ET INCARNATION DU VERBE
Voici une fête chrétienne qui, placée par l'Eglise le 25 de mars, tombe presque toujours clans la quarantaine de larmes, de pénitence et d'expiations.
Alors, elle est pour la piété comme un beau rayon de soleil qui, s'échappant entre des nuages sombres et mélancoliques, vient jeter sur la terre une teinte vive et animée, tandis que le ciel reste triste.
Cette fête est comme la merveilleuse toison de Gédéon : sur elle une rosée abondante, et tout autour l'aridité.
Vulgairement appelée Notre-Dame de mars, elle est dans l'année religieuse ce qu'est dans la nature la fleur charmante que le peuple nomme aussi violette de mars.
Humble, modeste, bienfaisante, exhalant le plus doux parfum, chère et précieuse aux malades, cette plante s'élève à peine à quelques lignes de hauteur au-dessus des feuilles mortes et des herbes sèches et flétries dont l'hiver a jonché le sol. On la sent mieux qu'on ne la voit; elle recherche l'ombre, elle se cache sous la feuille naissante du buisson d'aubépine; elle semble craindre le grand jour, le regard et la main de l'homme, mais son odeur embaumée la découvre et la trahit.
Telle est la fête de ce jour, tel est le mystère qu'on y honore.
Le mystère, il se passe dans le royaume le plus petit et le plus ignoré des royaumes de la terre, dans la province la moins connue de ce petit Etat, et dans la ville la plus obscure de cette chétive province; il se passe dans le secret, dans le silence, sous le toit d'une pauvre chaumière, entre Dieu, un ange et une Vierge, mais une Vierge sans fortune et sans éclat aux yeux du monde. Ce mystère n'a été connu que par ses fruits de vie et par le parfum de salut qu'il a répandu parmi nous.
Quarante siècles avaient passé sur la postérité d'Adam. L'heure du salut avait sonné; les temps prédits par les prophètes et annoncés par les figures étaient enfin arrivés. Il luisait, ce beau jour que le fidèle Abraham avait vivement désiré voir.
Tout était dans l'attente du grand événement qui devait renouveler la face de la terre....
Et voici comment s'ouvre cette ère nouvelle, ère de grâce et de paix, ère de clémence et de pardon.
Ecoutons la première et admirable scène de ce grand drame, dont le dénoûment sera la mort du médiateur, mais aussi la réconciliation du Ciel avec la terre, des hommes avec Dieu.