‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 188 sur 229 · Mirn feritas, fœda paupertas. Tacit. Moi'. Germ · texte numérisé non relu

Mirn feritas, fœda paupertas. Tacit. Moi'. Germ

2. Non arma, non cqui, non pénates; victui licrba, vestitui pelle', cubilc humus; sola in sagittis spes, quas, inopia ferri, ossibus asprant. Ibid., 6G.

3. J’ai essayé de décrire ces premiers temps de la race des Fenœ-

dans mon Histoire il' Attila , de sesjits et de ses successeurs, etc., 1 . 1,

bien l’œuvre d’assimilation s’annonçait déjà longue et difficile. Sur le Bas-Rhin , entre l’embouchure de ce fleuve et celle de l’Elbe, habitaient des peuples à peine sédentaires, menant une vie misérable au milieu des marais de l’Océan, et toujours prêts à se jeter sur le midi : Caukes, grands et petits, Tubantes, Frisons, Marsakes, perpétuellement en guerre ou en course, pirates sur mer, brigands sur terre. Plus à l’est, vers le cours moyen du Rhin, on trouvait les Sicambres, les Bructères, les Cbamaves, dont le nom est fameux dans les luttes de cette première période ; les Angrivares, les Chéruskes, auteurs du guet-apens de Teutobourg contre les légions de Varus ; puis les Cattes, grande . nation répandue sur le haut Veser, et les Mattiakes, voisins du Taunus : ces deux nations se signalaient par une vive intelligence et par le goût des choses romaines, les Cattes dans l’qrt de la guerre , les Mattiakes dans ceux de la guerre et de la paix.

Les nations suèves présentaient à leur front, sur le haut et le moyen Danube, le grand peuple des Marco mans, nouvellement établi dans la Bohème, d’où il avait chassé les Boïens. Les Marcomans, après avoir erré longtemps des deux côtés du Rhin sous la coniluite d’Arioviste , étaient venus se rasseoir dans cette contrée, où ils comptaient parmi leurs alliés et clients les Quades, presque aussi puissants qu’eux. Ils avaient pourtant des rivaux à l’intérieur de la Suévie : les

Semnons, qui, maîtres de cent cantons , possédaient en outre dans une de leurs forêts le sanctuaire le plus vénéré de la Teutonie. Leurs voisins à l’ouest, les Hermundures, établis près de la forêt Hercynienne, tenaient dans la race suève, pour l’intelligence et le goût de la vie sédentaire, la même place que les Mattiakes dans la branche germanique. A l’extrême nord enfin, entre l’Elbe et la Yislule, résidaient des nations qui devaient se faire plus tard un grand nom dans l’histoire, mais qu’on ne connaissait alors que par la rudesse sauvage de leurs mœurs : les Ruges, les Burgondes , les Longobards enfin , qu’un contemporain proclamait féroces, au sein même de la férocité germanique*. Parmi les peuples Sarmates riverains du Danube , on remarquait surtout les Daces, nation redoutable qui occupait le grand amphithéâtre des Carpathes, et de sa capitale, Sarmizégétusa, menaçait la Pannonie, la Thrace et jusqu’à l’Italie. Les Daces avaient parmi leurs auxiliaires les tribus deminomades des Jazyges et des Roxolans, dont la cavalerie passait pour la meilleure de l’Occident.

Dès que la société romaine , rendue à la paix intérieure par l’établissement de l’Empire, put concentrer ses efforts vers l’action extérieure, la lutte s’ouvrit entre la civilisation et la barbarie, lutte moitié

1. Geasetiam gemiana feritate ferocior. Vell. Paterc., IL 108.

pacifique , moitié armée. Qu’on se figure le mouvement d’affaires commerciales, d’intrigues politiques, de marches militaires, de batailles, d’ambassades croisées qui se produisait, à chaque heure, sur cent points à la fois, près de ce grand fossé du Danube et du Rhin, dans une longueur de six cents lieues : ici la guerre, là la paix; ici des négociations entamées , des soumissions reçues, des rois chassés ou imposés; là des irruptions subites, des pièges perfides tendus aux Romains, des vengeances de barbares contre leurs frères, au nom de l’indépendance des forêts. Au midi de la frontière, c’était le spectacle de la vie romaine s’épanouissant dans toute la force de la jeunesse ; des villes étalant, au milieu de campagnes cultivées, leurs merveilles à l’œil des barbares : au nord, l’aspect attristant de la vie sauvage , des huttes isolées, creusées dans le sol, des forêts que la hache n’avait jamais touchées, des populations misérables attirées par la convoitise ou la curiosité, admirant de loin les richesses d’un état social inconnu. Voilà ce que présenta pendant plus d’un siècle la zone riveraine , commune limite des deux mondes. Tandis que le traficant gaulois ou italien pénétrait au loin dans l’intérieur avec ses marchandises , éveillant les besoins parmi des peuples qui n’en avaient pas , le barbare voisin des fleuves assiégeait les marchés ouverts de distance en distance, et prenait des habitudes romaines avant de savoir ce

que c’était qu’être Romain. Dans les camps permanents, le Germain, le Suève, le Sarmate, disciplinés en cohortes auxiliaires et accolés aux légions, s’infusaient la vie romaine par tous les pores. Les grandes métropoles militaires où résidait le lieutenant de l’empereur, Cologne, Trêves, Carnunte, Sirmium, voyaient accourir à leur prétoire les chefs barbares, tremblants devant celui -qui faisait ou défaisait les rois. L’éblouissement fut complet pendant les premiers temps, et l’on comprend ce vieux Germain qui, ayant traversé l’Elbe sur sa barque pour contempler Tibère et être admis à l’honneur de toucher sa main, s’écriait dans son ivresse : «Je mourrai content, j’ai vu les dieux 1 1 »

C’était bien mieux encore quand il était donné aux chefs d’outre-Danube et d’outre-Rhin d’aller à Rome, de visiter cette reine des villes , dont les cités de la Gaule et de la Pannonie n’offraient qu’une pâle image, d’apercevoir César lui-même et le sénat. La séduction devenait toute-puissante alors et peu de cœurs y savaient résister. On ne revenait de ce voyage fortuné qu’avec des grades et des honneurs ; le Barbare qui l’avait fait ne voyait plus qu’avec dégoût la pauvre cabane de ses pères, et ne savait plus que verser son sang pour des maîtres qu’il était fier de servir. Pendant le

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