‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 24 sur 229 · XI · texte numérisé non relu

XI

blées 4 . Cette modération lui gagnait les cœurs. La plupart du temps, les pays occupés par les troupes de Pompée se donnaient secrètement à son rival ; les habitants entretenaient avec lui des intelligences ; les villes lui ouvraient leurs portes. Les acclamations des citoyens 1 2 d’Utique , préparant le triomphe du vainqueur, purent troubler Caton à son heure suprême et rendre son agonie plus amère. Ainsi le voulait le progrès du monde. L’ambition de César l’avait mieux compris que la vertu des derniers Romains.

Après la victoire, il y eut de grands comptes à régler entre le dictateur et ce monde romain, qui avait si bien aidé à sa fortune. Aucun service ne fut oublié ; beaucoup d’individus, des villes, des peuples entiers reçurent, suivant- leurs mérites, les droits quiritaire, latin ou italique 3 4 . Les soldats delà légion de Y Alouette furent faits en masse citoyens romains 4 : c’était, comme je l’ai dit ailleurs, une légion levée en Gaule et composée de braves qui s’étaient dévoués à la personne du conquérant.

Ces dettes du champ de bataille une fois payées, la

1 . Mihi reique publics? inutilis fuisti... ob eas rcs, ignominies causa, ab cxercitu meo te removeo. Cæs., Bell, af r., 54.

2. Dion. , xui, 57 ; xliii, 10. — Appian., Bell, cto., il, 98. — Plut., J. Cœsar.

3. Dion., xliii , 39; xlv, 23. — Cæs., Bell, hisp., 42. — Cicer., Ep. ad div., xiti, 36.

4 . Universam civitate donavit. Suet., J. Cæs., 24. — Voyez Histoire des Gaulois, m, 264, 265.

ACTION UE ROME HORS DE L’ITALIE. cl

pensée de l’homme d’État se porta vers de plus hautes questions. L'ordre politique était brisé; des espérances sans bornes avaient été inspirées aux sujets de l’empire; il fallait tout reconstituer, la société et le gouvernement h La mort vint le surprendre dans l’enfantement de ce grand travail, où il eût déployé sans doute cette intelligence universelle et cette fermeté de décision qui faisaient, avec sa prodigieuse activité, le cachet particulier de son génie. Quel était son plan? Comment concevait-il cette réorganisation du corps des nations romaines; leur classement; leur initiation aux droits divers qui s’échelonnaient jusqu’au droit de cité? L’histoire ne le dit point; mais d’après les règlements qu’il eut le temps d’achever ; d’après ceux dont il ne fit que déposer le germe, et que ses premiers successeurs développèrent, dans une pensée qui fut très-probablement la sienne, on peut reconnaître que sou plan fut un plan d’émancipation progressive, et que, sans rien précipiter, il voulait amener par degrés, et avec le temps, toutes les parties de l’empire à l’unité, qui régnait déjà en Italie.

D’abord il entreprit de réunir toutes les lois de la république dans un seul code qui les coordonnât, les fixât, et en répandit en tous lieux la connaissance.

1. Conversus Iiinc ad ordinandum rcipublicæ statnni... Suct. , J. Cacs., /|0.

« Il projetait, dit Suétone, de réduire le droit civil à « une certaine mesure, et de rédiger en très-peu de « livres ce qu’il y avait de bon et de nécessaire dans « l’immense et diffuse quantité des lois existantes 1 . » Il ébaucha à peine ce projet de code, qui se rattachait par des liens étroits à la conception d’un gouvernement unitaire. Nous verrons comment l’idée en fut reprise et exécutée partiellement par quelques empereurs ; mais elle ne devait recevoir que bien tard son entière application. César fit lever en même temps une carte géographique de tout l’empire, avec ses routes et les mesures des distances. Trois géomètres grecs, Zénodoxe, J'olyclète et Théodote furent chargés de cette immense tâche 2 .

Une des plaies du régime provincial, la plus sensible peut-être, était dans la composition des tribunaux qui jugeaient à Rome lescrimes publics, et dont l’iniquité avait soulevé tant de clameurs ; il en commença la réforme 3 4 .

Il exclut du sénat tout magistrat convaincu de concussion 1 ; et pour compléter cette assemblée, dont il porta le nombre à mille membres, il y fit entrer des

1. Jus civile ad certum modum rédigera, atque ex immense diffusaque legum copia, optima quæqueet neccssaria in paucissimos conferri libros destinabat. Suet., J. Cœs., Ai.

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