le râle de leur agonie fera souffrir et pleurer autour d'eux, une main pieuse aspergera de cette même eau leurs membres déjà glacés.
Oh ! il n'y a rien de futile, rien qui ne doive faire méditer dans les cérémonies du catholicisme; cette eau oui se trouve à la porte de nos églises, ou dans des coupes de marbre, ou dans de vastes coquilles, ou dans des piscines de pierre, est destinée aux berceaux et aux tombes, aux vivants et aux morts.
Quand la bénédiction des fonts est terminée, les litanies de tous les saints sont chantées à l'autel; l'Eglise convie ainsi tous les saints du ciel à la grande fête de la terre.
Depuis le Jeudi saint, depuis le moment où l'hostie a été portée à la chapelle du tombeau, toutes les tours, tous les clochers, toutes les flèches des églises ont fait silence ; aucune sonnerie ne s'est fait entendre dans les villes ; mais quand le prêtre entonne le Gloria in excclsis, alors de joyeuses volées partent de toutes les paroisses, et accompagnent les alléluia, qui préludent déjà à la fête du lendemain... Cet instant est la vraie fin du deuil des quarante jours; car l'Evangile a annoncé la résurrection.
Autrefois, les nouveaux baptisés communiaient tous après le prêtre et le clergé, et ils étaient suivis de tout le peuple. Ce que l'on observait à l'égard des petits enfants à la mamelle que l'on baptisait la veille de Pâques avec les autres, était de ne leur point donner le corps de Jésus-Christ sous l'espèce du pain, quand ils ne mangeaient pas encore. On se contentait de les faire communier du sang précieux, que l'on prenait pour eux dans le calice avec
SAMEDI SAINT. ÇQ
une cuiller, pour le leur verser dans la bouche; on leur faisait ensuite prendre du vin ordinaire, comme aux autres baptisés, ce qui était en usage dans le quatrième siècle.
Dans cet usage de faire communier les tout petits enfants, on retrouve tout de suite un vif souvenir de cette tendresse que le Sauveur montrait aux petits enfants; les apôtres, les disciples, les contemporains de Jésus-Christ, l'ayant vu pendant son passage sur la terre laisser venir jusqu'à lui les petits enfants, les prenant sur ses genoux et les bénissant, avaient voulu, après sa mort, continuer cette prédilection envers les innocentes créatures que le fils de Marie avait aimées, et que le baptême venait de rendre aussi pures que des anges. Un enfant baptisé et qui n'a pu pécher encore, c'est un ange de la terre ; son innocence vaut mieux que bien de nos vertus I
Pâques
Voici le jour qu'a fait le Seigneur, le grand jour, le plus grand des jours des chrétiens, le jour de délivrance! Aussi, il y a dans l'air, au-dessus des cités, au-dessus des campagnes, comme un grand cantique, comme un hymne de joie qui résonne.
Dès la première aube du matin, les cloches ont joyeusement annoncé la fête. La terre, depuis quarante jours enveloppée de pénitence et de deuil, ressuscite aussi à la joie ; et chacun sort de sa demeure avec ses plus beaux habits. Ce jour-là nos plus vastes églises sont trop petites; car les plus indifférents, en cette sainte journée, se croient dans l'obligation de venir à leur solennité. Il est vrai que la religion y a déployé toutes ses pompes; les autels ont repris leur magnificence, leurs bouquets de fleurs, leurs reliquaires, leurs chandeliers d'or; plus de voiles sur les saints, plus rien qui cache les anges adorateurs. L'encens fume à gros nuages dans le sanctuaire ; le velours et le brocart rouge revêtent les prêtres ; la mitre brille au front du pontife, et la crosse resplendit dans sa main ; les cierges brûlent de chaque côté du tabernacle, qui domine la radieuse eucharistie ; et les diacres et les sous-diacres, et les chanoines et les acolytes, et les chantres et les enfants de chœur, portent- des flambeaux allumés, et chantent ces paroles en faisant le tour de l'église, à travers les flots pressés de la foule :
« Un ange du Seigneur est descendu du ciel, et, renversant la pierre, il s'est assis dessus; puis, s'adressant aux femmes, il leur dit : Ne craignez point, car je sais que vous cherchez Jésus. Il est ressuscité; venez, et voyez le lieu où le Seigneur avait été couché. Alléluia ! Alléluia!
« Et lorsqu'elles furent entrées dans le sépulcre, elles virent assis, au côté droit, un jeune homme vêtu de blanc ; et ce jeune homme, les voyant effrayées, leur dit : Ne craignez point, car je sais qui vous cherchez : il est ressuscité.
« Jésus-Christ étant ressuscité d'entre les morts, ne mourra plus désormais, et la mort n'aura plus d'empire sur lui. Il était mort pour le péché; maintenant, c'est pour Dieu qu'il vit !
« Il est mort une fois pour nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification.
« Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ce qu'il a souffert, et qu'il entrât ainsi dans la gloire?
« Le Seigneur est sorti glorieux du tombeau.
« Pour l'amour de nous il avait été attaché à la croix, et le voilà ressuscité. Alléluia! Alléluia. »
C'est ainsi que les prêtres, en descendant du sanctuaire, en passant au milieu des fidèles, et dans la grande nef et dans les bas côtés, et dans l'abside, chantent au peuple la grande nouvelle de la résurrection. Ce mot alléluia, qui veut dire louange à Dieu, est devenu un mot chrétien, que comprend la foule chrétienne; aussi il est répété par elle avec une sorte de saint délire ; et c'est quelque chose de saisissant d'entendre monter vers les vieilles voûtes de nos églises ce cri dont les Hébreux faisaient retentir les profondeurs de la mer, quand le Tout-Puissant leur ouvrit un passage au milieu des flots suspendus !
C'est encore aujourd'hui un cri de délivrance, comme ce l'était alors. La mort et la résurrection du Christ ouvrent aussi un passage vers une autre terre promise, vers le ciel où le Christ est monté.
Après le jour du Sabbat qui avait suivi le jour de la mort du Sauveur, Marie-Magdeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé, mère des fils de Zébédée, qui en descendant du Calvaire, avaient acheté des parfums pour embaumer le corps de Jésus, partirent de Jérusalem, le lendemain, de très bonne heure, et arrivèrent à son sépulcre avant le lever du soleil. Elles portaient avec elles les parfums qu'elles avaient préparés... Mais comme elles approchaient du tombeau, elles se dirent l'une à l'autre : « Qui nous ôtera la pierre scellée du sépulcre? »
Pendant qu'elles parlaient ainsi, la terre se mit à trembler fortement : c'était le moment où l'ange du Seigneur, descendu du ciel, renversait la pierre du tombeau.
Cet ange avait le visage plus éclatant qu'un éclair, et sa robe avait plus de blancheur que la neige... Les soldats qui avaient été apostés à la garde du sépulcre virent cet ange et devinrent comme mDrts, tant ils avaient été saisis de frayeur.
Les femmes, voyant la pierre ôtée, entrèrent dans le monument, et n'y trouvèrent point le corps du Seigneur... Alors leur surprise fut grande, et Marie-Magdeleine se mit à courir, à redescendre à Jérusalem, pour avertir Pierre et Jean et les autres apôtres de ce qui était arrivé.
Pierre et Jean sortirent aussitôt de la ville et prirent en grande hâte le chemin du sépulcre; ils couraient tous les deux; mais Jean, qui courait le plus vite, arriva le premier ; et, s'étant baissé à l'entrée du tombeau, aperçut les linceuls par terre..., mais il attendit que Pierre fût arrivé pour entrer avec lui.
Lorsqu'ils y eurent pénétré, ils virent bien les linceuls dont on avait enveloppé le corps, et le suaire qu'on avait mis sur la face du Sauveur. Ils crurent tous les deux, ainsi que les femmes, qu'on avait enlevé le corps; car ils ne savaient pas alors ce que l'Ecriture enseigne : qu'il fallait qu'il ressuscitât d'entre les morts.
Saisis d'étonnement, ils retournèrent à Jérusalem pour dire aux autres apôtres ce qu'ils venaient de voir. Mais les femmes restaient à l'entrée du monument. Marie-Magdeleine, se laissant aller aux larmes, pleurait beaucoup en regardant dans le sépulcre vide; tout à coup dans ses ombres, .elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à l'endroit où avait été mis le corps de Jésus; l'un à la tète et l'autre aux pieds.
Et les anges dirent à Marie-Magdeleine : « Femme, pourquoi pleurez-vous?
Elle répondit : « On a enlevé le corps de mon Seigneur, et je ne sais où on l'a emporté. » Au moment où elle disait ces mots, elle vit debout, tout près d'elle, Jésus, et il lui demanda aussi :
« Femme, pourquoi pleurez-vous? »
Et comme le sépulcre était dans un jardin, Marie-Magdeleine crut d'abord que cet homme qui lui parlait était le jardinier, et elle dit : « Si c'est vous qui avez enlevé le corps de mon Seigneur, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai. »
Jésus n'avait prononcé que ce mot : Marie! que déjà elle l'avait reconnu et, tendant les bras vers lui, elle lui cria : Rabboni! c'est-à-dire, mon maître
« Ne me touchez pas, ajouta le Sauveur; je ne suis pas encore remonté vers mon Père. Allez vers les disciples, et dites-leur ce que vous avez vu dites-leur que je monte vers mon Père, qui est votre père, vers mon Dieu, qui est votre Dieu. »
Magdeleine alla dire aux disciples qui étaient dans l'affliction qu'elle avait vu le Seigneur, et leur rapporta tout ce qu'il lui avait dit; mais ils avaient l'esprit tellement abattu, qu'ils ne la crurent pas, quoiqu'elle affirmât qu'il était vivant et que ses yeux l'avaient vu.
Les autres saintes femmes, toujours saisies de frayeur, se tenaient tremblantes près du sépulcre. Les deux anges leur dirent : « Ne craignez point. Vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié : pourquoi cherchezvous parmi les morts celui qui est vivant? il n'est point ici, car il est ressuscité, comme il l'avait dit. Souvenez-vous de ses paroles, alors qu'il était encore en Galilée : Il faut que le Fils de l'homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième jour ; venez et voyez. »
Les saintes femmes se souvinrent en effet des paroles de Jésus, et, étant sorties du tombeau, agitées de joie et de crainte, elles se hâtèrent aussi pour aller porter aux apôtres et aux disciples la grande nouvelle qu'elles venaient d'apprendre.
Comme elles marchaient vite, louant Dieu au fond de leurs cœurs, Jésus se présenta sur le chemin devant elles et les bénit. Il y avait en lui tant de bonté et de mansuétude, qu'elles osèrent approcher de sa personne et lui baiser les pieds.
Et la bouche du Sauveur s'ouvrit et prononça ces paroles : « Femmes, ne craignez pas, et allez dire à mes frères qu'ils se rendent en Galilée; ils me verront là. »
Lorsqu'elles furent arrivées au cénacle, lieu où se tenaient les apôtres, elles leur rendirent ce qu'elles venaient de voir et d'entendre; mais leurs paroles, comme celles de Marie-Magdeleine, furent traitées de rêveries.
De leur côté, quelques uns des soldats qui avaient été apostés à la garde du sépulcre allèrent à la ville, et rapportèrent aux princes des prêtres tout ce qui s'était passé.
A la nouvelle de ces prodiges, les princes des prêtres s'assemblèrent avec les hommes de Pilate et d'Hérode pour aviser à ce qu'il y avait à faire,
et il fut résolu par les ennemis de Jésus, qu'une forte somme d'argent serait comptée à ces gardes, pour leur faire dire au peuple que les disciples du Nazaréen étaient venus nuitamment enlever le corps de leur maître.
Les soldats ayant reçu cet argent, firent ce qui leur était commandé ; mais, malgré leur mensonge, la vérité fut connue; Notre-Seigneur apparut à saint Pierre et aux disciples d'Emmaùs, et saint Thomas luimême fut convaicu.
Voici tout l'historique de la grande fête de la résurrection, il y a dans ce récit, fait par les témoins oculaires, un ton de vérité irrésistible. Un homme assez malheureux pour ne vouloir pas croire serait obligé à! admirer tous les détails si naïfs et si purs de cette grande histoire.
L'Eglise a dû joindre au souvenir de la résurrection de Jésus-Christ sa plus imposante solennité ; aussi elle a appelé cette fête le Jour du Seigneur, la Fête des fêtes, le Jour de la délivrance.
Saint Grégoire de Nazianze dit que la fête de la Pàque est autant au dessus des autres fêtes du Seigneur, que celles-ci sont au-dessus des fêtes des saints.
Le pape saint Léon disait qu'entre tous les jours que l'on honorait de quelque culte dans la religion chrétienne, il n'y en avait point de plus auguste et de plus excellent que celui de Pâques ; il le regardait comme le point capital de toute la discipline de la grande république chrétienne, d'où dépendait l'économie du culte divin et des sacrements de l'Eglise, parce que la résurrection du Sauveur est le fondement de notre religion, et que sans elle notre espérance est vaine.
Et, en effet, nous eussions aimé le fils de Marie dans la crèche, nous l'eussions adoré avec les mages de l'Orient, nous l'eussions écouté dans le :emple avec les docteurs, suivi dans la Judée avec ses disciples, admiré dans :ous les miracles, que tout cela serait en vain s'il n'était pas ressuscité le .roisième jour. C'est la pierre brisée du sépulcre qui crie plus haut que ".put pour proclamer la divinité du crucifié du Calvaire.
C'est ce passage du tombeau à la vie qui a fait donner à la fête de la résurrection le nom de pascha, qui, comme chacun le sait, signifie passage.
La Pàque des Hébreux, c'était le souvenir du passage de l'esclavage à la liberté.
La Pàque des chrétiens, c'est le souvenir du passage de la mort à la vie, du passage des ombres du sépulcre aux gloires du ciel, du passage de la. servitude du péché a la liberté des enfants de Dieu !
Quand les Hébreux eurent traversé la mer au milieu de ses flots divisés et immobiles, quand ils se retrouvèrent sur l'autre rive, séparés, délivrés de leurs ennemis ; alors ils sentirent une grande joie, et, dans un saint enthousiasme, ils chantèrent au Seigneur des hymnes de délivrance.
Les chrétiens, le jour de Pâques, font entendre des chants pareils; ils chantent :
« Peuple, prosterne-toi, adore la victime pascale, adore l'agneau qui sauve les brebis !
« Adore le Christ qui réconcilie la terre avec le Ciel !
« Oh! quel -merveilleux duel entre la vie et la mort!
« Le maître de la vie meurt, mais la mort sera vaincue, et le crucifié reprendra la vie, comme un vêtement qui lui appartient et qu'il n'avait fait que déposer !
« Qu'as-tu vu, Magdeleine? dis-nous, qu'as-tu vu sur le chemin ?
« J'ai vu le sépulcre du Christ vivant; j'ai vu la gloire du Christ ressuscité; j'ai vu les anges, témoins célestes, avec leurs robes éclatantes de blancheur, me monter le tombeau vide; je les ai entendus me dire : Il n'est plus ici.
« Le Christ, mon espérance, est ressuscité d'entre les morts. Il vous précède en Galilée.
« La terre a tremblé, et s'est tenue dans le silence lorsque Dieu s'est levé pour rendre son jugement. »
Tout l'office de cette grande solennité respire l'allégresse et l'enthousiasme, mais les cérémonies n'ont rien d'extraordinaire, la grand'messe et les vêpres ressemblent à celles des autres grandes fêtes ; il n'y a de plus dans le sanctuaire que le cierge pascal ; le soir, il est porté avec solennité tout autour de l'église, et je vous assure que, pour ceux qui savent quel est ce symbole et ce que représente ce cierge dont la grosse flamme va brillant au-dessus de toutes les tètes de la foule, ii y a à penser et à réfléchir.
Ce qui a civilisé le monde, c'est la lumière de la foi, la lumière dont le cierge de Pâques n'est qu'une ombre. Pour éteindre cette flamme qui nous venait du ciel, quels efforts n'a pas faits l'enfer !
Quand vous êtes dans l'église, vous voyez le cierge pascal partir d'auprès de l'autel, vous le voyez s'avancer dans le sanctuaire, en descendre les marches, puis, en tournant pour entrer dans les bas côtés, tout à coup la lueur sacrée disparaît derrière un faisceau de colonnes ; mais bientôt elle disparaît sous l'ouverture d'un ogive; un peu plus loin, elle se cache derrière d'autres piliers ; à quelque distance elle se montrera de nouveau ; et enfin, vous la verrez revenir resplendissante au côté de l'autel.
Ceci nous semble une image fidèle des vicissitudes qu'à traversées le flambeau de la foi chrétienne ; par moments il a brillé d'un grand éclat ; par moments sa lueur s'est cachée, mais elle ne s'est jamais éteinte; et, à la fin des temps, elle remontera pure et étincelante au ciel, comme le cierge pascal revient aux côtés de l'autel.
Pendant la procession du cierge les prêtres chantent :
« Lorsque Israël sortit de l'Egypte et que la maison de Jacob ne fut plus sous le joug d'un peuple barbare ;
La mer vit sur ses bords le peuple délivré, et recula.
Le Jourdain vit Israël, et remonta vers sa source ;
Les montagnes bondirent comme des moutons, et les collines comme des agneaux.
Mer, pourquoi reculas-tu ainsi?
Jourdain, pourquoi remontas-tu vers ta source?
Montagnes, pourquoi bondissiez -vous comme des moutons?
Collines, pourquoi bondissiez-vous comme des agneaux?
La terre s'est ébranlée à la vue du Seigneur, à la vue du Dieu de Jacob.
PAQUES. lo5
C'est le Seigneur, c'est le Dieu de Jacob qui changea la pierre eu une source d'eau, et les rochers en courants d'eaux vives.
Ce n'est pas pour nous, ô Seigneur! ce n'est pas pour nous, c'est pour la gloire de votre nom !
Manifestez votre miséricorde et votre vérité, pour que les nations ne disent plus : Où est leur Dieu ?
Notre Dieu ! il est dans le ciel ! tout ce qui existe a été fait par notre Dieu.
Les idoles des nations ne sont que de l'or et de l'argent : elles ne sont que l'ouvrage des mains des hommes.
Elles ont une bouche et elles ne parlent pas; elles ont des yeux et ne peuvent voir.
Elles ont des oreilles et ne peuvent rien entendre ; elles ont des narines et ne sentent point.
Elles ont des mains et ne sauraient rien toucher; elles ont des pieds et ne marchent pas, un gosier et ne peuvent crier.
Puissent leur rassembler et ceux qui les ont faites, et ceux qui ont confiance en elles !
Pour la maison d'Israël, elle a mis son espérance dans le Seigneur. Le Seigneur est son protecteur et son appui.
La maison d'Aaron espère aussi dans le Seigneur, et le Seigneur la protège.
Le Seigneur s'est souvenu de son peuple et l'a béni. »
De pareilles paroles d'allégresse et de triomphe vont bien à la solennité de Pâques, et nous avons vu des hommes de génie et de cœur transportés d'enthousiasme, en écoutant des milliers de chrétiens chantant, sous les voûtes d'une de nos vieilles églises, le cantique des Israélites délivrés.
Après cette poésie des psaumes, l'Eglise, le jour de Pâques, a encore son hymne de :
O FILII ET FILIJE !
Nos pères ont composé, pour cette histoire rimée de la résurrection, un
air que savent nos enfants et que chanteront nos arrière-neveux Oh! je
ne connais pas de cœur si froid qui ne batte mieux quand tous les fidèles, répondant aux voix pures et sonores des choristes, répètent le refrain Alléluia! Alléluia !
Les échos de nos cathédrales, de nos églises de villages, de nos chapelles des hameaux, répètent bien cet air qu'ils savent depuis longtemps.
Pour une solennité comme celle de Pâques, la piété de nos pères n'avait pu se contenter d'un seul jour; aussi le lundi et le mardi qui suivent le dimanche de la résurrection, furent longtemps des fêtes d'obligation. Aujourd'hui ces deux jours ne sont plus solennellement chômés ; mais le peuple les sanctifie encore.
Ce temps de Pâques n'a pas que des réjouissances religieuses : comme la fête de la résurrection vient avec le retour des beaux jours, c'est le moment où les artisans, les ouvriers des villes, ont besoin de respirer hors
IOÔ FÊTES CHRÉTIENNES.
des rues étroites et des enceintes de pierres; la nature, qui a été pendant l'hiver comme morte sous son suaire de neige, semble aussi ressusciter à cette époque de Tannée : aussi c'est le commencement des fêtes hors des cités. Le peuple va chanter l'hymne o filii et filt;e! dans les églises des champs, et dîner au village. C'est le temps où le père et la mère de famille habillent les enfants à neuf; le temps où les magistrats, les hommes d'affaires et les écoliers ont de courtes vacances.
Ces jours qui avoisinent Pâques ont été trouvés trop saints pour que le travail pût y avoir place.
Noël a eu sa joie sous les nuages gris et pluvieux de décembre et auprès des foyers; Pâques "a ses réjouissances quand les arbres commencent à bourgeonner, quand les primevères épanouissent leurs fleurs et quand le ciel se tend de bleu.
Alors que nous passons en revue toutes ces saintes allégresses que le catholicisme répand sur notre vie, nous ne pouvons nous empêcher de plaindre du fond de notre cœur les hommes sceptiques et froids qui ne chôment pas nos fêtes ; ce n'est pas pour eux que j'écris; ceux à qui je dédie mon livre ne dédaignent point les joies pures qui viennent d'en haut; au contraire, ils les recherchent. Eux ne veulent point des froides ombres de la mort, eux croient à la résurrection.
Non-seulement à la résurrection de Jésus-Christ, mais à la résurrection de la société.
Oui, nous le prédisons hardiment, la société ne restera point ce qu'elle est aujourd'hui, on aura beau vouloir la faire rester dans les sombres régions de la mort; on aura beau aposter des gardes pour l'empêcher de sortir du tombeau; elle en renversera' la pierre, elle en brisera les scellés, elle en sortira radieuse, et déployant au souffle du ciel l'entendard de la croix.
Car c'est par ce signe qu'elle aura vaincu. Nous qui croyons fermement que ce grand jour de résurrection se lèvera sur le monde, tâchons, hommes de bonne volonté, d'en hâter la venue. Le pécheur, vous le voyez par moi, peut travailler à amener ce beau jour, il n'y a pas que des mains saintes qui travaillent à reconstruire le temple.
Allons donc par le pays, et quand nous verrons le scepticisme grandir; quand on ne voudra plus croire que ce que l'on pourra expliquer, quand l'orgueil s'irritera de tout mystère ; quand on ne reconnaîtra qu'à grand'peine le spiritualisme de l'âme, parce que, ainsi que le corps, on ne pourra la disséquer ;
Quand nous verrons des hommes prendre des airs fiers, enfoncer bien avant leur chapeau lorsqu'une croix portée par un prêtre viendra à passer près d'eux;
Quand on mettra stupidement une statue profane, au lieu du signe du christianisme et de la résurrection, sur la cendre des morts;
Quand nous verrons de telles choses, nous crierons :
Antique foi de nos pères! croyances sacrées! sortez d'entre les morts, ressuscitez, ressuscitez!
Quand les sectaires de l'égoïsme professeront hautement leurs dessé-
chantes doctrines; quand ils hausseront les épaules en entendant raconter un trait de dévouement ; quand ils ricaneront des devoirs et des sacrifices ; quand les turpitudes de la morale des intérêts, comme les flots d'un océan de boue liquide, s'agiteront, grossiront, s'élèveront et menaceront de couvrir la société, alors, invoquant bien haut la morale des devoirs, nous crierons de toutes nos forces :
Nobles doctrines d'abnégation, grands dévouements, généreux sacrifices ! sortez d'entre les morts ! ressuscitez, ressuscitez!
A nous! on voudrait faire une patrie toute neuve, toute dépouillée de traditions, toute rase de monuments; si nos pères ont eu de la renommée, il faudrait l'oublier; s'ils ont eu de glorieux tombeaux, on ne nous en laisserait que la poudre ; tout ce qui daterait des âges chrétiens devrait être comme s'il n'avait jamais été ! Voilà la volonté des impies ; oh ! nous ne nous soumettrons point à ce stupide vouloir.
Nous regretterons dans nos campagnes les vieilles abbayes, avec leurs hauts clochers, leurs ogives, leurs arceaux, leurs cloîtres et les pinacles de leurs toits; les châteaux forts, avec leurs faisceaux de tours, leurs profonds fossés, leurs ponts-levis et leurs herses menaçantes; et quand nous verrons la bande sacrilège et noire porter des mains vandales sur ces fleurons de la France catholique ; quand nous marcherons sur la poussière blanche de tous ces monuments, nous nous écrierons :
Saints ermites, pieux pèlerins, vaillants chevaliers, poursuivants d'armes, bardes, trouvères, troubadours, sortez d'entre les morts! ressuscitez! ressuscitez!
C'est la résurrection de ce qui était saint et de ceux que l'on a tués, qu'il faut que le vrai chrétien travaille... Eh! mon Dieu! nous savons bien que ce n'est point en criant aux rois, aux pontifes, aux ermites : ressuscitez ! ressuscitez ! que nous les ferons se lever de leurs lits de marbre ou d'argile; nous savons bien que ce n'est pas la voix des hommes qui peut crier assez haut pour réveiller des morts; mais ce que nous pouvons, ce que nous devons faire, c'est de remettre en honneur les principes, les doctrines de religion, d'honneur, de franchise et de loyauté; rendons au présentez qu'il y avait de bon dans le passé, et ce sera assurer le bonheur de l'avenir.
Et quand nous nous aurons mis à l'œuvre, ne nous rebutons pas. Alors que nous rencontrerons des obstacles, souvenons-nous, nous qui voulons obéir à ce que le Dieu de nos pères a commandé, nous qui voulons que la société soit, comme les maisons des enfants d'Israël, marquée du sang de l'agneau pascal, pour que le Seigneur irrité ne la décime plus, souvenons-nous que les Hébreux, dans la Pàque, étaient debout, les sandales aux pieds, les reins ceints, le bâton à la main; imitons-les, soyons prêts à nous mettre en marche ; souvenons-nous que nous sommes voyageurs, que la mollesse et les délices du repos ne sont points faits pour celui qui veut atteindre le but qui lui a été marqué ; et si sur notre chemin nous trouvons beaucoup de laitues sauvages, c'est-à-dire beaucoup de choses amères, ne murmurons pas, ne nous rebutons pas pour cela ; Dieu n'a pas dit que le voyageur, sur cette terre, ne serait nourri que de lait et de miel.
Les fêtes catholiques font plus que de réjouir les âmes chrétiennes qui les célèbrent ; elles les rendent meilleures ; elles ne répandent pas que les fleurs sur la terre, elles y font germer les semences du ciel et mûrir des fruits pour l'éternité.
Voici une histoire qui prouve ce que je dis ici.