Voyez Hist. des Gaulois, 1. », c
Autour des écoles supérieures fondées et dotées par les césars, se groupent peu à peu, dans les diverses régions de la Gaule, d’autres établissements moindres, à la solde des municipalités. Les nobles gaulois, sans renier leur goût pour la guerre, adoptent celui de l’étude; de riches familles entretiennent à leurs frais des professeurs d’éloquence et de philosophie : les cités se préparent à envoyer quelque jour leurs représentants sur le forum ou dans le sénat de la ville éternelle. La jeunesse se précipite dans cette lice nouvelle, par ambition d’abord et par curiosité, puis par sentiment des arts et passion de l’étude * : elle y porte sa souple intelligence avec l’ardeur de son tempérament. Elle réussit surtout dans l’éloquence ; et avant la fin du premier siècle, les orateurs gaulois et même bretons 1 2 ont un renom en Italie. Le goût de la poésie se répand dans la société transalpine ; les vers à la mode arrivent de Rome presque aussi vite sur les bords du Rhône ou de la Saône que sur ceux du Pô 3 . Martial se glorifiait d’être lu et admiré non-seulement dans la grande cité de Vienne, mais dans les autres villes des Gaules ; et les
1. Nobilissimam Galliarum sobolem, liberalibus studiis ibi operatam... Tacit., Annal., 1. m, c. 4 3.
2. Gallia causidicos docuit facunda Britannos. Juvpn., Sut. v.
3. Martial, 1, vii, Ep. 87; 1. vm, Ep. 72; 1. ix, Ep. 101. — Il en était de même des lettres de Pline le jeune. « Bibliopolas Lugduni esse non putabam , ac tanto libentius ex litteris tuis cognovi venditari ljbellos mcos... » Plia., Epist.
noms d’Arles, de Bordeaux , de la Palladienne Toulouse, de Lyon, de Trêves, résonnent dans de beaux vers latins , où ils acquièrent en quelque sorte le droit de bourgeoisie poétique. De nobles matrones venues de l’ile de Bretagne à Rome y sont chantées par les poètes romains, non-seulement pour leur élégance et leurs charmes, mais pour leur goût littéraire et leur savoir. La Gaule vit bientôt sans surprise les petits-fils des druides professeurs de grammaire et de philosophie dans les mêmes lieuxoù leurs ancêtres, couronnés de verveine , présidaient aux sacrifices humains.
La culture romaine ne tombait pas d’ailleurs sur un sol ingrat. A son époque d’indépendance, la Gaule avait eu son éloquence et sa poésie. L’histoire nous parle longuement de ses bardes et do la passion des peuples gaulois pour les discours et les récits : les chefs des cités devaient même à l’art de la parole une partie de leur puissance sur les sénats et sur les armées. On avait vu souvent les bardes , ces prêtres de la poésie nationale, se jeter entre des combattants furieux et arrêter l’effusion du sang 4 : « A l’harmonie de leur lyre, écrivait un vieil historien, les passions les plus violentes s’apaisent, comme les bêtes féroces aux incantations du magicien 1 2 . » Malgré ces