‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 198 sur 229 · Orelli, Inscr., t. 2 et · texte numérisé non relu

Orelli, Inscr., t. 2 et

3. Jussu ViteBii, Batavorum juventus ad dilectum vocabatur...,, Tacit., Hist., IV, 15-

39fi TABLEAU DE L'EMPIRE ROMAIN.

au delà des Alpes 1 ; mais ces stipulations appartiennent surtout à la période qui va suivre. Les jeunes Barbares de noble race s’enrôlaient volontiers dans les corps auxiliaires permanents, où ils se trouvaient en contact avec les généraux romains, quelquefois avec les Césars , et d’où ils ne sortaient que décorés d’un grade et citoyens romains.

Dans les cas de grandes guerres, les rois alliés mettaient à la disposition de l’Empire un nombre plus considérable de soldats, souvent même leur armée entière et leur personne. Les auxiliaires qui combattaient ainsi conservaient leur organisation barbare. Plus d’un général ambitieux, plus d’un fauteur de guerre civile, caressa l’affection de ces alliés qui pouvaient devenir un jour les instruments de son élévation. Antonius Primus, lieutenant impérial en Pannonie, attira les rois suèves Italicus et Sidon sous le drapeau de Yespasien, tandis que les Germains suivaient Vitellius, commandant des légions rhénanes. Ce nom d’Italicus porté par un Barbare annonçait son long séjour en Italie, et prenait même la couleur d’une profession de fidélité envers les Romains. C’était une flatterie pour le peuple-roi que d’adopter un nom latin qu’on ne portait d’ailleurs

1. Sub hoc vénérant pacto, ne ducerentur ad partes transalpinas : verendum esse ne volumarii Barbari militares, sæpe sub ejus rnodi legibus assueti transire ad nostra... Amin. Marcel!., XX, 8.

ACTION DE ROME SUR LE MONDE BARRaRE. 397

qu’étant citoyen. Le frère d’Arminius, ce type sauvage de l’indépendance germanique, se nommait Flavius, et le fils de ce Flavius , élevé en Italie , changea son nom national en celui d’Italus ou Italicus. Tous ces hommes, chefs de peuples ou de tribus au delà du Rhin et du Danube, entretenaient de nombreuses amitiés en deçà, parlaient latin, s’intéressaient aux affaires de l’Empire, et s’habituaient à regarder Rome comme une patrie future dans laquelle toutes les autres devaient se confondre un jour. Ces rapprochements s’opéraient surtout par l’intimité de la vie militaire. Tacite introduit dans ses récits un certain Boïocalus, roi de la nation des Ansibares, qui avait servi cinquante ans sous les aigles romaines, accompagné Tibère et Germanicus dans plusieurs campagnes , et voulait se fixer avec sa nation sur la rive droite du Rhin, pour y vivre en sujet de l’Empire

Rome, par ces procédés, par cette double action, suivie chaque jour avec constance pendant près de deux cents ans, avait fini par pénétrer le monde barbare. Son influence y dominait de proche en proche. Aux exploits brillants d’Auguste , de Tibère, de Trajan, Adrien avait fait succéder les conquêtes de la paix, les bons rapports entre les peuples, l’assimilation

1. Tiberio et Germanico ducibus stipendia meruisse ; quinquaginta annorum obsequio id quoque adjnngere, quod gentem suant diiioni nostræ subjiceret. Tacit., Ann., XDI, 55.

*9? TABLEAU DE L'EMPIRE ROMAlX.

graduelle parle rapprochement des mœurs. Que seraitil arrivé , après plusieurs siècles de ce progrès lent mais sûr, où la barbarie se transformait spontanément, sans violence, sans secousse? On ne peut que le conjecturer ; mais Rome ne disposait plus des siècles. Une catastrophe imprévue vint soudainement interrompre ce long travail, compromettre l’œuvre déjà accomplie, et remettre en question, dans cette grande et sainte lutte, l’avenir de l'humanité.

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