LA CHASSE AU FAUCON
Une chasse au faucon réunit les officiers de la garnison et les chefs indigènes avec brillante escorte de cavaliers.
J'assiste à cette cavalcade. Elle nous mène rondement en plaine.
Le rendez-vous est à une heure de marche, au puits qu'on trouve près d'Eddis, petit ksar à mi-côte en regard de landes couvertes d'alfa dans lesquelles nos chasseurs comptent rencontrer les lièvres.
Nous longeons les dunes où la nuit a laissé un léger dépôt de gelée blanche, tandis que le soleil dissipe lentement les vapeurs matinales étendues sur la ville.
Déjà le caïd d'Eddis, reconnaissable de loin à son burnous
écarlate, galope vers nous, soulevant la poussière au-dessus des genêts.
Nous piquons droit sur les tentes qu'il a fait dresser pour la diffa. Tout le monde met pied à terre près des chameaux et des bourriquots qui ont apporté le matériel des cuisines.
Nos spahis entravent les chevaux. Nous prenons place sous le dais d'étoffe brune, relevé sur deux faces pour nous éventer.
A deux pas devant nous, attendent les fauconniers, gardant perchés, sur l'épaule ou sur leur main gantée, les oiseaux de race, au plumage fauve moucheté de blanc et de noir, aveuglés par un chaperon en cuir rouge lamé d'argent, rabattu sur leurs yeux.
Au seuil de notre tente, le sable boit le sang d'une gazelle tuée dans la matinée par l'aga Ben-Dit. A l'horizon défilent les chameaux de quelque tribu en marche.
Dans ces terres dénudées la moindre chose qui bouge à distance surprend l'attention. Tandis que chacun de nous, s'aidant d'un couteau, tire à soi la chair rissolée du méchoui (mouton rôti) que les serviteurs viennent d'apporter, deux cavaliers encore éloignés font mine de se diriger à petits pas vers nos tentes; mais une fois près de nous, ils passent au large pour reprendre la direction d'Eddis.
Aucun de nous ne les eût autrement remarqués, si l'un d'eux, en travers de sa selle, n'eut porté un paquet d'une forme inusitée auquel le mouvement du cheval imprimait un balancement régulier.