CHAPITRE V
Marche générale dans la recherche des métaux par voie humide.
24. Nous allons exposer les méthodes qui permettent de déterminer la nature des métaux, soit dans un sel isolé, soit dans un mélange de sels, que nous supposerons amenés à l’état de dissolution, ainsi qu’il a été dit dans le chapitre précédent. Ces méthodes sont dichotomiques, c’est-à-dire que chaque réaction générale permettra de séparer les métaux en deux groupes, qui seront ensuite subdivisés de même jusqu’à ce que l’on arrive à la détermination de chaque métal.
25. Si la liqueur est alcaline, ou même neutre, on l’acidulera par de l’acide azotique, et s’il se forme ainsi un précipité, on le recueillera et on l’analysera d'après la méthode relative aux sels insolubles. On essayera ensuite l’action des réactifs généraux suivants, que nous allons passer en revue et pour l’emploi desquels on devra tenir compte des recommandations qui suivent, et sur 1 importance desquelles nous ne saurions trop insister.
26. Acide chlorhydrique. — Si l’on constate que 1 addition d une goutte de cet acide détermine la formation d un précipité, on continuera à en verser goutte à goutte jusqu’à ce que de nouvelles portions ne déterminent plus de précipité.
On séparera ainsi, à l’état de chlorures, un premier gioupe de métaux :
Le plomb,
Le mercure au minimum,
L’argent (1).
(1) On ne doit pas oublier que le chlorure d'argent se redissoudrait assez facilement dans un trop grand excès d’acide chlorhydrique.
En réalité, le chlorure de plomb n'est pas absolument insoluble dans l’eau ; aussi le plomb pourrait-il passer inaperçu, dans le cas d’une dilution considérable ; on le retrouverait alors dans le précipité produit par l’acide sulfhydrique, ainsi que nous le verrons tout à l’heure.
Il faut bien se garder de confondre les trois précipités précédents avec ceux qui peuvent se produire quand on verse de l’acide chlorhydrique concentré dans les solutions non diluées de certains sels (chlorure de baryum, nitrate mercurique,etc.) : les sels cristallisés qui se séparent ainsi (chlorure de baryum, bichlorure de mercure) se dissolvent par l’addition d’une petite quantité d’eau.
27. Acide sulfhydrique. — Ce réactif doit être employé à l’état gazeux.
S’il se forme un précipité, celui-ci, dans certains cas, ne sera formé que de soufre pouvant brûler sans laisser de résidu ; c’est ce qui aura lieu avec les sels de peroxyde qui seront ramenés à un état inférieur d’oxydation, avec l’acide chromique, bromique, iodique, l’acide sulfureux, etc. Tout en notant cette indication qui nous donnera des renseignements utiles, nous ne tiendrons pas compte de ce précipité et nous continuerons les essais suivants sur la liqueur filtrée ainsi réduite par un excès d'hydrogène sulfuré.
On doit faire passer l’acide sulfhydrique dans la liqueur chaude, du moins à la fin de l’opération. Il ne faut pas oublier, en effet, que l'acide arsénique n’est précipité à froid qu’avec une lenteur extrême, et qu’on pourrait, en opérant à froid, le laisser passer inaperçu, ou ne le séparer qu'incomplètement.
Il faut toujours, du reste, s’assurer que la précipitation est complète, et que le gaz sulfhydrique n’exerce plus d’action, même à chaud, sur la liqueur filtrée.
On devra, si la liqueur primitive est très acide, essayer l’action de l'hydrogène sulfuré sur la liqueur filtrée étendue d’eau. Les sulfures précipitables par l’hydrogène sulfuré en liqueur acide sont, en effet, généralement attaquables par les acides concentrés, et ne se produiraient pas par conséquent dans une liqueur contenant une grande quantité d’acide. C’est là une cause d’erreur assez fréquente dans les analyses et qui amène non seulement des oublis parmi les métaux qui peuvent, en liqueur acide, former des sulfures insolubles avec l’hydro-