I. — ACTION DE ROME SUR LES RACES BARBARES EN DEHORS DE L’EMPIRE
1° Colonisation. Dès le temps d’Auguste, les Romains avaient planté leur drapeau jusque sur les rives de l’Elbe; ils reculèrent et revinrent encore par intervalle'. Ce fut le champ des premières tentatives de colonisation. Des forts bâtis de distance en distance dans ce rayon de quatre cents milles à partir du Rhin, tenaient le pays sous une demi-obéissance et proté-
1. Ad quadringentesimum milliarium, a Rhcno usque ad Rumen Aîbim... romanus cum signis pcrductus eiercitus. Vell. Paterc., II,
geaient le travail des colons. Mais le succès fut douteux sur le bas Rhin, en face de peuplades à peine assises sur le sol. Il fut complet sur le haut Rhin dans la contrée située entre ce fleuve et le Danube, et qu’on appela ensuite terres Dècumates , parce que la colonisation ayant réussi, les terres furent imposées à la dlme de leurs produits, au profit du gouvernement romain. Tacite nous fait connaître par quelques mots, applicables à toutes les colonies du même genre , la façon dont s’opéra la conquête des terres Dècumates. « Je ne compterai pas, dit-il, au nombre des peuples germains, bien qu’ils habitent au delà du Rhin et du Danube, ceux qui exploitent les terres Dècumates. Des aventuriers gaulois, animés de l’audace qu’inspire la misère , s’établirent sur ce terrain d’une propriété indécise. Bientôt une barrière fut élevée, nos postes furent portés plus avant ; et ce pays , enclos dans nos limites, fait aujourd’hui partie d’une province ; il présente au sein de la barbarie comme un golfe de notre empire l 2 . »
Sur le bas Rhin*, ainsi que je l’ai dit, la colonisa-
1. Non numeraverim inter Germanise populos, qnanquam trans Rlienum Danubium que consederint, eos qui Decumates agros cierceut. Levissimus quisque Gallorum, et inopia audax, dubiæ possessionis solum occupavere. Moi, limite acto promotisque præsidiis, sinus imperii et pars provinciæ habentur. Mor. Germ ., 29.
2. Protulit enim magnitudo populi Romani, ultra Rhenum ultra que reteres terminos, imperii reverentiam. Ibidem,
tion est moins fixe ; le colon y suit la marche du drapeau et les chances variées de la guerre. Adrien fit enfin construire au front de la partie colonisée un mur d’ eûceinte moitié en pierres, moitié en grands pieux reliés ensemble 1 , ouvrage gigantesque dont les vestiges excitent encore notre étonnement au bout de dixsept siècles. Ce rempart, qui garantissait le progrès accompli, servait de base d’opération pour des progrès ultérieurs; il reçut le nom de limite transrhénane 2 . Les tribus indigènes à qui appartenait primitivement le territoire, et qui souvent le cédaient de bon gré , obtenaient le droit d’y rester en renonçant à la vie errante. Une administration romaine s’y installait, composée d’un commandant militaire ou duc de la limite, et de magistrats dont la juridiction, particulière aux Romains s’étendait en certains cas sur les tribus barbares mêlées aux colons. Cette administration avait encore un autre rôle, celui de pénétrer hors du périmètre de la colonisation chez les tribus indépendantes, comme un auxiliaire pacifique mais puissant, et de propager l’idée du droit parmi des hommes qui ne connaissaient que les violences d’une fausse justice. Ainsi les magistrats romains se portaient fré-
1 . Per ea tempora et alias fréquenter in plurimis locis in quibus barbari non fiuminibus sed lirnitibus dividuntur, stipitibus raagnis in fflodnm muralis sepis,funditus jadis atque connexis, barbaros separavit. Spart. Adrian, p. 6.