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JEUNE FILLE ARABE

Les intérieurs.

Le jour vient. De larges gouttes de pluie tombent, espacées.

Les trois femmes se casent dans le berceau des palanquins. On leur passe le petit garçon, plus deux chevreaux familiers. Kréra s'y glisse à son tour.

Ben-Sliman, à cheval, touche ma main de la sienne qu'il porte à ses lèvres, et j'en fais autant.

Le cortège s'ébranle. Les chameaux balancent, ainsi qu'un navire sa voilure, les litières refermées sur mes étranges compagnes d'un jour, qui s'éloignent.

Au détour de la rue, avant de disparaître, les tentures écarlates s'entr'ouvrent un peu. Des bras nus, cerclés de bijoux d'argent et de corne noire, s'agitent vers moi. Et, pour la dernière fois, mon oreille entend répéter ces deux mots :

« Adiou, mousiou! »

La pluie ne cessa de tomber toute la journée et toute la nuit.

Elle recommença le lendemain, continua les jours suivants, avec de courtes suspensions, des ôclaircies fugitives et des bourrasques de vent, rappelant les giboulées qui, chez nous, ramènent les printemps.

Les gargouilles en bois pleuraient sur les rues toute l'eau des terrasses inondées.

Entre les murs sans soleil ressortait tristement la misère des haillons couverts de boue, tandis que les masses de nuées sombres se coloraient d'un reflet roussâtre en rasant les dunes. La bise, prenant à revers les bancs de sable, faisait jaillir leurs

crêtes dont la poussière retombait comme l'écume d'une mer en furie.

Les indigènes, qui d'abord s'étaient réjouis en pensant aux belles récoltes que promettaient ces pluies, s'étonnaient de jour en jour de leur persistance.

L'herbe poussa en maints endroits où les plus âgés des leurs n'en avaient jamais connu. Puis, dans les champs, pourrirent les blés verts. Et dans un pays où la pluie fait si souvent défaut, tous en vinrent à implorer la sécheresse par des prières, en voyant l'une après l'autre s'effondrer leurs misérables bâtisses.

Pauvres Arabes! Race infortunée que la nature a destinée à peupler des terres ingrates où tout est contraste, où tout paraît excessif; où l'homme, constamment en proie à quelque fléau, reste indifférent devant même ce qui pourrait améliorer les conditions de sa vie; où il se retranche dans un fatalisme, mélange de paresse et d'abnégation, qui l'endort avec l'espoir d'un monde meilleur et lui fait mépriser jusqu'à la mort en celui-ci!

On rencontre, on fréquente ces ksouriens et leurs frères nomades, on sympathise aux maux inhérents à leur caractère : mais ces hommes diffèrent tellement de nous-mêmes, tant d'oppositions les séparent de nos cœurs, qu'on se demande si les liens de l'intimité pourront jamais fondre ensemble deux races si éloignées.

Comment serions-nous compris d'un homme si constant à ses préjugés, si tenace dans ses vieilles coutumes?

Il fait en réalité tout au rebours de nos usages. Il commence

Les intérieurs.

la lecture d'un livre par son dernier feuillet, écrit de droite à gauche, se déchausse à la porte, pour saluer, au lieu de se découvrir la tète, s'interdit le vin, vit au milieu de plusieurs épouses, exclut la femme de ses temples, méprise le travail quand nous Thonorons, se réserve les ouvrages d'aiguille en imposant au sexe faible les plus dures besognes. Pour lui, générosité est faiblesse. 11 ne s'incline que devant la force, se défend toute humanité envers les animaux, et massacre ses prisonniers chrétiens afin d'aller en paradis.

En dépit d'inutiles essais, d'espérances chimériques, tout ce qu'il m'est permis d'observer chez ce peuple encore dans l'état d'enfance, isolé dans le temps présent, si arriéré et si grand à la fois, si curieux dans ses mœurs, si intéressant dans ses résistances et dans ses erreurs, si à plaindre en ses destinées, fait songer, somme toute, beaucoup plus à une agonie qu'à un réveil.

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