Magn. Auson., de Profes
3. Gallican» facundiæ haustus requiro... quia præcepta rhetoricæ pectori meo senex olim Garumnæ alunuius immul&it. Symmach., Eoist., X, 83,
science et son talent; et Jérôme , le plus brillant des pères de l’figlise occidentale, y avait puisé cet éclat et cette recherche du trait qu’il donne pour le caractère distin ctif de l’éloquence gauloise et qui font aussi le sien. Présidées fréquemment par les empereurs, les grandes solennités littéraires des Gaules attiraient de ce côté des Alpes un grand concours d’hommes du monde et de gens de lettres de tous les points de l’empire. Les plus illustres de ces orateurs ou professeurs, appelés à la cour, devenaient précepteurs des princes, d’où ils parvenaient aux plus hautes charges publiques, aux ministères, au consulat. Le métier de professeur sous des princes éclairés comme Constance Chlore, Constantin, Julien, Valentinien, Théodose, était si fructueux et si honoré, que des familles entières s’y consacraient héréditairement. Quelques-unes furent étrangères, comme celle d’Eumène, originaire de Grèce, et naturalisée par ses longs services dans les écoles mœniennes d’Autun; la plupart étaient indigènes, et dans le nombre, plusieurs représentaient les vieilles races savantes de la Gaule , les druides et les bardes qui avaient passé de la science gauloise à la science romaine.
L’histoire contient quelques détails sur la destinée d’une de ces familles, celle de Delphidius, et ces détails éclairent d’un curieux reflet le mouvement de transformation qui amenait l’esprit gaulois à se
fondre dans l’unité intellectuelle de l’empire. Originaire de Bayeux 1 , et issue des fameux druides de l’Armorique, la famille de Delpliidius avait déserté de bonne heure le vieux culte gaulois, et passé du service du dieu Bélen au service d’Apollon. Elle exerçait le sacerdoce héréditaire dans un des grands temples de cette divinité, peut-être à Bayeux; et les noms de ses membres faisaient ordinairement allusion au culte dont ils étaient les ministres ; ainsi nous en connaissons trois qui portaient les surnoms de Phœbilius, de Paiera s et de Delphidius. Depuis que le christianisme victorieux était monté au trône des césars, les temples du polythéisme devenaient chaque jour plus déserts, et les prêtres délaissés mouraient de faim : le vieux Phœbitius, contraint par la misère d’abandonner le temple et le service d'Apollon, se transporta à Bordeaux, où il professa la grammaire ; son fils Patéra y occupa, en même temps que lui, une chaire de rhétorique, et non sans gloire ; Ausone l’appelle : Doctor potentum rhetorum et Paiera, fandi nobilis.
Malgré les cadres étroits dans lesquels les panégyristes étaient forcés d’emprisonner leur éloquence, il échappe parfois aux orateurs gaulois des accents di-
1. Tu Baïoc assis stirpeDruidarum satus. \uson., Com.prof. burdig.
2. Patera signifiait un servant, un acolyte; Ausone donne lui-même cette définition. « Tibi Paterse : sic niinislros nuncupant Apollinaris mystici. >
MARCHE VERS L'UNITÉ SOCIALE. *t7
gnes de la grandeur de ce inonde romain dont ils étaient les interprètes. Le fragment suivant donnera une idée du style d’Eumène, et fournira en même temps quelques détails sur les écoles éduennes, dont les princes de laTétrarchie se montrèrent les zélés protecteurs. Fondées par Mœnius et détruites pendant les désordres de la bagaudie, ces écoles se relevaient par les soins de Constance, lorsque le perfectissime préfet de la Lyonnaise vint présider, au nom de l'empereur, la solennité de la réouverture des cours. Eumène prononça en sa présence la harangue d’apparat. « Homme « très- parfait, lui disait-il, en lui montrant le gym- « nase encore en partie ruiné, tu as remarqué, je « crois, sur la muraille de ces portiques les représen- « tâtions du monde par lesquelles nous frappons les « yeux de la jeunesse pour les mieux graver dans son « esprit. On y a figuré la terre avec ses nations, ses « villes, ses fleuves et leurs cours depuis leur source s jusqu’à leur embouchure, les contours de ses con- « tinents, et l’océan, qui tantôt les embrasse comme « une ceinture, tantôt les sépare par des détroits et se « précipite dans leur sein *. C’est devant ces peintures « que nous expliquons l’univers, en racontant l’his-
1. Si quidem, illic, ut ipse vidisti credo, instruendæ pueritiæ causa... omuia cum nominibus suis locorum situs, spatia, intervalla descripta sunt, quidquid ubique fluminum oritur et conditur, quicumque se littorum sinus flectunt, quo Tel ambitu cingit orbem, Tel impetu irrumpil oceaaus. Lumen, , Pro rest.schol., 20.
« toire de nos princes invincibles. Quand la renommée « nous annoncera qu’ils visitent , en compagnie de la « victoire, ou la Libye ou la Perse, ou les rives du Nil « ou celles du Rhin, nous dirons à la jeunesse rassem- « blée autour de nous : — « Yoyez-vous cette terre, « c’est l’Égypte : châtiée par le bras de Dioclétien, et, « lasse de ses propres fureurs, elle repose maintenant « repentante et soumise. Voilà Carthage et l’Afrique : « c’est ici que Maximien Hercule extermina les Maures « révoltés. Cette île est la Bretagne , et cette terre « humide et hérissée de forêts, c’est la Batavie : Con- « stance les a fait rentrer l’une et l’autre sous la loi de « l’empire 1 . Vous apercevez là-bas l’Euphrate et le « Tigre, et non loin de ces fleuves, le champ de ba- « taille où Maximien Galère a brisé du pied les arcs et « les carquois des Perses. Il est beau pour un Romain « d’étudier le monde, lorsqu’il le possède tout entier 2 .»
La réputation de tous les littérateurs gaulois fut surpassée par celle d’Ausone, orateur aussi, mais surtout poète. Symmaque, ce juge souverain des gloires contemporaines, dont les lettres étaient si admirées et si recherchées qu’on les transcrivait non sur du papier ou sur de l’écorce, mais sur des rouleaux de satin,
1. Sub dextera tua, Domino Constant!, Bataviam, Britanniamquc squalidum caput silvis et fluctibus exerentem. Eumen., Pro rest. schol., ai.
S. Nunc enim, mine demum juvat, orbem spectare depictum, cum in Ulo nihil videmus alienum. Eumen. (Ibid.)
Symmaque, formé lui-même au style gallo-romain par un professeur bordelais, prétendait retrouver Virgile dans les vers d’Ausone , et proclamait sa prose « enduite du miel cicéronien » Autour d’Ausone, père et roi de tous les nourrissons de la muse gauloise, se réunissaient d’abord son élève chéri Paulin, depuis évêque de Noie et canonisé par l’Église, alors poète profane brillant, et homme politique honoré du consulat par Gratien ; ensuite Axius Paulus, poète dramatique, rhéteur et musicien; Grégorius Tétradius, jeune auteur de satires que le maître comparait et préférait même à Lucile, pour la finesse de l’esprit et la molle douceur de la versification *; Afranius Syagrius, personnage illustre, à la fois poète et protecteur des poètes, précurseur de Sidoine Apollinaire dans les gloires littéraires de Lyon. Mais celui de tous qui était destiné à la plus haute célébrité était le jeune Rutilius Numatianus, préfet de Rome en 414, poète d’un talent noble et élevé. Le temps nous a conservé de lui un ouvrage précieux, la description de son voyage de Rome en Gaule, lorsque, dégoûté des affaires, il quitta l’Italie pour revoir avant de mourir Toulouse, son berceau 1 * 3 . Ce poème respire une âme toute romaine, déchirée par le spectacle des calamités qui désolaient l’empire ;