I.ETTRE IL
M. DIDEROT A M. PALCONET.
Je ne crains pas.^ quoi que tous çn disiez ^ mon ami ^ le compas de la raison '/ mais je crains la partialité > qui change de poids et de mesure selon les oI]j^. Tu te repais d'opinions du matin jusqu'au scôr^ et puis après tu te mets à faire^ la petite bouche. Eh ! mon «mi ^ le tissu de nos maux et de nos peines e^ ourdi à^ clû-r mères où l'on n'aperçoit de loin en loin que quelques fils réels. La comparaison du concert n'est pas seulement agréable^ elle est juste. Quel concert plus réel que celui que j'entends ji et dont je suis en état de chanter toute la mélodie et tous les accom-
* CHU à pris soin â» soaligner les passages extraits des liQttresde Fa^cmiet, et'c|iie Dkierol reprend penir
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4. pagnemens? Cela est noté. Quand ce ne serait que la douceur (Tun beau rêç^e ^ et n'es!>ce rien que la douceur dun rê^e ? et n'est-ce rien qu'un rêve doux qui dure autant que ma vie^ et qui me tient dans l'ivresse ?
L'éloge de nos contemporains n'est jamais pur ; il n'y a que celui de la postérité qui me parlé à présent , et que j'entends aussi distincteidënt que vous , qui le soit. L'envie meurt avec l'homme^ ou si elle existe encore après lui , c'est pour continuer son rôle. Oh t'objecte Phidias à toi qui vis ; quand tu fie seras plus ^ l'envie t'objectera à ceux qui te suivront.
Je né sais si les femmes riraient^ mais elles am^âient tort. Qu'est-ce que fait une belle femme qui va chez La Tour multiplier ses charmes sur la toile y ou dans ton atelier les éterniser en bronze ou en marbrei? Elle y porte la prétention de plaire où elle n'est pas et quand elle ne sera plus. Dès ce moment elle entend ceux qui sont
à cent lieues et à mille ans d'dle' s'écrier : « Oh l qa'eQe est belle!.... » et son bonheur et son orgueil redoublent. Se trompe»tF-elle dans son jugement? Non. Si elle ne se trompe pas y elle est heureuse , et quand elle se tromperait y elle le serait encore.
Point d'injures. Q n'y a point de plaisir senti qui soit chimérique. Le malade imaginaire est Traiment malade; l'homme qui se croit heureux l'est. U faut faire entrer
en calcul y lorsqu'il s'agit du prix de la yie, jusqu'au plaisir momentané du crime; Ixion est heureux quand il embrasse sa nuée ^ et si la nuée lui présente sans cesse l'objet de sa passion y et ne s'évanouit pas •entre ses bras^ il est toujours heureux.
A l'application. J'avoue que
Fixere fortes ante Agamemnona Multi : sed omnes illacrymahUes Urgentur, ignoiique longa Nocte y curent quia vate sacro. *
' HomACE, livre IV, ode viii. Les vers et les pas-
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MsAè hts giMds nofiis sont nninteilaiit li Vsiai de eernavages^ ft ta istibsisteras ^iv nellefiieiil > ou dans tm fragment de mar*' bre , Od pins sûrement encore âam qmh qoes iiides de nos Hgne». Il n'y a plus qa'im bodlcfrersenteirt général dn globe qui piiîss« éteindre les scienoes , It^ aorts:, et etiseveli'r sexH sts Fomes les noms des hommes eê^ lèbres qui les ont culfh^ aroc socoès. U kunière de l'esprit petiet changer de dâmat y mais elle est acossi impérissaUe que oeUe du «a.a. H y a dmr gnind» mventians : h poste ^ qui porte presque en six semaines
sages ladais que I^derut cite c» petk itotablnr' jbnb cstte eovr^spondatwse $ost si eonnu^y je sa dirai pas^ seulement des gens de goût, siais^ des, tiommesi un peu lettrés, qu'il y aurait du pédantisme à les traduire. Quant aux femmes, dont Diderot ambitionnait assurément les suffrages , je les supplierai ne ne pdint abandonner, à cause de quatre ou cinq citations, la lecture d un onVrage écrit avec une verve, une chaleur, une èé^msiké,, ^i deiv^iif plaire k leur esprst
lïE DIDEROT. i%g
une découverte de Féquateur au pôle , et l'imprimerie^ qui la fixe à jamais. .
J aime bien à entendre dire à un h<Mmne qu'il ne met pas a. la loterie^ quand il a un billet dans sa poche. Tu n'es pas sourd , tu contrefiiis le sourd*; et si personneVut jamais dans le cas du proverbe^ c'est mon ami Falconet : Les pires de tous les sourds sont ceux qui ne veulent pas entendre.
La crainte du mépris, de la honte, de V avilissement y sont de petits motifs qui ^oipéchent de faire mal y mais qui ^ incapables d'exalter l'âme , ne feront point tenter de grandes choses. Ce n'est pas assez pour la plupart des. choses difficiles de ne vouloir point être blâmé; le repos et l'obscurité suffisent à ce but : il isfioA vouloir être loué , Élire un cas infini de ses semblables qui sont, de ses semblables qui seront y et brûler d'une soif ine:«tinguible de leur louange. Voilà le sentiment qui fait haleter, voilà le sentiment qui foule aux pieds l'envieux , voilà le senti--
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ment qui fait <fe|irendre la lyre y lapluiiiie'^ le pinceau ). le ciseau.
Vous me dites tot^ours que nfous comptez pour rien Véloge^ qui est à cent pas de vouSj et TOUS n'osez pas assurer nett^nent cpue € thA fassiez aussi peu^de cas; de celui qu'on vous accorde à votre insu à Londres ou ^ Pékin . Mon ami y si s nos < productions pou-^ vaient' aller dans Saturne , noi^^^ voudrions être loués dans Saturne ; et je ne doute point que si elles étaient de nature à^voyager dans loules les parties de l'univers comme dles sont de nature a voyager sur tous les potnts de notre globe , et à passer à. tonie k duvée successive , l'émulation r ne : s'étendit : -> avec cette sphère y et :que l'artiste ne iîtiplùs pour l'espace immuable y immense y infini y éter^ uel y que pour xm (point :dje' cet espace.
Et que me Idi^es^vous de ceiié èomètequi vient ftapper\notre\^lobe ?^ S'il arrivait jamais que l'orbe des coituètes se cpilnùt assez bien pouriqu'onidémontràt>ique<daii6^ mille
DE DIDEROT. i3i
ans d'ici un de ces oorps se rencontrera, ayec notre terre dans un point commun de leur course, adieu les poèmes, les harangues, les temples , les palais, les tableaux , les statues ; ou l'on n'en ferait plïis, ou l'on- n'en ferait que de bien mauvais. Chacun se mettrait. à planter ses choux, et tous tout aussitôt qu'un autre. Si Ton peignait encore des galeries, c'e^t qu'on supposerait que l'astronpme a fait un faux calcul. Ce serait bien la peine d'en^Uir une maison qui n'aurait plus qu'un moment à durer I En un mot , mon ami , la réputation n'est qu'une voix qui parle de nous avec éloge ; et ti'y aurait-il pas de là folie à ne pas mieux ainpier son éloge dans une bouche qui ne* se taira jamais que dans une autre?
Malgré que nous en ayons, nous proppr-^ tionnons nos efforts au temps , à l'espace , k la durée ; au nombre des témoins , à celui des juges. Ce qui échappe à nos contçmpo-»
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rains n'échappera pas à Toril jdu temps et de la postérité; le temps voit tout : autre germe de perfection. Cette espèce d'immortalité est la seule qui soit au pouvoir de quelques hommes; le^ autres périssent comme la brute. Pourquoi ne vouloir pas que je sois jaloux et que je prise cette distinction particulière à quelques individus distingués de mon espèce? Que suis-^e? des rêves, des pensées, des idées, des sensations, des passions, des qualités, des défauts, des vices, des vertus , du plaisir, de la peine. Quand tu définis un être, peux-tu faire entrer dans ta définition autre chose que des termes abstraits et métaphysiques? La pensée que j'écris, c'est moi ; le marbre que tu animes, c'est toi : c'est la meilleure partie de toi , c'est toi dans les plus beaux momens de ton existence , c'est ce que tu fais et ce qu*un autre ne peut pas faire. Quand le poète disait^:
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Non omnis moriar, muUaque pars mei FUabit Ubitinam , *
il disait une vérité presque rigoureuse. J'ai bien peur que tu n'aies prêché cette maudite philosophie meurtrière à ton fils y et que tu n'en aies fait un pourceau du troupeau d'Épicure.
Vous avez tout perdu en me faisant écrire ces chifibns-lk; m.on projet était de faire un discoiu*s en forme, avec toute l'élévation, l'enthousiasme , la raison que je crois avoir, et Dieu merci, m'en voilà quitte. Le feu s'est évaporé, et je n'y reviens plus que pour vous tracasser.
Bonjour, cher ami , bonjour. Vous voyez bien qu'en vous disant cela je vous baise sur les deux joues.
* Horace, livre III, ode xxiv.
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