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Jornand. B. Get

45î TABLEAU DE L’EMPIRE ROMAIN.

milieu de tous ces chocs, il se forma comme deux courants en sens contraires, par où ce trop plein de nations tenta de s’écouler. L’un se dirigea sur l’Italie par les Alpes illyriennes et produisit l’invasion de Radagaise, qui mit Rome, en 405, à deux doigts de sa perte ; l’autre remonta le Danube vers son cours supérieur pour se reverser sur la Gaule. Cette dernière émigration était provoquée parles Alains, qui s’étaient séparés des Huns et redoutaient leur colère. Sur son passage la horde alaine , nomade comme ses anciens maîtres, déplaçait les populations riveraines du fleuve et les précipitait en avant. Elle s’adjoignit ainsi les Vandales Silinges, cantonnés sur la rive romaine par Constantin , les Vandales Aslinges, établis sur la rive barbare, au pied des Carpathes, et la plupart des tribus Suèves. Cette armée de peuples atteignit les bords du Rhin au mois de décembre de l’an 406.

A son approche menaçante, les Durgondes s’étaient retranchés dans leurs montagnes : les Alamans et les Franks, plus résolus, voulurent défendre le passage du fleuve et couvrir la frontière romaine. Les Franks, attaqués les premiers, défirent les Vandales et les taillèrent en pièces; mais ils furent vaincus dans une autre bataille, et la horde émigrante franchissant le Rhin à Mayence, traversa la Gaule du nord au sud et

1 Oros., vu, &0. — Frigerid., ap. Greg. Tur. Ilist. Franc, il, 9.

alla s’abattre sur l’Aquitaine *. Ce désastre arriva le dernier jour de l’année 406. La frontière une fois ouverte, les peuples transrhénans s’y jetèrent à la suite des envahisseurs. Les Burgondes s’emparèrent de l’Helvétie qu’ils ne quittèrent plus ; les Alamans et les Franks eux-mêmes, ces braves champions de l’Empire, cédèrent au courant qui entraînait tout : les Alamans occupèrent la première Germanie ; les Franks transrhénans allèrent grossir la tribu salienne dans ses cantonnements du Bas -Escaut. La crainte des Euns justifiait cette invasion d’alliés et d’amis, tout autant que l’amour des conquêtes et du pillage*. Ouant à la horde qui avait amené ce bouleversement, après avoir saccagé les contrées voisines des Pyrénées, elle passa en Espagne , où elle s’établit, les Vandales et les Suèves dans la Galice et la Bétique, les Alains dans la Lusitanie et la province de Carthagène 1 .

L’embarras de Rome était grand. Il ne pouvait être question de chasser au delà du Rhin ces hôtes inattendus, qui pour la plupart étaient fédérés de l’Empire, et dont quelques-uns avaient essayé de le défendre. Le seul parti raisonnable était de s’en rendre maître par des moyens pacifiques, et d’accélérer, si l’on peut

I. Oros., vu, 38, 40. — Hier., Epist. il, p. 93. — Zosim., u p. 825.

J. Idat. Chron. — Isid. Chron. — Oros., vu, 40, 41.

parler ainsi, leur éducation romaine. La religion vint au secours de la politique. La natiou des Burgondes avait reçu tout récemment sa première initiation chrétienne, et elle la devait encore à la crainte des Huns. Attaqués par ces barbares dans les vallées Hercyniennes, les chefs burgondes avaient demandé le baptême à un des évêques de la frontière, comme préservatif contre les fils des démons 1 2 . Cette conversion incomplète s’acheva en Gaule. Les Suèves aussi étaient en partie Chrétiens; les Vandales le devinrent. Leur communion à cette époque était celle de Nicée ; ce ne fut que plus tard, et à l’instigation des Visigoths, qu’ils adoptèrent la doctrine d’Arius.

Cependant des catastrophes redoublées ébranlaient en Italie te gouvernement impérial. Cette invasion des Vandales amena la chute de Stilicon , que ses ennemis accusèrent de complicité avec le peuple d’où il sortait. Il se forma dans le gouvernement un parti italien qui réclamait l’expulsion de tous les Barbares, et mêlait à ses sentiments romains exclusifs des tendances catholiques qui ue l’étaient pa$ moins*. Au nom de la nationalité, on massacra dans plusieurs

villes les auxiliaires barbares avec leurs femmes, el

1. Cum animadverterent Romanormn Deum illis, qui numen ipsius rovererentur, certissimum auxilium præbere, omnes communi eonsensu ad Christi fidem se contulerunt. Socrat., vu, 30.

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