‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 171 sur 229 · Philostr., Vit. Appollon · texte numérisé non relu

Philostr., Vit. Appollon

2. Broker., Hist. de la Phil., li, 189. — Tiedemann, ni. — H. de Gérando, Hist. comp. des syst. de phil., i, 187, seqq.

gions asiatiques , gardiens des plus vieilles traditions du monde. Merveilleusement placée pour un travail d’éclectisme et de fusion, elle étudia tout et puisa partout, se flattant de trouver une clef commune à tant d’énigmes, et rattachant ses emprunts l’un à l’autre, par les fils d’une dialectique subtile, comme autant de mailles d’un même réseau. Ce qu’elle voulait, c’était d’établir d’abord le passage des cultes grec et romain aux cultes de l’Orient ; de passer ensuite de ces cultes systématisés à la philosophie grecque , et de refondre tous ces éléments dans un immense syncrétisme : œuvre mêlée d’érudition et d’enthousiasme, de critique et de mysticisme, dont le résultat devait contenir à la fois la vérité abstraite et l’utilité pratique , et qui fournirait par le fait une formule générale de la religion et de la science. Cette formule, les nouveaux platoniciens prétendirent l’avoir trouvée, et ils s’intitulèrent avec orgueil les « hiérophantes du monde entier 1 . »

Chose bizarre! ce furent des juifs, et des juifs zélés pour la loi de leur pays, qui ouvrirent la voie au syncrétisme platonicien, que cette loi repoussa toujours avec horreur. Aristobule* et Philon 3 , les premiers,

1. In universum totius mundi sacrorum antistes. Marin. Vit. Procl., xn, éd. Boisson. — Cf. M. Cousin, Cours , 1828-1829, p. 329.

2. On ignore le lieu et l’époque précise de sa naissance, mais on croit qu’il était Alexandrin, et qu’il vivait peu d'années avant notre ère.

3. Né à Alexandrie d'une famille juive sacerdotale; fleurit vers l’an AO de Jésus-Christ.

avaient travaillé à créer, par l’interprétation allégorique, une concordance entre les livres hébraïques et la philosophie de Platon. A force de subtilités, ces savants hommes étaient parvenus à mettre en saillie quelques ressemblances; et l’on connaît le mot d’un philosophe partisan de leurs doctrines : « Platon, c’est « Moïse parlant grec l 2 . » Les néo-platoniciens profitèrent de ces travaux; ils empruntèrent aussi aux juifs esséniens et thérapeutes a une partie de leur discipline morale , le goût de la vie contemplative , et les théories de l’intuition. Le christianisme leur fournit encore davantage , et ils puisèrent dans la religion de Zoroastre leur démonologie, en la combinant avec les formes intellectuelles de Platon. On voit comment s’organisa, par emprunts faits de toutes parts, le syncrétisme de la philosophie alexandrine.

Pour pokit de départ , elle prit un dogme antique , répandu sur la terre aux premiers âges du monde, obscurci depuis lors , dont la trace se conservait dans les traditions orientales où Platon l’avait entrevu, mais que le christianisme venait de ramener à sa pureté primitive : elle partit du dogme d’un Dieu unique et

1. Numénius d’Apamée, qui vivait au commencement du troisième siècle. — Voyez Valtenaër, Diatr. de Aristob. Judœo, philos, peripat.

2. Philo., de Vit. contemplai. — Consulter sur ces sectes un beau morceau de M. Villemain, du Polythéisme dans le premier siècle de notre ère, p. 93 et suiv., éd. 1817.

triple, essence, intelligence et puissance; mais elle altéra cette notion sublime en se l'appropriant.

De la triade des néo-platoniciens, 1 'être, l'intelligence et Y âme *, émanaient, suivant eux, le monde intellectuel, le monde matériel et tous les êtres qui les remplissent. Les âmes particulières n’étaient que des émanations de l’âme universelle. Plus ces émanations se rapprochaient de Dieu, leur source commune, plus elles étaient parfaites, puissantes et heureuses; car, disaient-ils, dans l’unité absolue réside, avec l’essence de l’être, la science, la force, la félicité absolues. S’élever vers l’unité est la loi des intelligences et le but du perfectionnement moral; s’éloigner d’elle et descendre vers la matière , c’est se dépraver et souffrir. Dans ce mouvement de progression ou de déclin est, pour chaque homme , la récompense ou le châtiment de ses œuvres à travers les transformations infinies qu’il est destiné à subir.

Entre Dieu et l’homme existe tout un monde d’êtres émanés du premier et supérieurs au second, d’intelligences dégagées de la matière , à des degrés plus ou moins complets; monde invisible aux yeux vulgaires, mais qui remplit le ciel et la terre, nous environne et nous assiège ici-bas. Ces êtres surhumains sont les génies ou dénions. Ministres de l’intelligence suprême,

1. T 6 év, voue, Au lieu de voü;, on trouve aussi Xôyo;. Plot, in Enne acl., v, i, 6.

ils ont le gouvernement de la nature : ils règlent le cours des astres ; ils veillent sur l’harmonie de l’univers; ils veillent aussi sur la destinée de l’homme, dont ils sont les intermédiaires auprès de Dieu *.

Ces principes théogoniques posés, on aperçoit sans peine comment se faisait leur application aux cultes particuliers, au moyen de l’interprétation allégorique, et , dans ce travail , la subtilité ne manquait pas aux platoniciens; les divinités supérieures de toutes les religions devenaient aisément des symboles de Dieu, considéré, tantôt dans son essence, tantôt dans ses principaux attributs. « Comme auteur de tout ce « qui existe , disait Jamblique , on l’appelle Ammon ; « comme ayant achevé et perfectionné , Phthas ; « comme source de l’utile et du bon, Osiris s . » Jupiter, Minerve , Apollon , Astarté , Mithra , etc., tout le haut Olympe d’Occident et d’Orient , trouvaient ainsi leur place parmi les symboles du Dieu unique, à titre d’essence ou d’attributs. Quant aux divinités secondaires, quelles qu’elles fussent, elles en avaient une toute préparée parmi le peuple des démons; peuple innombrable qui, embrassant toutes les forces physiques et morales de la création, n’avait pour limites que l’imagination humaine.

1. Plutarq., deGen. Socrat. : de Orac. defect : de Isid. et Oiirid.. passim. — Apul., de G en. Socrat. — Porpliyr., de Abstinent., 11 ; Epist. Aneb.,piissim. — Jawbl. de Myst. Ægypt., etc.

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