‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 126 sur 229 · Rutil. Nmnat, Itiner., éd. Almeet. A ms tel · texte numérisé non relu

Rutil. Nmnat, Itiner., éd. Almeet. A ms tel

nous en citerons plus tard un morceau resté fameux. Le style de Rutilius, dans les tableaux de la nature, est de la môme école que celui d’Ausone.

Àusone avait exercé d’abord la profession d’avocat, alors très-courue , et qui menait sûrement aux honneurs. Dans ces temps de révoltes militaires, de dissensions civiles ou religieuses , la parole facile était unp arme recherchée et chèrement payée. Les provinces, les villes, les citoyens se trouvaient souvent dans la nécessité d’accuser ou de se défendre, et le prince, soit légitime, soit usurpateur, devait s’assurer à l’avance un panégyriste, son louangeur officiel et le détracteur de ses rivaux. A ce ministère, qui exigeait une probité et une élévation d’àme peu communes pour n’étre pas le plus vil des métiers, se bornait, comme je l’ai dit, l’action politique de l’éloquence. Ausone recula devant les écueils de cette orageuse carrière ; il préféra le théâtre, plus innocent et plus tranquille, où régnaient la rhétorique et la grammaire , et professa ces deux sciences à Bordeaux; il affectionnait surtout les vers. La gloire, qu’il n’avait voulue qu’avec l’indépendance, ne l’oublia point dans sa retraite : Valentinien l’appela près de lui pour élever son fils Gratien , récemment déclaré auguste. Ausone fit servir cette tutelle à favoriser les lettres dans la personne des professeurs gaulois. C’est à lui que revient de droit l’honneur et peut-être la rédaction

delà Constitution par laquelle Gratien éleva les professeurs des villes métropolitaines au niveau des principaux fonctionnaires civils ou militaires, en leur assignant, comme à ceux-ci, des prestations en vin, en blé et en huile. Déjà comte du palais du vivant dé Valentinien, puis questeur, préfet d’Italie etd’Afrique, préfet du prétoire des Gaules et enfin consul, Ausone traversa les honneurs les plus éminents auxquels eût pu aspirer encore un descendant des Fabius ou des Scipions.

Je pourrais compléter cet aperçu en suivant le mouvement littéraire des Gaules en la personne d’un autre poète éminent, Sidoine Apollinaire, chef à son tour d’une autre école de prosateurs et de poètes gaulois, qui jeta un dernier éclat sur les lettres latines. Je pourrais montrer, entre autres choses, l’histoire ecclésiastique prenant une forme littéraire, pour la première fois, sous la plume de Sulpice-Sévère, imitateur souvent heureux de Salluste, et la déclamation religieuse s’élevant presque à la hauteur de la grande éloquence dans les invectives de Salvien. Mais ce que j’ai dit suffira pour mettre en lumière la part littéraire qui échut à la Gaule dans les œuvres de l’esprit romain.

Si l’on rapproche tout ceci de ce que j’ai dit plus haut au sujet de l’administration politique de l’empire, on en conclura, ce me semble, que chaque

province fournit successivement à l’association romaine le tribut du génie comme celui de la richesse et du sang ; que chaque race, à son tour et à son heure , fut appelée à tenir les rênes de ce gouvernement de peuples ; que chacune enfin a laissé dans cette histoire du progrès humain la trace impérissable de son passage.

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