Virgil., Eclog., x
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ce que produisirent les écoles narbonnaises jusqu’au temps de Néron, rien ne nous est resté qu’un abrégé de l’histoire, de Trogue Pompée, fait par Justin, et le trop fameux Satyricon de Pétrone.
Originaire du pays des Voconces, de cette contrée montueuse d’où descend la Durance, la famille gauloise des Trogues avait cherché fortune au service de Rome , à l’époque où la guerre de Sertorius n’agitait pas moins la Gaule méridionale que l’Espagne. Pompée prit en amitié le chef de ces Transalpins, le fit citoyen et lui donna son nom. Plus fidèles à l’étoile de leur famille qu’à celle de leur patron , les enfants du nouveau Romain se partagèrent bientôt, comme le monde d’alors, entre César et Pompée ; l’un fut soldat pompéien, l’autre porta les armes sous César, dont il devint le secrétaire et le garde du sceau 1 : de ce dernier naquit l’historien Trogus Pompeius.
Ce fut pendant le principat d’Auguste que Trogue Pompée publia un ouvrage en quarante -quatre livres, intitulé : Histoires philippiques, contenant les origines du monde entier et la description de tous les pays 3 . Sous ce titre un peu bizarre se cachait une véritable histoire générale, embrassant la destinée de tous les
1. Patrem sub Caio Cæsare militasse, cpistolarumque et legationum, simul et annuli curam habuissc. Justin., Ilist., xliii, ad fin.
2 Historiarum philippicarum et totius mural i originum, et terra xitus, iibri xliv; a Nino ad Csesarem Augustum. C’est aussi le titre de l'abrégé de Justin.
peuples connus, pendant une durée de deux mille ans, depuis la fondation de l’empire de Babylone jusqu’à la chute de la république romaine. Les premiers livres contenaient le récit des empires d’Asie , et celui des entreprises des rois de Perse sur l’Europe, en particulier sur la Grèce ; puis venaient les affaires des nations grecques ; le mouvement de réaction de l’Europe sur l’Asie ; les conquêtes d’Alexandre et la formation des royaumes macédoniens, avec leurs durées et leurs fortunes diverses. Les derniers étaient remplis par la lutte de Carthage et de Rome ; ils présentaient le tableau des accroissements successifs de la puissance romaine, jusqu’à ce qu’elle eut tout absorbé, Asiatiques et Grecs, Carthaginois et barbares, Orient et Occident. A cet exposé des conquêtes de Rome se rattachaient les origines barbares occidentales, et la géographie de l’Afrique, de l’Illyrie, de la Gaule et de l’Espagne.
C’était la première fois que le grand travail d’une histoire universelle, déjà essayé en grec, s’exécutait en latin; et, d’après le témoignage des contemporains, le succès fut incontestable. Trogue Pompée prit place aussitôt parmi les écrivains les plus distingués de Rome. S’il était possible de retrouver la pensée du livre original sous les mutilations d’un abrégé fait sans beaucoup d’intelligence, on reconnaîtrait peut-
être que l’hislorien narbonnais jugeait toutes choses
avec élévation et calme ; qu’il ne sacrifiait pas tout à Rome comme les historiens romains, ni tout à la Grèce comme trop souvent les écrivains grecs ; que son patriotisme romain se montrait même assez peu ardent; qu’enfin, s’il se décelait en lui quelque prédilection pour une époque et pour un peuple, c’était pour l’époque d’Alexandre et pour la civilisation macédonienne, dont la peinture était le but principal de son Livre. Peut-être encore y reconnaîtrait-on l’esprit des écoles de Marseille, où sans doute il avait étudié, et cet orgueil grec qui, même chez la vieille alliée du peuple romain, ne devait admirer que la Grèce. La dernière partie de l’abrégé est tronquée et imparfaite, et c’est là surtout qu’il eût été curieux de voir le nouveau Romain du temps d’Auguste, le provincial sorti d’une nation barbare, décrire et juger cette grande révolution qui, parcourant le monde entier, commençait à transformer jusqu’à sa patrie d’origine.
Si la Gaule narbonnaise put se glorifier des Histoires philippiques de Trogue Pompée, elle dut rougir du Satyricon, malgré le talent gracieux et l’élégance de style qui n’en font point pardonner l’immoralité. T. Petronius Arbiter était né à Marseille, d’une famille probablement romaine ; mais il paraît avoir passé une partie de sa vie dans les provinces grecques, surtout dans l’Italie méridionale, où il place les récits de son livre, dont il peint avec trop de complaisance les
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mœurs dissolues, dont il analyse du moins l’état social avec une remarquable sagacité. Le Satyricon , dans son fragment le plus important, le souper de Trimalcion, n’est que la peinture satirique de cette nouvelle société qui se formait alors, et qui en Italie, depuis la guerre sociale, ne se recrutait plus que parmi les affranchis. Actifs, industrieux, âpres au gain, concentrant dans leurs mains le commerce et les professions lucratives, les affranchis devenus citoyens s’emparaient de la tête de la société, entraient dans les sénats municipaux, occupaient les magistratures locales, et remplaçaient peu à peu les anciennes familles libres qui, partageant le préjugé romain , dédaignaient les moyens d’entretenir et de restaurer leur fortune.
Le type de ces nouveaux Romains est merveilleusement représenté dans Trimalcion, ce Lucullus grotesque qui possède des provinces entières, couvre la mer de ses flottes et mesure l’or au boisseau'; mais qui parle à peine sa langue, et malgré ses barbarismes, se pose en protecteur des lettres, parce qu’il ramasse à sa table des rhéteurs affamés et des parasites vagabonds ; cet homme fastueux et grossier qui, dans ses magnificences vulgaires, s'enivre, bat sa femme 2 et enchaîne ses convives, malgré eux, à des festins interminables. Autour de lui se groupent nombre d’origi-