‹ Tableau poetique des fetes chretiennesChapitre 27 sur 47 · L'ANNONCIATION · texte numérisé non relu

L'ANNONCIATION

« O Souveraine vérité, qui vous cachez sous le voile d'un corps, mais qui vous découvrez aux yeux d'un cœur pur, daignez nous éclairer.

« Et vous, Vierge sainte, prenez en pitié notre misère; soyez notre avocate auprès de Dieu, ô vous qui, en vous disant la servante du Seigneur, devenez en ce jour la reine du monde entier. »

Mais quand l'Annonciation arrive dans les semaines de Carême, cette prose est supprimée, et remplacée par un trait au chant grave et sévère. L'orgue se tait, et les choristes chantent avec leurs voix mâles ces versets si poétiques :

« La Miséricorde et la Vérité se sont rencontrées ; la Justice et la Paix se sont mutuellement embrassées.

« La Vérité a germé du sein de la terre, et, du haut des cieux, la Justice a jeté sur nous un regard favorable.

« Il descendra comme une pluie bienfaisante qui fertilise nos campagnes, comme l'eau que le ciel répand pour arroser la terre.

« Sous son règne fleuriront la justice et l'abondance de la paix.

« En lui seront bénies toutes les nations de la terre; tous les peuples annonceront sa gloire et sa magnificence. »

Lorsqu'on célèbre cette fête en carême, les vêpres sont chantées immédiatement après la messe, et l'officiant ne descend de l'autel que pour venir occuper sa stalle dans le chœur, parce que, d'après les canons qui règlent le jeûne quadragésimal, les vêpres doivent précéder le premier repas. Et malgré l'allégresse qu'inspire cette solennité, l'Eglise n'y dispense pas du jeûne, et n'en adoucit en rien la rigueur.

« Et c'est, remarque Baillet, parce qu'il n'était pas aisé d'accorder la joie de cette fête avec la pénitence du carême, que divers évêques, surtout en Espagne, transférèrent la solennité de l'Annonciation au mois de décembre pour être célébrée pendant les huit jours qui précèdent immédiatement celle de Noël.

« On ne pouvait sans doute, continue cet agiographe, trouver de temps, en toute l'année, qui se rapporte mieux à l'Annonciation que celui de l'Avent. Tous les offices de ce saint temps pourraient passer pour des offices de l'Annonciation. On n'y parle que de l'attente du Messie, annoncé par l'ange Gabriel, conçu du Saint-Esprit, incarné dans le sein d'une vierge. Tout y est consacré au mystère qui a précédé sa naissance. »

En Flandre, la messe de l'Annonciation a été longtemps dite le mercredi des Quatre-Temps de décembre, avant le lever du jour. Elle s'appelait messe dorée, et elle était accompagnée de la représentation du mystère faite par des acteurs.

L'Angleterre protestante, depuis son schisme, a continué d'observer cette fête et de la chômer d'obligation, comme auparavant, avec un jeûne et une veille, un office public du jour, et une collecte particulière, selon la réformation prétendue. C'est de ce jour qu'elle commence son année ecclésiastique.

A la fête du 25 mars se rattache bien naturellement la salutation angélique ou Ave Maria.

Après Dieu, mais infiniment après Dieu, l'objet le plus vénéré de la

piété des catholiques, c'est Marie. Ainsi, après la prière à Notre Père qui êtes aux deux, celle que nous savons le mieux, celle que nous disons le plus, c'est la prière à notre mère, qui est aussi aux cieux.

C'est celle que notre mère par le sang nous a appris à aimer en nous berçant. A peine nos lèvres ont-elles pu bégayer quelques sons ; à peine avons-nous pu lier ensemble quelques mots, et prononcer quelques paroles à la suite les unes des autres, que notre langue alors si pure a dit : Je vous salue, Marie. Dans les palais, dans les riches demeures, il y a aussi des images de Marie ; la peinture ou la sculpture reproduisent aux yeux delà famille la mère de l'enfant Jésus, et nous avons vu des princes enfants joindre leurs petites mains devant la statue de la reine des anges.

Dans la chaumière enfumée, la femme du bûcheron montre du doigt à son enfant une image de la sainte Vierge appendue à la cheminée ou auprès des rideaux du lit. C'est Notre-Dame de Bonsecours, c'est Notre-Dame du Chêne, c'est Notre-Dame de la Garde. Et l'enfant, à genoux, joignant ses deux mains innocentes, dit : Je vous salue, Marie.

Quand le dimanche, la fermière, belle de ses habits de fête, va à la messe du village, tantôt portant entre ses bras et pressant sur son cœur, tantôt conduisant par la main son enfant bien-aimé, elle se dirige de préférence vers la chapelle de la Vierge, et vers l'autel qui offre aussi à son pieux regard une mère et son enfant ; et là, elle fait dire au sien : Je vous salue, Marie, et l'enfant répète après elle : Je vous salue, Marie.

Nous nous souvenons, avec une émotion que le temps n'a point affaiblie, d'une de ces rencontres, d'un de ces spectacles touchants qui sont dans notre vie ce que les fleurs sont pour la terre, qu'elles embaument et embellissent.

Nous voyagions dans un pays que l'Aube arrose de ses ondes; nous étions arrivé dans un de ces nombreux Dampierre dont le nom, si commun en France, prouve le respect de nos aïeux pour le chef vénéré du collège sacré des apôtres.

Déjà nous avions admiré le château que la pioche de nos modernes Vandales n'a pas encore démoli. La fortune de son maître le protège.

Nous étions resté longtemps en face de la belle et riche grille de l'entrée, dont la dorure éblouit l'œil. Mansard ne s'est pas distingué en bâtissant ce château, qui a peu de caractère; ce qui en a davantage, ce sont de vieilles tourelles que le moyen âge a vu élever et qui sont encore debout, quand tant d'autres choses sont tombées et couchées dans la poussière.

De là je me rendis à l'église du village. J'aime les églises : de tous les monuments, ce sont les plus populaires; elles ont vu tant de choses sous leurs voûtes! ce sont les plus véridiques témoins de notre histoire. Pour y entrer, il me fallut traverser le cimetière, cette terre sacrée de souvenirs et de regrets. Je ne la foule jamais d'un pied indifférent. Les épitaphes me retiennent autant que les paroles des vivants. Dans le cimetière de Dampierre, je lus sur une simple croix de bois :

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