‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 102 sur 229 · Tillemont, Bist, des emper. y t. IV · texte numérisé non relu

Tillemont, Bist, des emper. y t. IV

gouvernements régis par des lois particulières. La société se partage en classes qui tendent à s’immobiliser , et l’on peut faire remonter à ce temps la première constitution du colonat. La population rurale, en partie d’origine servile, en partie tombée dans la servitude par suite de sa misère, trouve dans cette institution une sauvegarde contre la tyrannie des possesseurs. La loi se substitue aux maîtres pour disposer de la classe qui nourrit l’Empire. Le serf n’appartient plus à un homme ; il dépend du sol auquel il est attaché comme instrument de culture , et de l’Etat pour qui il est un gage du payement de l’impôt. Ce n’est assurément point la liberté, mais c’est un état moyen entre la liberté et l’esclavage, et le passage de l’une à l’autre.

Cet immense travail d’unité administrative, troublé, puis suspendu pendant les guerres civiles et religieuses qui suivirent l’abdication de Dioclétien, fut repris par ses successeurs. Ulyrien comme son père Constance, et comme lui empereur en Gaule, Constantin marcha, non sans quelques déviations toutefois, dans les voies ouvertes par la tétrarchie; il rendit définitive la dualité de l’empire en créant Constantinople, qui fut la métropole chrétienne et la Rome orientale *, tandis que les quatre grands départe-

1. Roma orientalis, Eoa; minor Roma; Roma junior, altéra . Con-

ments tétrarchiques se transformaient en préfectures du prétoire. Les préfets eux-mêmes, dépouillant ce caractère militaire si funeste aux empereurs, entrèrent dans un cadre d’attributions purement civiles. Cette forme de gouvernement, la dualité dans l’unité, resta, jusqu’à la fin de l’empire d’Occident, le principe fondamental de la constitution romaine. On peut regarder Constantin comme un des empereurs qui ont le plus concouru à la centralisation du monde romain et à l’uniformité des cadres dans toute l’échelle administrative. Ses vastes conceptions embrassèrent tout, depuis les corporations et les curies jusqu’au conseil d’Ëtat, appelé Consistoire, où les hautes affaires étaient traitées sous les yeux du prince.

Dans tout ceci, Constantin améliorait et ne créait pas. Où il fut vraiment novateur, ce fut dans le droit religieux et dans les parties du droit civil en contact avec les idées chrétiennes. La liberté religieuse, telle qu’il la fonda par l’édit de Milan, consistait à élever le culte chrétien au rang de religion de l’État, à côté de l’ancien culte national, en lui donnant dans l’administration publique sa part d’argent, de dignités et de pouvoir. Un nouveau droit régla les rapports de l’État avec les évêques, qui non-seulement furent in-

stantinople est désigné par ces divers titres chez les écrivains latins et grecs.

1. Consistorium. Les membres s’appelaient comités consistoriani.

vestis d’une juridiction ecclésiastique relative aux affaires de leur culte, mais exercèrent une sorte d’autorité arbitrale dans les affaires privées Le sentiment chrétien, pénétrant de plus en plus les mœurs romaines, apporta dans le droit civil des améliorations nombreuses et successives ; l’esclavage fut adouci , la liberté facilitée par de nouveaux modes de manumission plus simples que les anciens, et la puissance paternelle elle-même réformée en ce qu’elle conservait encore de trop rude ou d’abusif.

C’étaient là les constructions artificielles du droit : quand on regardait au-dessous, on voyait se coordonner les éléments d’une société nouvelle, née des débris de l’ancienne, et qui venait se déposer pièce à pièce dans des cadres établis par la loi. La vieille, aristocratie des peuples conquis s’était changée en une noblesse provinciale aux mains de laquelle était l’administration des cités, soit par les curies municipales, soit par les conseils provinciaux. La fleur de ces sénats des provinces entrait dans celui de Rome, après avoir passé par les hautes charges du gouvernement; et l’antique patriciat latin, détruit par le temps, par la pauvreté, par l’incapacité de ses membres, avait fait place à une assemblée de notables de tout l’Empire, siégeant au Capitole, comme un conseil représentatif

Page 1