Plut., Lucutl
4. Suet., Aug., 20; Domit., 20. — Ovid., Trist., ni, 60, 60. — Plia., Hist. nat., vu, 50; xxxv, 2. — Plut., Marce/. — Dio, lui, 1. Aul. GelL, XI, 17; Xlll, 18, set|i|.; xvi, 8.
ili TABLEAU DE L'EMPIRE ROMAIN.
latins et cinq grecs, un philosophe , probablement grec , et deux jurisconsultes L On voit que Rome maintenait la balance bien égale entre les deux langues, entre les deux grandes divisions de l’Empire.
Sous Trajan, Adrien et les Antonins, quand la sécurité fut rentrée dans les affaires et que, libres de souci public, les esprits purent se livrer tout à leur aise aux débats de la critique et à la lutte des systè- • mes, les études grecques prirent en Occident, à Rome surtout, une faveur qui alla jusqu’à l’engouement. Les princes eux-mêmes donnèrent l’exemple. Les césars devinrent, pour les littérateurs écrivant l’idiome hellénique, ce qu’avaient été autrefois les Ptolémée et les Attale, avec cette différence que le lien politique resserrait ici et fortifiait le patronage littéraire. On vit donc une foule de gens de lettres, sophistes, historiens, rhéteurs, grammairiens, poètes, savants, accourir, de tous les points du monde oriental, à Rome, où ils trouvaient accueil empressé, secours d’argent, bibliothèques, et une porte ouverte à toutes les ambibitions. Plutarque y vint de Chéronée; Arrien, de Nicomédie; Lucien, de Samosate; Hérode Atticus, de Marathon ; Pausanias, de la Lydie. Mais, quoique le courant qui attirait à Rome les lettres grecques refluât aussi avec quelque force de Rome vers la Grèce et
1 . Consulter Schoell., Hist. de la littéral, grecque, iv, 8, 9.
l’Asie, il ne s’y produisit rien d’original que des systèmes philosophiques 1 2 . La rénovation, stimulée si vivement par les Antonins, n’eut guère d’autre résultat que de mieux faire connaître aux Orientaux les Romains, leurs mœurs et leur histoire *, et de répandre parmi ces derniers une plus grande masse d’idées appartenant à l’Orient : c’était beaucoup déjà, et cet échange tourna, sans nul doute, au profit de tous.
Que devenaient, au milieu de tout cela, les Grecs européens dont on parlait la langue à Home, dont les grands hommes étaient dans toutes les bouches, et devant lesquels on s’inclinait toujours par reconnaissance et par habitude ? Rois dédaigneux de cet empire qu’on leur faisait, ils se tenaient, vis-à-vis du gouvernement romain, plus isolés et plus roides que les Grecs d’Asie ou les Orientaux hellénisés. Rome avait peine à se faire pardonner, dans la patrie d’Épaminondas et de Périclès,sa domination, ses lois, sa langue barbare, et jusqu’à sa gloire littéraire, qu’on lui déniait, ou qu’on feignait d’ignorer.
Des rhéteurs ou des magistrats imprudents agitaient encore ce peuple avec l’ombre de son passé. Adrien et les Antonins , par leur condescendance envers des esprits superbes que l’humiliation avait aigris, et par
1. Voir ci-dessous ce qui est dit sur les travaux des Néo-Platoniciens.
2 . Plutarque y contt ibua plus que tous les autres ensemble.
des concessions sans péril pour l’Empire, les rallièrent un peu à la société romaine ; mais le vice originel était toujours près d’éclater. Plutarque, qui s’est occupé de cette disposition morale de ses compatriotes, dans le but d’y apporter remède, leur adresse à ce sujet des conseils pleins de bon sens, où une spirituelle ironie frappe tour à tour les maîtres et les sujets; ceux-là pour ne se souvenir pas assez, ceux-ci pour ne savoir rien oublier.
« Quand nous voyons, dit-il entre autres choses, « les petits enfants vouloir chausser les souliers de « leurs pères, et se coiffer par jeu de leurs couronnes, « trop larges pour de si petites têtes, nous ne pouvons « nous empêcher de rire *. Ainsi font pourtant les « magistrats de nos villes, lorsqu’ils présentent sans « cesse et folle nent à l’esprit de la multitude, dans la « vie brillante de nos ancêtres, une grandeur de cou- « rage et des actions disproportionnées à notre état a actuel et à notre temps. On nous fait faire par là « quelquefois des choses dignes de risée ; et puis, il « n’y a pas à rire pour tout le monde, à moins que « vous ne soyez si humble et si obscur, qu’aucun « coup ne vous puisse atteindre...
1. Etenim quum videmus puerulos parentum crepidas conari snbli gare sibi, aut coronas eorum capitibus suis imponere per jocum, ride mus. Plut., Rei/jub. gère ml. pivcepla, t. II, 814, éd. in-folio. Paris, IBii.
« Il y a certes encore moyen de suivre ses aïeux « de près, en mille bonnes choses ; mais la bataille « de Marathon, et celle de la rivière Eurymédon, et « celle de Platée, et tels autres exemples qui ne font « qu’enfler vainement la multitude, à quoi servent- « ils? Il faut les laisser aux écoles des sophistes et aux « déclamations des rhéteurs <.
« Lorsque tu prends ta robe, il ne faut pas seule- « ment te remettre en mémoire ce que Périclès se disait « à lui-même, quand il prenait sa robe de magistrat « pour paraître en public : « Périclès, pense bien que « tu commandes à des hommes libres, que tu com- « mandes à des citoyens qui te valent, que tu com- « mandes à des Athéniens. » Voici ce que toi, tu dois « surtout te répéter à toi-même : « Tu commandes « étant commandé ; tu gouvernes étant sujet ; tu « administres sous un proconsul romain ou sous un « procurateur et un lieutenant de César. Ce n’est plus « ici une lice où l’on joute la lance au poing: il faut « porter sa robe plus modeste ; du palais où logent les « magistrats, il faut avoir toujours l’œil au siège impéx rial, et ne prendre pas trop de cœur pour porter une « couronne sur la tête, en remarquant que les souliers « des magistrats romains sont encore au-dessus 2 . »
1. Marathon autem Eurymcdor:, Platæa;, et quæ alia exempta atiimos multitudinis inflant, inaniqueferociaextollunt, in rhetorum scliolis suut relinquouda. Plut., lleipub. gerend. prœcepta, T. 11, 814.
2. Gestanda est tibi clilamys levior, et a prætorio ocuti in tribunal
Cependant une nouvelle période de la littérature romaine s’ouvrait dans les écoles de l’Afrique.
Jusque-là, les provinces libyennes, à l’exception de la Cyrénaïque, n’avaient produit que des écrivains isolés, qui, pour la plupart, et sous l’influence de Cyrène, avaient préféré l’idiome grec à l’idiome latin, et les études philosophiques aux études purement littéraires. Leptis, la première,sousleprincipat deNéron, donna aux lettres latines le philosophe stoïcien Annæus Cornutus, le maître et l’ami de Perse et de Lucain, et une des victimes les plus innocentes de ce règne sanguinaire *.
Sous un autre tyran, Domitien, Leptis donna encore aux lettres latines un de ses enfants, Septimius Severus, qui paraît avoir été un des ancêtres de l’empereur Sévère. Soldat et poète, Septimius n’eut que des succès dans ce redoutable voisinage des césars, où le philosophe son compatriote avait trouvé l’exil et la mort. Stace, le poète impérial, était son ami et le vante beaucoup. Dans de jolis vers qu’il lui adresse, il lui donne, tout Grec 2 qu’il est lui-mème, un brevet de
convertendi, neque roultum flduciœ in corona ponendura. quuni supra caput tuumcalceos cernas. Plut., Reipub. gerend. prœcepta, T. II, 814.
1. Cornutus fut relégué, en 66, par Néron, dans une Ile, où le tyran le fit ensuite mourir. Il avait composé en latin, sur Térence et Virgile, des commentaires qui ne nous sont point parvenus.
2. P. Papinius Statius, né & Naples d’une famille originaire de Selles, en Épire.
beau langage romain, sans plus de scrupule que n’en mettaient non plus le Bilbilitain Martial ou le Calagurritain Quintilien, à faire, en maîtres, les honneurs du nom de Rome et de la langue latine 4 .
« Est-il vrai, lui dit-il, est-il vrai que Leptis t’a « enfanté au milieu des syrtes sauvages? Alors, elle « peut produire aussi les parfums de l’Inde; elle peut « disputer le cinname aux sables odoriférants de « Saba 1 2 3 .
« Mais non, tu n’es pas Africain ; ni tes manières, « ni ton langage ne sentent Carthage: tu es, tu es « Italien ! La Libye élève doncaujourd’hui desenfants « dont Rome et les escadrons romains peuvent être « fiers 3 ! » •
Ces faits et quelques autres ne se liaient qu’imparfaitement à l’état du pays, où l’idiome latin, en lutte avec le punique et le grec, ne s’était pas encore tout à fait naturalisé. Ce furent les besoins, et bientôt la
1. Mart., Epigr., Il, 90; IX, 100; x, 23, 73 ; ni, 31. — QuintiL, Instit., passim.
2. Tene in remotis syrtibus avia Leptis creavit? Jam feret indicas
Messes, odoratisque rara Cinnama præripiet Sabæis.
(Stat., Sylo., iv, 5, 30.)