‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 177 sur 229 · Quasi diis nubentibus. Herod., v · texte numérisé non relu

Quasi diis nubentibus. Herod., v

3. Dicebat præterea jndteorum et samaritanorum rclieiones, et cliri'.tianam devotionem iüuc translerendas, ut omnium culturarum secretum Heliogabali sacerdotium teneret. Lamprid., Heliogabal., 102.

« concitoyens : voilà que moi j’ai rapproché les « dieux ! »

Avec la même ardeur et plus de sagesse, le pieux Alexandre Sévère essaya aussi cette fusion de toutes les religions. On connaît son penchant pour le christianisme, que sa mère professait, qu’on pratiquait ocvertement dans son palais, et dont il avait souvent à la bouche les divines maximes. Un des historiens de sa vie raconte qu’il voulut mettre Jésus-Christ au rang des dieux 1 ; ce qui est certain, c’est qu’il lui voua un culte particulier en le plaçant dans son laraire consacré aux âmes saintes , à côté d’ Abraham, d’Apollonius et d’Orphée 2 . Sans conclure d’une manière trop générale des sympathies personnelles d'un prince dont le cœur était si pur et si capable de sentir les grandes choses, à l’esprit de sa famille on peut reconnaître pourtant que la politique de la maison de Sévère, dans les questions religieuses, consista à marcher au-devant du christianisme, à prévenir par une tolérance libérale , par des concessions même , la lutte terrible qui éclata plus tard. Mais le christianisme , confiant dans sa propre vérité, ne redoutait point une guerre qui

1. Christo temptam facere votait, eumque inter Deos recipere. Lamprid., Alex. Sev., 129.

2. In larario suo... divos principes, sed optimos electos, et animas sanctiores, in queis et Appollonium, et quantum scriptor temporum suorum dicit, Christum, Abraham et Orpheum et hujuscemodi deos habebat. Lamprid., Alex. Sev., 123.

devait en assurer le triomphe. Sa force était déjà immense ; il comptait dans ses rangs la mère d’un empereur, il y compta bientôt l’empereur lui-même : Philippe l’Arabe fut chrétien, quoique non déclaré.

La guerre commença donc avec une méthode et une suite que n’avaient point eues les persécutions antérieures; elle s’ouvrit par une discussion de doctrine, d’où le néo-platonisme passa bientôt aux violences matérielles, réclamant l’exécution des lois de proscription, stimulant la sévérité des magistrats, ameutant la populace et ne réussissant avec tout cela qu’à fortifier ce qu’il voulait anéantir. Protégée par le gouvernement, adoptée par les hautes classes de la société, préconisée par tous les sacerdoces, la philosophie officielle allait échouer devant les masses que n’attirait point une métaphysique si subtile, et dont le cœur se fermait à une morale inique, dédaigneuse du pauvre et du simple, qui faisait consister la vertu suprême, non dans les œuvres, mais dans la science et dans la contemplation qui sont le privilège du riche. Elle était d’ailleurs trop vague dans son déisme et ne décidait nettement aucune des grandes questions de la vie à venir, questions fondamentales des religions, qui posent affirmativement comme vérité ce que la philosophie ne fait qu’avancer comme hypothèse, qui donnent une raison aux règles morales et une sanction à leur pratique. Quelle différence avec le christianisme,

où toutes ces questions étaient tranchées au vif, où les commandements descendaient de si haut avec une simplicité si austère ! Que devenait alors la conscience des peuples , quand ils voyaient les sectateurs les plus obscurs de cette religion qu’on déclarait ennemie de Dieu et des hommes, si purs dans leur vie, si fermes dans leur foi, courir au-devant des proconsuls, se livrer avec joie à la pointe des chevalets, à la dent des lions, pour pouvoir au moins une fois proférer, à la face du monde, ce mot qui faisait leur condamnation : Je suis chrétien !

Aussi les chrétiens avaient conquis l’empire par l’ascendant de leur puissance morale, bien avant de l’avoir soumis à l’autorité de leurs dogmes et à la pratique de leur culte. Le jour où Constantin plaça le signe de la croix sur les étendards de Rome, la révolution religieuse fut achevée; car tout ce qu’il y avait de fort dans le présent était marqué de ce signe, et il éclairait déjà les voies de l’avenir.

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