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CHAPITRE PREMIER

IMPUISSANCE DES CULTES PAÏENS POCB OBTENIR L’UNITÉ TRIOMPHE DU CHRISTIANISME

Efforts du gouvernement romain pour établir la fusion de tous les cultes. — Deux classes do religions dans l’empire : les unes se, prêtent à l’assimilation, les autres s’y refusent. — Tentatives philosophiques dirigées dans le même but. — Stoïciens. — Pythagoriciens. — Platoniciens. — Succès de ces derniers; leur doctrine rallie les cultes païens. — Ils luttent contre les chrétiens et sont vaincus. — Unité religieuse, fondée par le christianisme.

Tout paraissait donc marcher au gré du gouvernement romain , tuteur et patron de la société universelle. Grâce à son action habile et constante, l’unité s’était introduite, sans secousse, dans les institutions politiques et civiles; elle s’introduisait insensiblement aussi dans les idées, par la communauté des études et la

propagation des littératures latine et grecque, sur tous les points de l’Empire. Mais un vice caché le minait sourdement. L’unité religieuse se refusait avec opiniâtreté à tous ses efforts. Yainement il employa pour la fonder, tour à tour, les séductions et la force, la tolérance et la persécution ; il ne fit que multiplier les résistances; ses cruautés tournèrent contre lui, et il succomba dans la lutte. L’unité religieuse s’établit pourtant, mais autrement qu’il ne le voulait; elle s’établit sans lui et contre lui ; elle le domina, et ne lui laissa plus, dans la société qu’il avait dirigée jusqu’alors, qu’une action secondaire et bornée.

L’histoire de cette lutte est trop importante pour que je ne m’y arrête pas ici quelques moments.

De toutes les institutions de Rome primitive, la plus forte, la plus vivace, sans contredit, fut la religion, parce qu’aucune n’était plus essentiellement aristocratique. La religion fut le rempart le plus ferme du vieux système politique, la position où le patriciat se défendit le mieux et le plus longtemps contre les attaques de l’esprit démocratique. Les plébéiens avaient déjà tout envahi, tribunat*, consulat 2 , censure 3 , préture 4 ,

1 . Le tribunat fut fondé l’an 261 de Rome, 403 avant Jésus-Christ.

2. La loi qui ordonne qu’un des deux consuls au moius sera pris parmi les plébéiens est de l’an 382, 372 avant notre ère.

3. Le premier censeur plébéien fut C. Martius Rutilus, au de Rome 403, 351 avant notre ère.

4. Q. Publilius Philo fut le premier préteur plébéien, an 407 de Rome, 337 avant Jésus-Christ.

qu’aucun d’eux n’avait encore approché du pontificat. Il dut y avoir dans Rome patricienne comme un cri sourd de profanation la première fois que ce titre privilégié de souverain pontife parut accolé à un nom plébéien, à celui de Tibérius Coruncanius* : mais il fallait que l’égalité pénétrât partout ; et le sanctuaire ne pouvait point se fermer éternellement devant elle.

Une pareille religion, fondée non pas seulement sur la politique, mais sur la supériorité d’une classe de citoyens, devait se montrer peu indulgente envers les cultes étrangers : elle les prohibait en effet 1 2 ; et leur proscription absolue, renouvelée à différentes reprises et sanctionnée par des pénalités sévères, ne cessa point de rester légale, alors même que l’intérêt de l’État ne permit plus de l’appliquer. Pourtant, en dépit de toutes les rigueurs, les cultes étrangers se glissèrent dans la ville; ils s’y enracinèrent plusieurs fois, et leur présence éclata avec tous les signes d’une véritable contagion inquiétante pour la religion nationale. Il sulfit de rappeler le terrible sénatus-consulte sur les bacchanales, rendu en l’année 568 de Rome : et déjà, en 615, il fallait renouveler contre les religions étrangères les prohibitions et les rigueurs 3 .

Comment en eût-il été autrement? Comment Rome,

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