‹ Tableaux de genre et d'histoire: peints per différens maitres; ou, MorceauxChapitre 7 sur 46 · ET LEUR RACCOMMODEMENT · texte numérisé non relu

ET LEUR RACCOMMODEMENT

Il y avait déjà du temps que M. le Régent yoyait madame de Parabère très familièrement , lorsqu'il lui dit un soir : « Savez- Tous^ ma belle 9 que mes amis ne cessent de m'assurer que tu ne m'aimes pas trop? — Ma foi^ monseignelhU^ép^î^pa-t-elle, je ne sais ce qui leur parait assez ou trop en amour ; pour moi, j 'ai toujours senti qu'on aime toutà-fait y OU point du tout. — Ha , ha ! ma chère, point de milieu? Mais il me semble pourtant qu'une femme doit tenir à ce qu'elle a donné , et même à ce qu'elle a laissé prendre : il me semble aussi que la société im-

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pose des procédés^ sinon des devoirs^ que...

— J'espère , dit-elle en interrompant M. le duc d'Orléans, vous entendre parler bientôt de réputation ; tous yops y connaissez y et pouvez assurément faire les honneurs de la mienne. — Eh ! pourquoi pas, s'il vous plait, madame? n'ai-je pas contribué à vous donner celle d'avoir infinibient d'esprit ? d'être parfois plus aimable que personne ? Et pouvais-je disconvenir, avec les gens qui vous connaissent, que vous êtes trop souvent aussi capricieuse, hautaine, insupportable.

Pourquoi, monseigneur, me supportez-

VOUS? est-ce ma faute, à moi , d'être ce que jç suis? en puis-je n^ll II fallait bien que mon caractère préparât ma réputation; qu'y faire? Mais qu'aurez-vous à me dire, quand vous verrez ma réputation soutenir à son tour mon caractère? Je les laisserai l'un et l'autre aller leur train. Mon caractère est à moi , l'opinion publique n'est à personne.

Aussi4)ien , depuis la mort de la feue reine ,

madame de Maintenons dont le mérite fit crever d'ennui votre oncle Louis XIV, Votre Altesse Royale a donné un si libre cours à l'opinion , qu'on ne sait plus où la trouver. (( Si elle semble s^éloigner assez souvent de moi, reprit M, le duc d'Orléans , elle y revient sans que je l'appelle j elle sent le besoin de reprendre, près de moi , la force qu'elle perd en courant le monde. Vous en devriez douter m.oins qu'un autre , vous que mes bontés, vous que ma protection... — Où donc est la mouche qui vous pique, monseigneur? et pourquoi me parler de vos bontés j dA votre protection? Qui doute , sous les cloches de Notre-Dame , que vous ne soyez une personne sacrée? Qui doute, dans le ressort du parlement de Paris , dont vous n'aimez cependant pas les remontrances , que vous ne soyez le centre de l'autorité souveraine? Sans que cela soit fort clair, cela est poul^tant si certain , et si respectable , que moi , très indigne de vos bontés ^

de votre protection^ je supplie Votre Altesse Royale de permettre à sa très humble servante de s'éloigner de ses grandeurs, faveurs et hauteurs. — Coquine^ tu me donnes donc mon congé? — Je vous demande le mien , monseigneur. J'ai cru , j'ai voulu vous plaire... Loin de m^^'en défendre, insensée que j'étais! j'en fis ma gloire; mais je pense que nous pourrions convenir, entre quatre yeux , que cette gloire est devenue mon tourment et le vôtre. Quittez - moi ,

renvoyez-moi , monseigneur, si vous voulez :

enfin, que sais^je? Mais séparons - nous ?

— Non pas , madame , avant de miétre vengé de vos trahisons, de votre perfidie.* — Eh bon Dieu! monseigneur, vous me traitiez tout à l'heure comme le Grand-Turc, et vous parlez maintenant en céladon amoureux et désespéré. A qui Votre Altesse Royale en atr-elle? — A vous, indigne créature. — Comment? des injures, monseigneur! — Des reproches trop mérités. — Et pourquoi ,

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et comment mérités? — Tu as donc pen^é, malheureuse ! que je ne te parlerais jamais de Beringhen ? Il fallait du moins m'empêcher d'apprendre qu'au lieu de venir souper hier avec moi , et de te mettre au lit toute malade y tu te mis à table et au lit

avec Beringhen; et — Depuis notre

liaison y je fus toujours aussi loin de vous en faire un secret qu'une confidence : je m'en cachais trop peu pour que vous puissiez me reprocher aucune feinte, — En effet , vous êtes franche , très franche ! — Du moins y reprit - elle y je ne suis pas fausse. Je l'ai dit et redit cent fois à Votre Altesse Royale, ses faveurs ressemblent trop à d'insultans*c|prices; ses prostituées rendent son conmierce insùpportableà toute autre femme qu'elles. Vous ne me demandâtes jamais mon cœur j' vous ne saviez plus ce que c'est. Je l'ai' donc conservé. . . — • Gomme un trésor apparenunent? — Oui, monseigneur, ear si je le retrouve dans mon sein au milieu des

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repentira^ qu'ai-je à regretter? De ne pouvoir pad toujours donner le nom de faiblesse à mes égaremens ; je veux donc me réconcilier avec lui.

a Oui, s'écria le Régent, je le vois bien, tu veux faire la paix avec ton cœur ; à merveille! Mais, pour te réconcilier avec toimême, prétends-tu te brouiller avec moi ?

— Je vous demande vos dédains , monseigneur > et même votre disgrâce, s'il faut acheter à ce prix ma liberté? — Pour te rendre libre, il faudrait *peufr-être que je fisse tés noces avec Beringhen ? — Mes noces avec Beringhen! je n'y pensais pas, car de semblables idées ne viennent qu'à vous.

Vous avez dans l'esprit des coups ^é lumière qui nous illuminent dans nos ténèbres. Rieti ne serait plus digne de vous. Ces noces feraient un effet merveilleux dans le monde , elles prouveraient votre incroyable supériorité et votre totale indépendance des pr^Ugés que respectent les sots. En vérité ,

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plus jy pen$£ ^ {dtis je sens que tous en devriez faire la joyeuse et spirituelle cérémonie; fisuQçailles y festin ^ coucher : comme cela âera singulier et brillant ! Qu'auraient à dire vos railleurs ? Pas le mot , car vous rirez le premier. - — Vrai Satan I tu me tentes ; tu me prends par mon faible. — Loin de là , monseigpQieur^ je m'adresse de front à votre caoractère ^ à votre esprit , à votre ^ût pour les choseï^ rares*. • — Veux-tu te taire ! — ' Me taire ? et comment me taire ^lorsque d'un mot vous remplissez ma mémoire de souvenirs charmans^ et me faites comparer mes noces à ce qu'on connaît de plus piquant en ce genre. Nous l'emporterons un jour, J€i vops en aâ$ure 9 voua sur Charles VII ^ èl tnoimir k belle Agnès. Mais pour compara quelque chose aux noces que vous projetez 9 vous auriez beau chercher . <kns votre histoire de i>anoe y il vous, faudra recourir à celle des douze Césars; et y si vous illustrez ainsi vos débauches y je vous pro-

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mets de faire consentir Beringhen k tout.

—Tu m'en donnes le désir, reprit le Régent, et m'en ôtes la force. Je te déteste plus que jamais , et ne t'aimai jamais autant. — Oh !

pour le coup, monseignem-, je n'y tiens plus : ceci est trop fort. Je vous ai proposé tout ce que vous pouviez attendre de moi.

Il s'agissait de votre repos et du mien, rien n'eût été impossible; j'eusse donc exécuté le projet qae vous m'avez paru concevoir, et auquel probablement je n'aurais jamais applaudi si je n'avais eu l'étrange honneur de vivre avec Votre Altesse Royale I mais toute Royale qu'elle soit, je lui déclare qu'elle peut m'enfenner, mais non pas me contraindre à 4*ester* avec eBè. C'est ici que je suis esclave, partout ailleurs je me croirai libre. — Tu ne le seras plus du moins, reprit le Régent, d'attendre Beringhen, car je viens de l'exiler à Dijon. » ■

* Beringhen y après la mort du duc d'Orléans, eut la charge de premier écuyer du Roi. Cette charge

A ces mots échappés de la bouche de M. le Régent 9 madame de Parabère étoufle de rage ^ se débarrasse du Régent y et disparaît. M. le duc d'Orléans ayant repris ses sens et devenu peu à peu maître de luimême^ en pensant qu'il était celui de madame de Parabère, va trouver ses convives qui l'attendaient pour souper, (c J'arrive tard et fort triste, leur dit-il; M. de Saint- Simon s'en est donné pendant deux heures :

je n'ai pu m'en défendre. Jamais son éloquence ne m'a tant fatigué : ce qu'il m'a dit me tracassera tout ce soir, je vous en préviens, ainsi restez à table, mais envoyezmoi coucher avant minuit; vous étés aujourd'hui trop bonne compagnie pour

moi. »

Tout cela pouvait être , et personne par

était dans sa famille depuis la régence d'Anne d'Autriche. Il est probable cependant que Beringhen ne Feùt pas obtenue du vivant du prince; on en devinera facilement la raison.

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conséquent ne se douta de rien; mais tout le monde allait savoir le lendemain ce qu'on ignorait la. veille* Aussi le Régent est-il à peine rentré , qu'il envoie prier le chevalier de Brissa^c de venir lui parler. « Je n'y pouvais plus tenir^ lui idit-il en allant au-^ devant de lui^ j'avais besoin de me jeter dans tes bras. La société de mes bons amis est railleuse et cruelle : nous ne sommes pas encore venus à bout de te gâter totalement , mon pauvre chevalier; ta tournure de paladin me fait croire qu'une bonne fée te sauve de nos m^défices. Tâche de me sauver de moi-même 9 de me consoler^ de me con-^ duire. Je viens d'avoir une scène épouvantable avec madame de Parabère ; ee qui lui a passé par la tête , ce qu^elle m'a dit est inconcevable. . . . Dçs qu'elle a su que je venais d'exiler Beringhen , elle m'a quitté écmnant . de rage; j'ai envoyé bien vite savoir si elle était rentrée chez elle ,*on m'a dit que non. On en revient encore; elle n'est pas de re-

tour. Où sera*t»elle allée? que £iit-elle? j'apprendrai demain matin sans doute où elle aura couché ; fbais tout cela me fait tourner la tête. Si tu savais y mon cher Brissac^ ce qu'elle m'a proposé^ ce qu'elle m'a dit, comme elle m'a traité. ... Je la déteste , mais je suis tellement accoutumé à ses poisons, qu'au lieu de me tuer. Us me font vivre. — Hé bien! monseigneur , que faut-il faire? — Je l'ignore moi-même, j'en saurai demain davantage.

Viens de bon matin, mon cher Brissac; je te dirai ce que j'aurai appris, et parmi mes tentations, mes résolutions, tu m'empêche* MIS d'exécuter la plus mauvaise, n '

« Je t'attendais , dit M. le Régent au chevalier de Brissac en le voyant arriver le lendemain matin : elle n'a pas couché chez

^ Jean-Paal-Timoléon Cossé de Brissac, qui joue dans ce singulier drame un rôle à la fois aimable et noble, avait été d'abord chevalier de Malte, et s'était distingué contre les Turcs en 1717. Après avoir quitté le service de mer, il revint en France, et mon-

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çUe; tu connais ses allures, va Toir ce qu'elle est devenue. — jVfais, monseigneur^ lui dit Brissac , il est de bonne h^tg^e pour faire, des visites aux dames. — C'est vrai, dit le Régent j hé bien! envoie ton grison Lafleur chez. la Parabère, voir ses gens, ses femmes : il est l'ami de la maison, il reviendra té dire ce qu'il aura su de son côté, et toi, plus tard, tu passeras chez la Miremont. J'ai pensé dix fois cette nuit envoyer chercher cette intime de ma vilaine , mais tel est l'effet de l'amitié que tu me fais éprouver poui* toi, mon cher Brissac, que je n'ai rien voulu entreprendre sans toi. T»

viens à moi, tu ih'ofires tes secours, j'ai voulu les attendre; va, pars vite : (u peux être ici avant cinq quarts d'heure, et peutêtre moins. »

tra dès-lors , à la cour du Régent, ce ton de politesse , mais aussi ce caractère de franchise et de loyauté chevaleresque, qu'il conserva jusque dans Tâge le plus avancé.

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En effet, le Régent voyant revenir B^issac beaucoup plus tôt : « Tu sais donc déjà tout? lui dit-il; que sais-tu? — Qu'en sortant d'ici, monseigneur, elle est allée chez elle prendre sa cassette, et donner ordre à Félicité, sa femme de chambre favorite, de faire un paquet de hardes; qu'ensuite elles sont allées chez madame de Miremont, et qu'à une heure du matin , elles en sont parties pom* Dijon, dans une chaise de poste a deux. — Je m'en doutais, dit le Régent; mais la colère ne m'eût-elle pas arraché de la bouche le mot d'exil , elle eût appris , en me quittant, que Beringhén était exilé ; il n'aura pas manqué d'informer ses amis qu'il est exilé à Dijon.... Gomme elle va triompher de ma personne , de mon pouvoir , de ma vengeance ! Quelles délices pour elle ! malheureux que je suis ! je n'en goûtai jamais de semblables.... mais quelle histoire!...

qu'en dira Paris? qu'en dirai-je moi-même à mes intimes? Combien il est bizarre que

je me sente dans l'embarras avec ce ooquin de Dubois y devant lequel je me mis si souvent à l'aise. Quelle situation! que dire?

que faire? conmient m'en tirer?

(( Je vois un moyen , dit Brissac. — Un moyen de me tirer d'embarras? dit le Régent. — Ma foi oui , monseigneur^ de vous en tirer bien , très bien, à merveille, d'une manière très raisonnable et fort brillante.

Mettez votre maîtresse aux Madelonnettes , et votre premier ministre à Bicétre. — Ah !

bon homme, reprit le duc d'Orléans, tu as raison, cent fois raison; tu me dis ce que j'ai souvent pensé, tu mje conseilles ce que j'ai voulu souvent exécuter. Mais, impossible! ipipossible! — Comment, monseigneur I il vous aura été possible de prendre pour maîtresse une ^anche et méchante catin ! de faire cardinal le plus scandaleux des prêtres ! de choisir votre premier ministre entre les plus malhonnêtes gens de France , et quand cette canaille vous tour-

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