‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 215 sur 229 · Oros., vu · texte numérisé non relu

Oros., vu

un état de complète sujétion vis-à-vis de l’Empire*.

« Ataülf, nous dit l’historien Orose, voulait sincèrement la paix; son plus ardent désir était de servir l’empereur Honorius, et d’employer le bras de ses Goths à la défense de la république romaine*. — Le bienheureux Jérôme, ajoute-t-il, me racontait à ce propos les détails que je vais transmettre. Il avait reçu à Béthléem la visite d’un certain Narbonnais, général distingué sous Théodose, homme prudent, grave et religieux, lequel vivait dans la familiarité d’ Ataülf, pendant le séjour de celui-ci à Narbonne. Or ce Narbonnais affirmait avoir entendu de la bouche du roi goth, et à plusieurs reprises, les paroles suivantes : « Dans a l'effervescence de l’âge et de l’inexpérience, disait

1. Is, ut sœpe auditum, satis studiose sectator pacis, militare fideliter Honorio imperatori, ac pro defendenda romana Republica, impendcrc Tires Gothoram præoplavit. Nam ego quoque ipse virum quemdam Narbonensem, iliustris sub Theodosio milltiie , etiam religiosum prudentcmque et gravem,apud Bethleem oppidum Palæstinæ, beatissimo Hieronymo Jiresbytero referente, audivi se familiarissimum Ataulpho apud Narbouam fuisse : ac de eo sæpe sub testificatione didicissc quod ille, quum esset animo, viribus ingenioque nimius, referre solitus esset se in primis aidenter inhiasse, ut obliterato romano nomine, romanum omne solum Gothorum imperium et faceret et vocaret : essctque, ut vulgariter loquar, Gothia quod Romania fuisset ; fleretque nunc Ataulphus quod quondam Cæsar Augustus. At ubi multa experientia probavisset, neque Gothos nllo modo parère legibus posse propter effrenatam barbariem, neque Reipublic» interdici leges oportere, sine quibus Rcspublica non est Respublica, elegisse se salutem, ut gioriam sibi et restituendo in integrum, augendoque romane nomine, Gothorum viribus quærerel, liabereturque apud posteras Roman»? restitutionis auctor, postquam esse non poterat inunutator. Oros., vil, 43.

« Ataülf, j’avais conçu des vœux tout autres que ceux « que je conçois maintenant : effacer le nom romain, « transformer le sol romain en empire des Goths, et « faire que ce qui est aujourd’hui Romanie devînt « Gothie, et que moi je fusse le César Auguste de cette « révolution ; c’était là mon rêve le plus cher. Mais « quand je vis, par expérience, que les Goths ne pou- « vaient obéir à aucune loi à cause de leur barbarie « effrénée, et qu’un État ne peut se passer des lois « sans lesquelles il n’est plus un État, je mis ma « gloire et le salut de mon peuple à l’affermissement « du nom que je voulais autrefois détruire, consacrant « à cette œuvre toutes les forces de mon peuple, et ne « cherchant pas d’autre renommée dans l’avenir que « celle de défenseur et de soutien de l’État romain. » C’est à ce Barbare intelligent et dévoué qu’Honorius concéda, en 411, une partie de l’Aquitaine et de la Novempopulanie. Ataülf y établit ses Goths , et passa de là dans le nord de l’Espagne. Le rôle qu’il sembla s’être assigné dès lors fut celui de chef de la nation barbare la plus cultivée, la plus rapprochée des Romains par ses mœurs , ses lois et son organisation. On le voit se poser en représentant de l’Empire vis àvis des autres Barbares, et en gardien zélé de ses intérêts; reconquérir à son profit une partie des provinces espagnoles occupées par les Alains, les Vandales et les Suèves; imposer une barrière aux Franks qui cher-

chaient à s’étendre au delà de l’Escaut, et contenir les Burgondes dans leurs cantonnements à l’est des Gaules. Malgré quelques divisions intérieures, les Visigoths continuèrent cette politique après la mort d’Ataülf. Grâce à eux, l’Espagne rentra en grande partie sous l’unité romaine ; les Suèves et les Vandales, traqués dans les provinces de l’ouest, furent forcés de conclure avec les habitants un traité de paix dont l’Évangile fut le garant 1 ; quant aux Vandales, acculés sur la côte de Bétique , ils songèrent à passer le détroit de Gadès, et la trahison leur ouvrit les portes de l’Afrique. Au nord des Pyrénées, plusieurs des rois visigoths se montrèrent de dignes remplaçants d’Ataülf. Vallia, serviteur énergique de l’Empire , sut gouverner paisiblement ses concessions d’Aquitaine. Son successeur Théodoric fut un Goth + lettré qui faisait lire Virgile à ses fils 2 , s’entourait de jurisconsultes, et dont la cour ressemblait à une académie plutôt qu’à un conseil de Barbares.

t Les choses étaient en cet état lorsque Attila prit la royauté chez les Huns. Le génie barbare s’éleva chez cet homme à sa plus haute expression. Officier au service de l’empire d’Orient dans les troupes stipendiées de ce peuple, il avait vu de près la civilisation ; et, malgré l’étendue de son intelligence, la sagacité de son es-

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