‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 110 sur 229 · Tacit., Ann., iv · texte numérisé non relu

Tacit., Ann., iv

« génie, dit Tacite, qu’estimable par son caractère et «ses mœurs*. » D’après ce que nous savons de son genre d’éloquence, il appartenait à l’école hispanolatine, dont nous allons parler tout à l’heure.

Plus tard, sous Domitien, Marcus Aper se distingua pareillement comme orateur; enfin, sous Adrien, on cita le rhéteur Favorinus d’Arles, homme d’une instruction profonde, renommé surtout par sa science dans l’archéologie latine.

Mais ce mouvement littéraire se passait surtout dans les nombreuses colonies de la province ; il ne semble pas que la population indigène s’y soit associée bien intimement, quoiqu’elle ait fourni Trogue Pompée. Le cercle d’activité intellectuelle ne comprenait encore que le midi de la Gaule et quelques points isolés à l’est et au nord , tels que Augustodunum ou Autun chez les Edues, et Durocortorum chez les Rèmes. Tandis que la jeunesse de quelques villes plus avancées venait s’essayer au concours de Lyon, réglé d’une manière si extravagante par le caprice de Caligula, la masse des peuples gaulois se formait peu à peu aux habitudes romaines, étudiait la langue, la pliait à son génie, se préparait, en un mot, pour une époque encore éloignée. Le mouvement de la Narbonnaise resta donc un phénomène local et borné : ce fut un reflet

1. Prospcriore eloquentiæ quam morum Lima fuit. Tacit., Ann., iy, 52, 66; xiv, 19. — De Caus. corrupt. eloq ., 13, 15. — QuintiL, Imt.

de l’Italie projeté sur quelques colonies italiennes, et voilà tout.

En Espagne, au contraire, le développement des éludes latines, préparé de longue main, se produisit, au temps d’Auguste, avec un caractère original. On vit alors les amusements littéraires des proconsuls et les institutions fondées par Sertorius dans un but politique, Cordoue et Osca, porter en même temps des fruits ' ; ce fut bien le génie ibérien qui se fit jour sous les mots latins et sous les idées romaines. Déjà, du temps d’Ennius , on avait dit , à propos de l’emphase du langage : « c’est parler en Espagnol et non pas en «Romain 1 2 ; » cent quarante ans plus tard, Cicéron reprochait aux poètes de Cordoue le même luxe de figures, la même tension de style, et a cette boursou- « flure étrange 3 , » qui choquait son goût délicat et contenu. Ce défaut subsistait toujours, quoique atténué notablement par l’étude, lorsque, au temps de la bataille d’Actium, cent quatre-vingt-neuf ans après le premier établissement des Romains en Espagne , des rhéteurs espagnols, et parmi eux PorciusLatro, vinrent ouvrir à Rome une école de déclamation latine. Il y

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