‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 115 sur 229 · Cf. Tacit., de Caus. corrupt. eloq · texte numérisé non relu

Cf. Tacit., de Caus. corrupt. eloq

3. Des critiques modernes ont accusé Quintilien d'hispanité, comme Tito Live l’avait été autrefois de patavinité. Voy. Funcc., de Immin, Ij. L. Senect., 370.

JiO TABLEAU DE L’EMPIRE ROMAIN.

Les arrêts de la critique ont prononcé que, dans le passage du siècle d’Auguste à celui de Néron et de Trajan, il y avait eu décadence : j’y souscris sans hésiter, quelque respect que m’inspirent d’ailleurs les noms de Sénèque, de Lucain, de Tacite; car, pour mon compte, je préfère la noble simplicité des écoles grecque et italienne à un style trop souvent tendu, à une recherche d’effets qui, à la longue, produit la fatigue. Il est possible, assurément, que l’apparition de l’école hispano-latine à Rome ait décidé la crise que subirent alors les études classiques et précipité la chute des bonnes traditions littéraires, déjà ébranlées. Mais qui peut nier en même temps que l’Espagne n’ait payé noblement à l’Empire sa part de génie ; et qui regretterait de voir les noms de Lucain, de Sénèque, de Quintilien, inscrits dans l’histoire de Rome à côté •de ceux d’Adrien et de Trajan?

A partir du règne de Trajan, la fécondité littéraire de l’Espagne décline et s’éteint jusqu’à ce que le souffle du christianisme vienne régénérer la patrie de Prudence, d’Orose et de tant de grands évêques. Des mains des Espagnols, et après quelques moments de repos, le sceptre passa dans celles des Africains.

Ce temps d’arrêt fut rempli par une sorte de réveil des lettres grecques. Rome, tout en produisant ellemême, tout en égalant sur beaucoup de points les modèles de l’antiquité hellénique, n’avait montré ni

MARCHE VERS L’UNITÉ SOCIALE. *îl

froideur ni dédain pour la littérature grecque contemporaine, bien déchue pourtant, quoique toujours fière et exclusive. Dès les temps de César et d’Auguste, elle avait cherché à soutenir, soit en Égypte, soit dans ses propres murailles, ces études précieuses auxquelles elle devait tant. Marc-Antoine répara les pertes de la bibliothèque d’Alexandrie, en partie brûlée pendant la première guerre civile l’empereur Claude y ajouta un nouveau musée i . A Rome, par une rivalité heureuse, les riches particuliers et l’administration luttèrent de zèle pour rassembler des livres de toutes les parties du monde romain, et en former de grands dépôts publics. Lucullus attacha son nom à la première de ces fondations utiles 3 . Jules César, Auguste, Tibère, Yespasien, Domitien, Trajan, les multiplièrent à l’envi, par goût et par désir de gloire, autant que par devoir de gouvernement 4 .

Non contents d’accumuler ces trésors littéraires, les césars s’occupèrent du sort des gens de lettres, et les Grecs ne furent point oubliés. Les professeurs reçurent un salaire public ; et l’État entretint dix grammairiens latins et autant de grecs, trois rhéteurs

t. Dio, xlii, 38. — Plat., Caesar ., Anton.

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