‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 114 sur 229 · Aul. GelL, Noct. utt., tx, 15 ; mil, 5; xix · texte numérisé non relu

Aul. GelL, Noct. utt., tx, 15 ; mil, 5; xix

génie espagnol. On a peine à s’imaginer l’engouement qui accueillit dès l’origine cette importation de qualités et de défauts également incisifs et brillants. La jeunesse romaine se précipita aux leçons de Porcius Latro; on l’admirait, on le copiait en toutes choses. On singeait jusqu’à sa voix rude et saccadée, jusqu’à son attitude rustique, jusqu’à la pâleur olivâtre de son teint; et comme on attribuait à l’usage du cumin la propriété de rendre pâle, il se fit à Rome, si l’on en croit Pline, une énorme consommation de cette graine *. Le style de Sénèque fit école dans la prose, celui de Lucain dans la poésie. On blâma le nouveau goût, mais on y céda; et les esprits vigoureux et graves que produisait encore l’Italie, les deux Pline, Juvénal, Tacite lui-même, se laissèrent entraîner sans trop de résistance 1 2 . Quintilien, jaloux de Sénèque et partisan d’autant plus zélé du siècle d’Auguste, eut beau prêcher le retour aux anciens modèles, il ne parvint lui-même à se dépouiller entièrement ni du goût de son temps, ni des tendances natives qu'il avait pu rapporter de Calagurris 3 .

1. Orone cuminum pallorem bibentibus gignit, ita certe ferunt Porcii Latronis, clari inter magistros dicendi, adsectatores, similitudincm coloris studiis contracti, imitâtes. Plin., xx, 14.

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