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CHAPITRE PREMIER

PREMIÈRE PÉRIODE (De l'an 30 avant J. C, à l'an 160 après J. G.)

Etat do monde barbare au premier siècle de notre ère. — Groupe teutooique : Germains, Suèves, Scandinaves. — Groupe sarmatique : Sarmates, Slaves. — Groupe des nations finnoises. — Position de chacun d'eux; leurs divisions; différence de leurs mœurs. — Principales nations des Germains, des Suèves, des Sarmates. — Effet produit sur le monde barbare par, le voisinage de l'Empire. — Tentatives d’Arminius chez les Germains, de Marobode chez les Suèves, deDécébale chez les Sarmates, pour organiser l’unité du monde barbare. — Elles échouent. — Paix générale au delà du Rhin et du Danube. — Action de Rome scr les races barbares en debors de l’Empire. — Colonisation. — Commerce. — Alliances : Amis , fédérés, hôtes du peuple romain. — Action de Rome sur les races barbares a l'intérieur de l’Empire. — Transplantations de Barbares par masse de peuples ou par individus. — Condition des transportés en Gaule et en Pannonie. — Service des Barbares sous le drapeau romain. — Cohortes auxiliaires permanentes. — Corps auxiliaires temporaires.

La nature, en traçant le cours du Rhin et celui du Danube , voisins à leurs sources, opposés à leurs embouchures , semble avoir voulu couper, par une barrière naturelle, le continent européen dans toute sa largeur de l’est à l’ouest. Quand la Gaule eut été réduite en province et la Pannonie pacifiée, cette ligne devint

la frontière de l’Empire romain au nord de l’Europe ; Auguste la fortifia sur une étendue de six cents lieues au moins : le Rhin eut à lui seul quarante châteaux, des villes militaires, les camps permanents de huit légions , et plus tard un rempart palissadé qui le relia au Danube supérieur, par ses affluents le Mein et le Necker. Le Danube eut également ses ouvrages de défense et ses camps retranchés. Ce fut en Europe la ligne de démarcation entre la civilisation et la barbarie, et, si l’on me permet ce mot, le point de contact de deux mondes.

Ces deux mondes présentaient alors des aspects bien différents. En deçà fonctionnait un seul corps social, mû par une volonté régulière et marchant à grands pas vers l’uniformité des institutions; au delà s’agitait une fourmilière de petits peuples sans ben social, divisés par l’origine, séparés par les mœurs et l’intérêt. Dans cette masse inorganisée se dessinaient pourtant trois groupes de nations qu’au caractère et au langage on jugeait issues de souches similaires: le groupe des nations teutoniques à l’ouest, celui des nations slavo-sarmates à l’est ; et dans l’extrême nord la masse des peuples fennes ou finnois, occupant les contrées les plus voisines du pôle, en Europe et en Asie. Chacun de ces groupes se divisait en rameaux, lesquels à leur tour se subdivisaient en nations et en tribus.

Les rameaux du groupe teutonique étaient au nombre de trois :

Les Germams formaient le premier. Les nations de ce rameau acquirent de bonne heure une telle célébrité par suite de leurs guerres sur la frontière des Gaules, que le nom de Germain fut appliqué abusivement, comme appellation générique, à tout le groupe des peuples teutons 1 . Le territoire des nations vraiment germaniques, la Germanie proprement dite , s’étendait du Rhin aux bouches de l’Elbe, et de la forêt Hercynienne à l’Océan.

Le second rameau était celui des nations suèves : il embrassait de plus grands espaces. Limité au midi par le Danube, à l’est par les Carpathes, il se prolongeait au nord jusqu’à la mer Baltique, qui portait alors le nom de mer des Suèves.

Sur les deux grandes presqu’îles qui coupent cette mer et la séparent de l’Océan du Nord, et sur une partie des plages voisines, habitaient les peuples du troisième rameau, qui avait en Scandie son siège principal. C’était le corps des nations auxquelles l’histoire attribue la dénomination de Scandinaves.

De grandes dissemblances existaient entre le Germain et le Suève; de plus grandes entre eux elle Scan-

1. Germaniæ vocabulum recens et anper additum; quoniam qui primi Rlienum transgressi Gullos expulerint, ac nunc Tungri, tune Germani vocati sint : ita nationis nomen, non gentis evaluiase paullatim... Tacit. ilor. tierm., 2.

dinave. Tandis que les Germains, éparpillés en tribus sur un sol morcelé, se livraient entre eux des guerres perpétuelles qu’entretenait la rivalité des chefs, les Suèves, réunis en grandes nations sur des territoires isolés par des marches, présentaient plus de concorde intérieure. L’autorité du chef germain était balancée dans sa tribu par l’influence des grands ou par celle du peuple : les rois suèves n’avaient pour limite de la leur que le pouvoir rival des prêtres. Les uns et les autres admettaient dans leurs conseils politiques un élément religieux représenté par les Alrunes, sorte de devineresses publiques 1 sans l’avis desquelles on n’osait faire ni la paix ni la guerre, car ces peuples croyaient que la femme renfermait en elle quelque chose de prophétique et de divin. Ce même respect pour les femmes se retrouvait dans la branche Scandinave , où souvent elles portaient le sceptre et gouvernaient en monarques absolus. Autant le Germain était turbulent, guerrier, divisé parles querelles des grands, autant le Scandinave se montrait alors pacifique et soumis. Chez plusieurs nations les armes étaient déposées en un heu commun sous la garde d’un esclave, et elles n’en sortaient qu’avec l’autorisation du roi 2 .

1. Ail-Runes, qui sait tout, qui connaît les Runes. — Ces devineresses sont appelées dans Jornandès Aliorumnœ . — Une d’elles, dans Tacite, porte le nom d'jturiniu. Moi-, Germ., 8.

2. Nec arma, ut apud ceteros Germanos in promiscuo, sed clausa sub custode, etquidem servo. Ibidem., UU.

Le costume et la manière de combattre ne différaient pas moins que les mœurs. Le Suève relevait ses cheveux en aigrette sur le sommet de la tête, le Germain les laissait pendre sur ses épaules : un bouclier oblong et une framée étaient l’armure du Germain et du Suève méridional; le Suève du nord et le Scandinave se servaient de l’épée courte et du bouclier arrondi*. Le Germain passait pour meilleur fantassin que cavalier; le Suève, au contraire , entretenait une nombreuse et vigoureuse cavalerie dans les immenses pâturages du Danube. Quant au Scandinave, sa force militaire consistait dans ses flottes de barques à double proue, sans voiles ni bancs de rames réguliers 2 , mais qu’il manœuvrait habilement à travers les bas-fonds des fleuves et les écueils d’une mer dangereuse. Tel était l’aspect général du groupe teutonique.

Une division fondamentale se remarquait dans le groupe des nations slaves : on y voyait une race dominatrice et une race conquise, montrant par intervalle son impatience du joug et éclatant par des révoltes. La race gouvernante était nomade, au moins en partie ; et elle se rattachait à ces migrations de peuples pasteurs que les steppes du Caucase envoyaient depuis

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