Cicer., de Leg., il
& Tit. Liv., xxxxx, 9 seqq. — Valer. Maxim., i, 3; vi, 3, 7.
qui vivait en si grande partie hors d’elle -môme, n’eûtelle pas, en dépit d’elle-même, reçu ce qu’il y a de plus insaisissable, de plus involontaire dans les communications des hommes, la communication des croyances religieuses? A mesure que le rayon de sa domination se prolongeait, les réactions du dehors arrivaient sur elle plus nombreuses et plus irrésistibles. L’affluence des étrangers dans ses murs croissait à chaque conquête. Ces nations, ces races agrégées ou soumises y apportaient, l’une après l’autre, les opinions qui faisaient partie de leur existence nationale. Il devint impossible que Rome ne tolérât pas un jour dans son enceinte les dissidences qu’une politique bien entendue, non moins qu’un devoir d’équité, lui faisait respecter chez ses vaincus.
Une fois tolérées, les religions étrangères, obéissant à la loi générale des choses, devinrent envahissantes; elles pénétrèrent par le prosélytisme dans la population indigène de Rome. Les idées grecques surtout furent le grand dissolvant de la religion romaine ; et non pas seulement les doctrines philosophiques qui amenaient le doute avec elles, mais la mythologie hellénique, dont les fables altérèrent par leur mélange le culte simple et grave des premiers Romains.
Dans les derniers temps de la république, à cette époque d’incrédulité où non-seulement les aruspices ne se regardaient plus sans rire, mais où le doute s’é-
tait attaqué à ce qu’il y avait de plus vital dans la religion, naturellement il ne fut plus question d’intolérance. On vit en effet le gouvernement adopter à l’égard des cultes étrangers un système de rapprochement et d'assimilation qui les embrassa presque tous. Au moyen du symbolisme et des interprétations allégoriques mis en faveur par les Grecs, on chercha à rallier aux polythéismes grec et romain, qui se confondaient de plus en plus, les autres religions même barbares, quand elles présentaient quelques conformités avec eux. Partout où des rapprochements devenaient possibles,, on se hâtait de les proclamer, tenant compte des rapports, glissant sur les différences, et concluant, sans trop de scrupule, d’une similitude quelle qu’elle fût à l’identité.
C’est avec de pareilles idées que les écrivains du temps jugent les religions étrangères; et ces idées se retrouvent dans les actes du gouvernement. Ainsi les hommes d’État qui conquièrent la Gaule, et les voyageurs qui la visitent, n’hésitent pas à reconnaître qu’on y adore Jupiter, Mars, Apollon, Mercure, Pluton, Minerve, Hercule, etc. «Les Gaulois, écrivait « César, ont sur les dieux à peu près les mêmes opi- « nions que les autres peuples '. Ils croient qu’Apollon « guérit les maladies, que Minerve enseigne les élé-
1. De iis (diis) eamdern fcrc quam reliquæ gentes liabent opiniouem. Cæs., Bell. Gu//,, vi, 17. — Cf. Uist. des Gau/., 11 .
SI
«ments des arts, que Jupiter est le maître du ciel, « Mare l’arbitre de la guerre *. » Le même procédé fit découvrir plusieurs des mêmes divinités en Germanie*, en Espagne, en Illyrie : au moyen des symboles de la nature, il y eut raison de tout expliquer ; au moyen des génies locaux, il y eut raison de tout adopter. On vit s’élever dans toutes les provinces, sous la sanction du gouvernement, des temples communs au culte indigène et au culte de l’État, des autels mixtes où les divinités romaines et les divinités barbares, accolées ou confondues, présentèrent un amalgame souvent bizarre. Par exemple, et pour ne m’occuper que de la Gaule, Jupiter fut adoré avec Hœsus, Mercure avec Teutatès, Mare avec Camul, Ogmius avec Hercule, Belen avec Apollon 3 . Ce fut une espèce de bourgeoisie céleste que Rome octroya aux dieux de ses vaincus; et elle le fit avec sa libéralité accoutumée , réglant en cela le ciel sur le modèle de la terre.
Le gouvernement des césars voulut marcher dans la même voie de tolérance et de rapprochement de tous les cultes : Auguste en fit la déclaration solennelle par la construction d’un Panthéon, temple dédié à la communauté des dieux, sous l’invocation suprême de
1. Apollinem morbos depellere ; Minervam operum atque artificiorum initia transderc; Jovem imperiium cœlestium tenere ; Martem bella regere. Cæs., Bell. Gu II., vi, 17.