‹ Tableaux de genre et d'histoire: peints per différens maitres; ou, MorceauxChapitre 22 sur 46 · M. DE CHOISEUL ET M" DE GUÉMENÉE · texte numérisé non relu

M. DE CHOISEUL ET M" DE GUÉMENÉE

J|(1»..dB:Cho|[WPl. étant à Versailles jau moi^ de^j^viar 1778 y pour la^ cérép^onie de l'or* di!ei9}d0»oia|)da nn ren^f^yi^ioA à, JLa princesse dé Gtténienée > qui df abord pwut.en ^re charmée 9 isnais Cjui ^ réfléobissatit a^nsi doute enraite.à Tobj^t ^e oe r0nde:HVOW > chercha bîehiol; à' l'ékidér sous difiSëren^/prét^tes^ M. de Ghoiseul termina bientôt les difficultés , en lui disant qu'il viendrait le lendemain , et l'attendrait jusqu'à ce qu'elle fôt rentrée et visible. ^

Il n'était pas possible d^échapper à cette visite ; aussi madame de Guémenée se trouva-t-elle chez elle, quand M. de Ghoiseul

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arriva; elle était au bain. Après les premiers compKmens y M. de Choiséul eut avec elle la conversation qu'on va lire. *

« Je vais vous apprendre , madame , pourquoi j'ai désiré avec tant d'instances un moment de conversation; vous savez les liens qui m'attachent à madame de Lauzun ( ici la princesse ne peut s'empêcher de rougir), et que ses malheurs ne font que resserrer. Il m'est revenu que vous aviez dit que vous in^iez en poche de quoi la déshonotèr; cette idée m'afllige l Plus le propos est âffirmatif , plus il est accablant : serait-il possible que msrdaine de LàtuKuitf eût trompé sa famille et le public? Ctest

> Un an après (fette conversation ^.U duchesse* de Gramont me la conta- ainsi qu'à plusieurs personnes qui passaient la soirée chez- elle. Elle conte avec beaucoup d'agrément et de feu : je retins ce qu'elle m'avait dit; et me trouvant peu après à la campagne, je récrivis, et je puis assurer que je n'y ai pas changé une parole. {Note de V auteur du morceau.)

8tir qu(H je viens vous prier^ madame , de TChilôir bien nous éclairer, n

Madame de Guémenée n'était pas tentée d'interix>mpre -ce début , pour se ménager le biOyen de réfléchir à ce qu'elle pourrait k-épondre : elle garda un inotnent le silence $ lûais comme il fallait bien finir par le rotxi^ pre ^ elle chercha à éluder).

u Je Tois bien , dit^lle y que ceci est une nouvelle querelle au sujet du marché de M« de Lauzun avec M^ dé Guémenée.-^ U ne s'agit point ^ madame , de ce marché^ sur lequel il est vrai qu'dn a tenu quelques propos ; il s'agit de madame de Lauzun , dé ce que vous avez dit que votu aidiez en poche de quoi la déshonorêP. — Mais , monsieur 9 je ne suis pas obligée de Votls répondre, et ce marché n'est pas mon af* faire» — Encore un coup> madame, U n'est pas qucjgtion de ce marché , mais de thadame de Lauâ&un : vous avez dit que vous aviez en poche — * U n'y a que M. Duchâ-

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telet qui puis^ vous avoir diti cela y mon* sieur. — S'il a pu me le dire, madanfe, vous le lui avez donc dit? Voilà déjà une chose convenue entre nous. Maintenant, voudriez-vous me dire pourquoi voiis le lui avez dit ; car il est impossible que vous lui ayez tenu un tel propos sans avoir une raison. — Quand cela serait, monsieur, serais-je obligée de vous la dire ? Prétendez-vous me faire subir un interrogatoire? — Je prétends , madame , que vous donniez la preuve de ce que vous n'avez pas pu dire sans preuve. — Monsieur, me ferez-vous assigner en jus^ tice? — Non , madame ; mais je supplierai le Roi de vouloir bien vous faire venir près de lui. Sa Majesté est trop juste pour ne pas accorder, à une famille affligée , le seul moyen qu'elle ait de connaître des torts dont vous avez la preuve en poche. — Mais, monsieur.... mais..^. — Vous êtes embarrassée, madame; permettez - moi de vous aider. Peut -être n'avons -nous pas les

mêmes idées sur ce qui peut déshonorer une fenune? et le moyen de s'entendre est de s'expliquer. — Mais, monsieur, qu'est-ce que tout cela yeut dire ? — Un peu de patience , madame. Tenez , voyons ce qui déshonore une femme. Elle est déshonorée, par exemple , je ne dis pas lorsqu'elle a un amant, n'est-ce pas? mais elle est déshonorée lorsqu'elle en a plusieurs ensemble , ou tellement près l'un de l'autre qu'on ne puisse pas croire qu'elle ai|t pour aucun un

véritable attachement. Elle est déshonorée

lorsqu'elle les prend sans discrétion ; quand elle les affiche et les quitte sans ménagement; quand elle ne mérite pas qu'ils restent ses amis ou ses connaissances. Voilà , madame, ce qui déshonore une femme; mais j'ai bien de la peine à croire que ce soit là ce que vous imputiez à madame de Lauzun. Vous ne croyez pas même qu'elle ait un amant. Si cependant vous aviez la preuve en poche.... »

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U e^t aisé de ooncevoir l'emliaiTas de uiadame de Guémenée y qui se toormentait et se retournait dans ^on bain, sans savoir que répondre , ou ne répondait que des mots entrecoupés..... «Mais, mon Dieu....

je ne dis pas cela»... Pourquoi me faire dire ce que je ne dis pas?...

. --^ « Ce n'est donc pas cela, madame? reprit M« de Choiseiil ; je vous avoue que je n'en doutais pas : mais poursuivons. Une femme est encore déshonorée , lorsqu'elle joue un jeu excessif; lorsqu'elle passe les nuits au jeu; lorsque sa maison est une maison de jeu ; lorsqu'après avoir perdu elle ne paie pas ; car les lois du jeu sont , à la vérité , faites pour les honnues , mais quand les femmes partagent leurs travers, ces lois leur deviennent communes, et véritablement une femme se déshonore lorsqu'elle se met dans le cas et de les suivre et de les négliger. Serait*<:e sur cela que madame de Lau2un nous tromperait ? on ne la voit ja-

mais joacr qu'aux six liTres au whist , et je u'ai pas ouï dire qœ peff^onne se plaignit de ce qu'elle ne payait pas. Si cependant vom aviez en pocke la preuve du contraire. ...»

Ici y nouveaux mcMiTemens, nouvelles ex-* clamations. u Ce n'est donc pas» tela y m»* dame? Voyons autre chose y car il est io»* possible qu'à la fin je ne tombe pas sur ce dont vous avez la preuve en poche. Ce qui déshonore encore une femme y c'est de ne pas régler sa dépense sur ses revenus, de fHrendre à crédit chez des marchands : età^ taH assez commun , je le sais; mais oela vtefk est pas moins déshonorant, parce que cela est injuste, et qœ cela entraîne (n'est^Hîe pas , madame?) de grandes oonsés* quenced potir Les femmes. Je ne crois pas enoore que ce soit là ce qu'on reproche à madame de Laussnn. Sa grand'mère lui doDne tout ce dont elle a besomf et d'ail^ leurs, y je ne pense pas que vous ayez votre pcJKshe pleine des mémoires de ses mar^

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chands. — Mais, monsieur , aurez -vous bientôt fini cet interrogatoire ? — Encore un mot y madame. Je ne connais plus qu'une chose cpii déshonore une femme , mais aussi qui la déshonore bien complètement : c'est de mentir/» je ne dis pas pour conter une histoire qui auMise ou fait rire, cela est vilain, mais malheureusement cela n'est pas déshonorant ; mais mentir pour nuire aux autres, pour outrager la vertu malheureuse , pour imputer ses propres torts à ceux qui n'en ont pas , voilà , madame , ce qui répand isur une femme le déshonneur et l'infamie à ne s'en iamais relever. Mais ? i madame de Lauzun parle si peu ; elle est si

^- honnête.... Ce n'est pas encore cela que

vous lui reprochez ? — Eh bien ! monsieur, puisqu'il faut vous répondre, madame de Lauzun affecte de condamner M. de Lauzun. — Cela ne serait pas bien , mais cela serait -il déshonoi^nt? M. de Lauzun ne l'aurait-il pas un peu mérité?

mais d'ailleurs elle, n'en parle jamais^ et vous n'avez pas en poche de quoi la convaincre d'en avoir parlé. — Mais, monsieur, elle est allée demeurer chez madame la maréchale de Luxembourg, qu.e M. de Lauzun ne peut souffrir. — Vouliez-vous , madame , qu'elle restât dans la rue ? qui paierait son logement ^ si sa grand'mère ne lui en donnait pas un? — Mais, monsieur, elle ne veut pas porter les diamans que M. de Lauzun lui a donnés. — Ah!

sur cela, madame, je suis à portée de vous éclaircir. M. de Lauzun a donné des diamans à sa femme, mais il ne les a pas payés ; elle a reçu mém.e une lettre du joaillier , qui a menacé de faire une esclandre, et de les arracher de dessus sa tête lorsqu'elle les porterait. — Je ne le savais pas^ monsieur. — Vous n'avez donc en poche des preuves de rien qui y ait rapport? Et moi, je vais vous tout dire. Madame de Lauzun n';^ pas même ces diamans

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chez, elle; elle le$ a mis en nsaina tierces. J'aurais étd d'avis qu'dle les vendît , parce qu'ils sont à elle ; parce que M. de Guémenée a dû satisfaire le joaillier comme le» autres créanciers; et que> conuae il ne lui a pas»

payé sa dot y elle en a besoin pour vivre. *— -

M. de Guémaaée la paiera exactement. •**- Je l'espère y madame : je ne suis pas venu pour entrer sur cela en discussion. Je ne suis pas même venu pour justifier madame de Lauzun, qui est fort au-dessus de ce que la méchanceté peut inventer contre elle; mais j'ai voulu vous faire sentir que l'hon^ néteté y la décence y l'intérêt même y auraient dû vous rendre plus droonspecte ; qu'il ne &ut pas tenir des propos dénués de toute vraisemblance sur des personnes irrépro*> chables, et i vis-à-vis d'une famille qui est en droit et qui a les moyens de les repousser ; enfin que ^ si on a la démangeaison de dire du mal y il vaut mieux le dire en présence des gens, même tête à ^te...» — - A présent

des leçons , monsieur ? Il faut avouer que voilà une étrange visite ! — Je sens , madame , qu'elle a pu vous ennuyer, et peutêtre voulez-vous sortir de votre bain. »

Là -dessus, M. de Ghoiseul se leva.

i< Adieu , madame. — Adieu , monsieur. »

Il sort , et la princesse reste encore quelques minutes dans son bain , pour se remettre de son trouble et faire sans doute quelques, réflexions , qui malheureusement lui ont été inutiles.

LETTRES INEDITES

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