D'UN PÈRE, D'UNE MÈRE ENTENDS LE LONG ADIEU
l5 AOUT 184I.
De l'autre côté de la croix :
DIX-NEUF MOIS SEULEMENT D'EXISTENCE ICI-BAS ! MAIS, BEL ANGE, LA-HAUT TU NE PÉRIRAS PAS.
Lire ce qui est écrit sur la tombe des morts, c'est une bonne préparation pour entrer dans la maison du Dieu vivant, du Dieu qui nous jugera tous.
Une longue et étroite allée se présente à nous aussitôt. A une de ses extrémités, sur notre gauche, nous voyons la chapelle des fonts baptismaux : on la place d'ordinaire à l'entrée de l'église, comme le baptême est à l'entrée de la vie. A l'autre bout, sur notre droite, s'élève l'autel de la sainte Vierge, celui de Y Ave Maria. Au couronnement de cet autel, se dessinant sur une fenêtre qui laisse voir le ciel bleu et les nuages gris, tantôt un soleil rayonnant et tantôt un temps de pluie et d'orage, sont deux chérubins agenouillés qui présentent en hommage un diadème à la Reine des anges ; l'un de ces beaux habitants des régions bienheureuses regarde le ciel, l'autre abaisse ses yeux sur la terre, comme pour inviter la terre et le ciel à honorer Marie.
Pendant que, devant l'image du refuge des pécheurs, de la consolation des affligés, je disais le. Monorare piissima Virgo, prière puissante pour attirer des grâces sur ceux qui la récitent avec foi et espérance, un grand calme régnait dans l'église champêtre, et en me détournant je vis, tout près de moi, agenouillée sur l'unique gradin de chêne de l'autel de la Sainte Vierge, une bonne d'enfants, vraiment bonne. De chaque côté d'elle priaient deux charmants enfants, de la plus modeste, de la plus douce physionomie. L'aînée avait six ans, et la plus jeune n'en avait que cinq. Ces anges de la terre avaient leurs petites mains jointes et disaient : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. » Des enfants agenouillés, je reportai mes regards attendris vers la statue de la Vierge, tenant l'enfant Jésus dans ses bras, et je crus voir un ineffable sourire sur ses lèvres.
Je vous salue, Marie, oh ! que ces paroles ont été souvent répétées depuis dix- huit cents ans! que de bouches diverses les ont dites! de combien de cœurs elles se sont élancées pour monter vers celle que l'ange Gabriel a saluée avec ces mêmes mots !
UAve Maria! les rois et les reines le disent avant de commencer leur journée, comme le laboureur avant d'aller labourer son champ. Je vous salue, Marie, les chevaliers vêtus de fer le répétaient la lance ou l'épée en main, avant de s'élancer au fort de la bataille. Je vous salue, Marie, c'est le
cri du matelot sous les coups de l'orage; le jeune soldat, mourant loin de son pays, se souvenant de sa mère et de son village, dit aussi : « Je vous 'salue, Marie! »
UAve Maria, c'est la prière du juste qui veut conserver sa justice, et celle du pécheur qui veut avoir une protectrice dans le ciel. L'enfant qui ne fait encore que bégayer quelques mots apprend sur les genoux de sa mère à dire : « Je vous salue, Marie, » et le vieillard courbé sous le poids des ans et des infirmités marche péniblement vers l'autel de la Reine des patriarches, et s'agenouillant devant son image, dit la même prière que le petit enfant. Vieillesse et jeune âge, bonheur et infortune, richesse et pauvreté, faibles eî forts, justes et pécheurs, tous veulent être sous la protection de Marie, et tous lui disent avec respect et amour : « Nous vous saluons, pleine de grâce. »
Dans ses régions embrasées par la colère de Dieu, l'esprit de l'abîme sentait redoubler ses tourments! le culte de Marie lui enlevait trop d'àmes sur lesquelles il avait compté; la Vierge, refuge des pécheurs, lui devenait de plus en plus odieuse, et sur la terre, il lui suscita des ennemis et des blasphémateurs. A peine la flétrissure de l'hérésie était-elle imprimée à Pélasge, qu'un fier et puissant patriarche d'Antioche, Nestorius, tout rempli de 1 audace que lui donnait son rang, réputé le second dans l'ordre hiérarchique de l'Eglise, permit à un prêtre qui vivait dans son intimité d'enseigner que Marie n'était pas la mère de Dieu.
A cette abominable hérésie, un cri d'anathème s'éleva dans toute l'église... Et Nestorius, loin de punir le coupable prêtre, loin de partager l'indignation de tous les catholiques, un jour de grande solennité monta en chaire, et répéta : « Non, Marie n'est point la mère de Dieu, la créature n'a point donné naissance au Créateur, mais à un homme instrument de la Divinité, à l'oint du Seigneur, au Christ, que je révère; car je révère celui qui frappe mes sens, à cause du Dieu invisible qui en est inséparable, et qui réside dans l'homme comme dans le temple qu'il s'est consacré à jamais. »
A ces détestables paroles, toute l'assemblée chrétienne frémit d'horreur. Un simple avocat, homme de savoir et de piété, Eusèbe, qui depuis devint évêque, fut le premier à élever sa voix contre cette hérérie. Puis Proclus, évêque de Césique, tonna aussi contre les enseignements de Nestorius. Malgré leurs efforts, l'hérésie nestorienne s'étendait comme une lèpre sur une partie delà chrétienté. Cyrille, patriarche d'Alexandrie, fut un des plus puissants à arrêter ses progrès. Nestorius avait eu l'audace d'écrire à Rome ; le successeur de Pierre assembla son conseil, qui, après un mûr examen, proscrivit d'une voix unanime l'odieuse hérésie. Le pape notifia lui-même cette condamnation à Nestorius, en le menaçant de le retrancher de la communion des fidèles, s'il refusait d'abjurer son erreur. Il écrivit en même temps à saint Cyrille d'Alexandrie, pour lui donner de pleins pouvoirs et l'instituer son représentant dans toute cette affaire. Il le chargea de l'exécution des décrets émanés de Rome pour retrancher Nestorius du corps des pasteurs, et pourvoir sans délai au siège de Constantinople, en cas de résistance de la part de l'hérésiarque.