M-" LA DUCHESSE DE TALLARD
On vient de voir que le Régent était magnifique dans ses largesses. Sçs prodigalités ruinèrent le trésor, et le système de Law ruina la France. Malgré la sage administration du cardinal de Fleuri ,
Qui laissa ce grand corps
Se rétablir lui-même en yirant de régime ,
la cour, qui n'en vivait pas, fut souvent, dans les commencemens du règne de Louis XY, réduite aux plus grands embarras. On usait de toutes les ressources 5 mais elles étaient tputes épuisées quand le duc de Noailles se ressouvint d'un expédient auquel on avait eu recours dans les' dernières années du règne de Louis XIV '. Voici ce qui était arrivé.
Samuel Bernard, fils d'un graveur, qui n'était
' AdH en-Maurice de NoaiUes, qui, né en 1678 , «Tait été pendant pluaieurs années, du temps du Régent 9 président du conseil des finances.
pas alors sans mérité , figurait à cette époque au nombre des financiers les plus opulens. Sa vanité surpassait encore sa richesse. Desmarets , alors contrôleur-général, avait souvent humilié l'orgueil du ministère devant les coffires-forts du banquier. Son nom de Samuel était d'heureux augure pour les emprunts ; aussi , plus d'une fois avait-il aidé le gouvernement. Mais on lui manqua de parole, et quand les besoins de l'Etat devinrent plus pressans , il sentit sa force et devint à son tour inexorable. Desmarets n'imagina qu'un moyen de le fléchir. « Que Votre « Majesté daigne* lui parler, dit-il à Louis XTV, « cft ses trésors s'ouvriront pour elle. » Le Roi voulwt bi^i y consentir. Samuel Bernard se trouva sur son passage , et ce monarque si fier, qui avait dit : L'Etat c'est tnoiy abaissa sa grandeur jusqu'à flatter la vanité d'un traitant-, car c'est le mot dont on se servait alors pour désigner les gens de finances , quand on n'avait pas besoin d'eux.
Peiot()aut la jeunesse der Louis X¥, là tneme scène , par les conseils du duc de Noailles , se
renouvela comme on va voir, mab avec des circonstances plus singulières. Samuel Bernard en fut encore le principal personnage. H avait pris goût aux grandeurs de la cour, quoiqu'il lui en coûtât des millions. Son faste et sa dépense démentaient le nom hébraïque qu'il avait continué de porter. On le croyait de race juive, et il en plaisantait lui-même assez agréablement. (( Qu'on me fasse chevalier, disait-il , et mon « nom ne choquera plus personne. » H fut en effet anobli. On doit croire , d'après la conversation de madame la duchesse de Tallard , que son ton , et surtout ses manières , sentaient enoore un peu la roture^ mais on jugera bientôt si les dames de grands noms , qui l'entouraient au jeu , chez la duchesse, se montrèrent en cette occasion plus nobles que lui.
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