Id. ibid.. H, S
prême 1 ; il faut qu’il relève et raffermisse la chose publique.
Pour réussir, trois moyens s’offrent à lui.
Qu’il embrasse d’abord d’un même regard toutes les branches de l’administration, tous les membres de l’empire. « Organiser à la fois les terres et les « mers 2 ; » voilà la première tâche. Son importance rassure quiconque connaît César : de minces détails ne seraient peut-être point accessibles à un génie tel que le sien; mais aux grands travaux les grandes gloires 3 .
En second lieu, qu’il écrase la faction de la noblesse, faction d’hommes corrompus et lâches, mais qui, compacte et armée, gouverne avec insolence non-seulemeDt les nations sujettes, mais le peuple romain et le sénat. Aussi ce sénat, dont la sagesse faisait autrefois l’espoir de la république dans ses périls, flotte çà et là, poussé par le caprice, et décidant des intérêts de l’État, au gré de la haine et de l’arrogance de ceux qui le dominent 4 . Quelques nobles,
1. Quare capesse, per Deos, rempubliram, et omnia aspera uti soles pervade. C. C. Sallust., ad Cas. Episl., il, 6.
2. Tibi terræ et maria simul omnia componenda suut. Id. ibid., ii,7.
3. Qujppe res pairas tantum ingenium adtingere nequit : magnæ curæ magna merci* est. Id. ibid., n, 7.
4. Itaque patres, quorum consiüo antea dubia respublica stabiliebatur, obpressi, ex aliéna lubidine hue atquc illuc fluctuantes, agitantur. Id. ibid., i, 10.
avec un petit nombre d’auxiliaires de leur faction, sont maîtres d’approuver, de rejeter, de décréter ; ils régnent 1 .
« Pour rendre de la force au sénat, il faut augmen- « ter le nombre de ses membres et établir le vote « au scrutin secret. Le scrutin sera une sauve- « garde, à l’abri de laquelle les esprits oseront voter « avec plus de liberté ; dans l’augmentation de ses « membres, ce corps trouvera plus de force et « d’action 2 . »
Enfin César doit régénérer la masse même du peuple, qui s'est dépravé au sein de la corruption générale, qui a fait de sa liberté et de la chose publique un trafic honteux 3 . Autrefois la multitude était souveraine et en possession de commander aux nations de la terre; mais elle s’est désorganisée; et, au lieu d’une part dans l’autorité publique, chacun s’est créé sa servitude particulière*. Or cette multitude, d abord
1 Homiues nobiles, cum paucis senatoriis quos additamcnta factjonis habent, quæcumque libuit probaro , reprehenderc , dccernere, ea uti lubido tulit, facerc. C. C. Sallust., ad Carn. Epis ti.
2. Igitur duabus rebus confirmari posse senatum puto : ai numéro auctus per tabellam sentcntiam feret. Tabella obtentui eut, quo magis animo libero facere audeat; in multitudine et præsidn plus et usus amplior est. Id. Ibid., i, 11»
t Nequfpàulatim populus, qui dominus erat, et cunctis gentibus imperitabat, dilapsus est; et pro commun! imp.no, pnvattm s.b. quisque servitutem peperit. Id. ibid., i, 6.
infectée île mauvaises mœurs, puis adonnée à une diversité infinie de métiers et de genres de vie, composée d’éléments incohérents, est devenue impropre au gouvernement de l’État. Il faut la mélanger par l’introduction de nouveaux citoyens pris dans les classes les plus honorables des provinces. « J’ai grand espoir, « dit l’auteur des lettres, qui se croit obligé par « décence de parler un peu de liberté; j’ai grand « espoir que, après ce mélange, tous se réveilleront « pour l’indépendance; car chez les uns naîtra le « désir de la conserver, et chez les autres celui de « mettre fin à leur servitude*. Tu pourras les éta- « blir dans les colonies; ainsi s’accroîtront nos « forces militaires, et le peuple captivé par des « occupations honnêtes cessera de faire le malheur « public. »
« Mais, ajoute-t-il, je n’ignore pas, je ne me ca- « che pas combien l’exécution de ce plan excitera « d’emportements et de tempêtes parmi les nobles. « Ils s’écrieront avec indignation qu’on bouleverse « tout : que c’est imposer l’esclavage aux anciens ci- « toyens, que c’est transformer en royaume un pays n libre, si, par le bienfait d’un seul, une multitude
1 . Cæterum additis novis civibus magna me spes tenet, fore ut omnes expcrgiscamur ad libertatem ; quippc quum illis libertatis retinendæ, tuni his servitutis amittendæ cura orietur. C. C. Sallust., ad Coss, Epist., i, 6.
a nombreuse parvient au droit de bourgeoisie *. » Il cite alors l’exemple de Drusus assassiné pour des projets pareils 1 2 , et engage César à redoubler de soins, pour s’assurer des amis dévoués et de nombreux appuis 3 .
Tels sont, en résumé, les conseils contenus dans ces lettres, qu’on peut regarder comme une sorte de programme du parti démocratique, donné par un de ses plus fougueux tribuns. Les lois de César semblent n’en être, sur beaucoup de points, que l’application. On y trouve clairement indiqués les trois principes que je signalais tout à l’heure : 1 ° établir l’unité dans l’Empire; 2° propager le droit de cité dans les provinces; 3» atteindre l’aristocratie dans le sénat même, en renouvelant et en agrandissant cette assemblée 4 .
Par malheur, Salluste avait trop bien vu ; les innovations du dictateur irritèrent profondément la noblesse ; et pardessus tout, et avant tout, l’introduction des provinciaux dans le sénat. Cet acte, en effet, était
1. Sed non inscius neque imprudens sum, quom ea res agetur, quæ sævitia, quæve tempestates liominum nobilium futuræ sint; quum indignabuntur omnia funditus misceri, antiquis civibus banc servitutem imponi, regnum denique ex libéra civitate futurum, ubi unius munere multitudo ingens in civitatem pcrvenerit. (Id. ibid.)