Hispane non Romane loqui
3. Ut etiam Cordubæ natis poetis pinguc quiddam sonantibus atquc peregrinum, tamen (Metellus) aures suas dederet. Cicer., Piv Arch., 10.
MARCHE VERS L’UNITÉ SOCIALE. il5
avait là de la hardiesse, sans doute ; mais cette hardiesse réussit.
Latro représentait un type remarquable de l’esprit hispano-latin. Doué par la nature d’une prodigieuse faculté de travail et d’une imperturbable mémoire, véhément, élevé, il était inégal et ne savait pas éviter l’emphase. Il affectait de mépriser les lettres grecques, dont il proscrivait absolument l’étude, et que d’ailleurs il ignorait 1 . Sa voix, qu’il dédaignait de travailler, de fléchir aux artifices des modulations italiennes, était âpre et rude, mais commandait l’attention 2 . Latro, avec ce mélange original de mal et de bien, entraînait ses auditeurs. Tout ce qu’il y avait de littérateurs à Rome se pressait aux controverses où l’Espagnol devait jouer un rôle : on y voyait Mécène, Asinius Pollion, l’illustre et infortuné Cremutius Cordus, Messala Corvinus, Passienus, etc., et surtout le poète Ovide, un des athlètes les plus assidus à ces luttes de la parole facile 3 .
Mais Latro n’y figurait pas seul le génie de sou pays : il s’était groupé autour de lui toute une colonie d’orateurs et de poètes espagnols arrivés de Cordoue,
1. Græcos et contemnebat et ignorabat. M. Sencc., Controv., v, 33.
2. Vox robusta sed sordida lucubrationibus et ncgligcntia, non nature infuscata... Nulla unquam illi cura vocis exercendæ fuit, ilium fortem, agrestem et liispaniæ consuetudinis morem non poterat dediscerc. M. Sencc., Controv ., i, Proef.
3. Ovidius Naso Latronis admirator erat. AI. Senec., Controv., 1.
d’Italica, de Cadix ou de Calagurris, et dont le nombre grossissait chaque jour. A leur tête se plaçaient, par un talent reconnu, Junius Gallion, à qui le goût romain reprochait du cliquetis et qu’Ovide prit pour son modèle et son ami* ; Marcus Annæus Seneca de Cordoue, écrivain de mérite, mais dont la gloire a été effacée par celle de ses trois fils ; et le poète Sextilius Hena, qui chanta la mort de Cicéron 1 2 . On y comptait aussi Statorius Victor 3 4 et l’emphatique et guindé Sénécion, qui représentait le côté ridicule de la grandiloquence. Il était vraisemblablement né en Bétique comme Hérennius Sénécion, dont nous parlerons plus bas. Sa boursouflure l’avait fait surnommer Grandio; et l’on assurait en plaisantant que, voué aux grandes choses, il n’achetait que de grands meubles, ne portait que de grands souliers, n’avait que de grands valets et que des maîtresses d’une taille gigantesque *.
A côté de ces exercices purement littéraires se for-
1. Tinnitus Gallionis. Tacit., de Caus. corrupt. éloq. — Quintill., ix, 2; in, 1. — Ovid., Eleg., lib. iv. — M. Senec., Controv., 2; Suas., 3. — On peut consulter Andr. Schoot., Clar., ap. Senec. rhet.
2. 11 était de Cordoue. On cita de lui un morceau sur la mort de Cicéron commençant par ce vers :
Deflendus Cicero est, Latiœque silentia linguæ,
M. Senec., Suas., 6.