Cæs., Com. II, 51; IV, 10. — Tacit., Mor. Germ
3. Thoringi barbari, Cæsaris Augusti primum permissu, sedes tonuerunt... Procop., Golh., 1.
ques années plus tard, les Ubieos , attaqués par leurs voisins, ayant demandé la faveur de passer de la rive droite sur la rive gauche du Rhin, Agrippa les y reçut et présida à la construction de leur ville, qui devint en l’an 50 de notre ère la colonie Agrippine 1 2 , Placés sur la frontière, en face des demeures que d’injustes violences les avaient forcés de quitter, les Ubiens y remplirent l’office d’une sentinelle vigilante : « On les mit là pour garder, nous dit Tacite, et non pour être gardés s . » Enfin Tibère, après avoir défait & plusieurs reprises la nation des Sicambres, en transplanta quarante mille tètes en Gaule, où il les fixa moitié de gré, moitié de force 3 .
Ce fut la dernière transplantation de peuples opérée durant cette période. Néron rëfusa même aux Frisons, chassés de leur territoire par les Caukes, des espaces incultes sur la rive droite du Rhin , quoiqu’ils s’engageassent à ensemencer et à bâtir : il réservait ce canton pour une colonie militaire. Les Ansibares se présentèrent après les Frisons et furent également repoussés. La politique romaine trontait alors intérêt à écarter
1. La colonie militaire fat fondée sous les auspices d’Agrippine, nièce et femme de l'empereur Claude.
2. Transgressi olim, et experimento fldei super ipsam Rheni ripam collocati, ut arcerent, non ut custodirentur. Tacit., Mor. Germ., 28.
3. Suevos et Sicambros dedentes se produxit in Galliam et in proximis Rheno agris collocavit. Suet., August., 21. — Quadraginta millia deditiorum trajecit in Galliam. ld., Tiber., 9.
les barbares de la rive droite, et à donner pour assise aux colonies de la limite des établissements qui pussent se protéger eux-mêmes. Pareils procédés furent appliqués sur le Danube.
2° Transplantations d'individus. Outre les introductions de Barbares en corps de nation, il se versait, ajivès chaque campagne, sur les territoires gaulois et pannonien, une masse de prisonniers qui, suivant le droit de la guerre, étaient vendus ou donnés comme esclaves, et passaient par toutes les phases de la condition servile. Le plus grand nombre restait dans les provinces riveraines entre les mains des possesseurs
de terres ou dans celles des municipalités et de l’Etat,
comme serfs de culture. Au bout de quelques générations ces Barbares se fondaient dans la population
indigène ; même chose arriva pour les Sicambres
transportés par Tibère comme Deditices, et libres en cette qualité : des mariages avec les provinciaux gaulois eurent bientôt elfacé toute séparation entre eux et les autres.
En ce qui concerne les peuples ou tribus transportés intégralement avec leur organisation nationale , l’assimilation dut être plus lente, on le conçoit aisément : elle finit pourtant par s’opérer. S’il apparaît encore chez ceux de la Gaule , au bout d’un siècle ou d’un siècle et demi, quelque trace des distinctions originelles, c’est par la spécialité des contingents militaires,
qui survit à la fusion des institutions et des mœurs. Ainsi les cohortes auxiliaires des Ubiens et des Tongres conservent leurs dénominations presque jusqu’à la fin de l’Empire 1 , quoique, dès le premier siècle, l’état social des peuples qui les fournissent ait perdu tout caractère particulier. La cité de Tongres est, au jugement de Pline l’ancien, une cité des Gaules 2 , et rien autre chose. Les Tribocces, les Vangions, les Némètes ne sont plus également que des peuples gaulois, sans rien qui rappelle une descendance étrangère. L’assimilation est bien plus éclatante encore pour les Ubiens de la colonie Agrippine. Cent ans environ après leur admission en deçà du Rhin, au temps de la révolte de Civilis, ils sont sollicités par les Tenctères de raser leur ville et de tuer les Romains qui l’habitent : « Nous ne le pouvons, répondent-ils, car cette ville est notre patrie ; ces Romains sont nos pères, nos frères, nos enfants 3 . » Par le mot de Romain, il faut entendre ici les provinciaux civils et militaires, sujets de Rome , qui avaient pu se mêler aux Ubiens par des mariages ; mais le mariage n’existait pas entre le citoyen romain et l’étranger.
J. Milites Tungricani. Amm. Marcel., XVII, 1.