MARCHE VERS L’UNITÉ PAR LA LITTÉRATURE ET LES SCIENCES
Caractère de la littérature latine en Italie. — Ses caractères variés dans les diverses provinces. — Époque hispano-latine : Sénèque, Lucain, Martial, Quintilien. — La littérature grecque se ranime sous Adrien et les Antonins. — Époque pcBuo-latiue ; Frouto, Apulée, Tertullien.
On sait comment les Romains apprirent à balbutier la philosophie et les lettres : formes et idées, théories de l’art, mètres poétiques, sujets même des compositions littéraires, ils reçurent tout des Grecs. « Ce ne « fut pas, dit énergiquement Cicéron, un faible ruis- « seau détourné de Grèce dans nos murs ; ce fut un
« fleuve abondant et rapide * ; » et ce fleuve emporta ce que les littératures primitives de l’Italie centrale pouvaient renfermer d’original et de vraiment italique. « Demi-Grecs eux-mêmes, dit encore un autre « écrivain romain, les plus anciens de nos savants, « poètes et orateurs à la fois, ne furent que les interet prêtes des études helléniques 1 2 3 . » Ainsi l’idiome rude et grossier du Latium dut à des mains étrangères les premiers essais qui l’assouplirent et le façonnèrent. Livius Andronicus, Ennius Pacuvius, étaient tous Grecs de l’Italie méridionale; Cæcilius Statius venait de l’Insubrie cisalpine ; Nævius, qui menaçait la langue latine « d’être oubliée après sa mort s , » était Campanien ; et ce fut encore un étranger, l’Africain Térence, qui, avec Plaute l’Ombrien, se chargea de démentir cette orgueilleuse prétention. En histoire, en grammaire, en philosophie comme en poésie, les créateurs des lettres latines ne furent point des Latins; l’éloquence et le droit, produits de la constitution politique, purent seuls revendiquer l’indigénat romain.
Il s’écoula assez longtemps avant que le pays qui donnait la langue donnât aussi les écrivains; puis,
1. Influxit enim non tennis quidam e Græcia rivulus in liane urbem, sed abundantissimus amnis. Cio., De republ n, 19.