‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 67 sur 229 · Dio., un · texte numérisé non relu

Dio., un

2. Dio. j lui, 14; lviii, 23. — Cf. M. Naudet, Des changements opérés, etc., i, 60. — Beaufort, Rép. rom., v, 142 et suiv.

3. Dio., lui, 35. — Ulpian., l, 8, de Offic. procons.-, l, 4, de Offic. prœsid. — Tacit., Ann., I, 14.

et à leur paix intérieure ; et, par mesure disciplinaire, il en priva quelques-unes « que la licence conduisait à leur perte, » suivant le mot du biographe des Césars 1 . Quant aux rois alliés, « il ne les considérait pas « autrement que comme des membres et des parties «intégrantes de l’empire, dit encore l’historien Sué- « tone 3 . On le vit souvent donner des tuteurs aux « enfants mineurs ou aliénés de ces princes, jusqu’à « leur majorité ou à leur guérison. Il en fit même « élever un grand nombre avec les siens, dans sa « propre famille. »

Généreux envers les provinces dans la répartition des fonds du trésor public, pour des dépenses d’administration locale, il s’attachait à leur démontrer qu’aucune inégalité n’existait entre elles et l’Italie : tantôt il payait leurs dettes, tantôt il réparait leurs villes, et relevait celles que des fléaux naturels avaient frappées. Il visita à diverses reprises toutes les parties de l’empire. « A l’exception des provinces d’Afrique et « de Sardaigne, ajoute le biographe cité plus haut, je « ne crois pas qu’il y en ait une seule où il ne soit «allé 3 . »

1. Urbium quasdam fcederatas, sed ad exitium licentia præcipites, libertate priravit. Suet., Aug., UT.

2. Nec aliter univer.-.os quant membra partesque imperii curæ habuit. Suet., Aug., 48.

3. Nec est, ut opinor, provincia, excepta duntaxat Africa et Sardinia, quant non adierit. Suet, Aug., UT.

Il créa un service régulier de postes entre les provinces et Rome, disposant sur les routes militaires, à de courtes distances, d’abord des jeunes gens, puis des voitures, parce qu’il lui parut plus commode de pouvoir interroger aussi les courriers porteurs de dépêches, lorque les circonstances l’exigeraient*.

Enfin Auguste donna aux Romainsle spectacle inouï, jusqu’à cette époque, d’un provincial montant au Capitole sur le char des triomphateurs pour avoir reculé les bornes de l’empire.

Le provincial choisi pour une nouveauté si grande, qu’elle figura longtemps parmi les particularités curieuses et les faits presque merveilleux®, appartenait à cette famille des Balbus d’Espagne, qui semblait destinée par les Césars aux expériences politiques ; mais que ces expériences élevèrent en peu de temps à la plus haute fortune. Celui-ci était neveu de Balbus, l’ami et l’agent du premier César, sénateur par la toute-puissance dictatoriale, et bientôt après, consul; il s’appelait comme lui Cornélius. Général distingué, il avait porté les aigles romaines en Afrique, au delà

1. Quo celerius ac sub manum annunciari cognoscique posset quid in provincia quaque gereretur, juvenes primo, modicis intervallis per militares vias, deliinc véhicula disposuit. Commodius id visum est, ut, qui a loco perferunt litteras, iidem interrogari quoque, si quid res exigant, possint... Suet., Awj., ii9.

2. Uni huic omnium externo, curru et quiritium jure donato. Plin., v, 5.

de la chaîne des montagnes Noires*, dans les déserts du Phazan, au milieu de nations inconnues ou connues seulement par des récits bizarres. Le triomphateur fit passer, sous les yeux du peuple étonné, les noms étranges et les effigies de vingt-trois villes ou peuplades complètement barbares ajoutées par lui à la domination romaine, et en tête desquelles était placée la nation jusqu’alors demi-fabuleuse des Garamantes *.

L’homme de la pensée de qui tout émanait dans ce vaste mouvement de rénovation, vers qui tout revenait aboutir, et dont la voix imposait silence à ce sénat et à ce peuple romain qui naguère remplissaient la terre de leurs querelles; cet homme, grand surtout par la nécessité, apparaissait de loin aux provinces sous des proportions plus qu’humaines. Un jour, pendant un de ses voyages sur mer, il se vit aborder par un navire alexandrin chargé de riches marchandises destinées pour l’Italie. L’équipage et les passagers demandèrent à être admis devant lui, et ils s’y présentèrent, comme devant un dieu, vêtus de robes blanches et couronnés de fleurs, au milieu de la fumée de l’encens et des parfums. « O César ! lui disaient-ils

1. Aujourd’hui Gibel-Assourd, nom arabe qui est synonyme du nom latin Morts A ter.

2. On peut voir dans Pline, v, 5, la nomenclature complète de ces tribus et de ces bourgs.

« dans leurs acclamations, c’est par toi que nous vi- « vons, par toi que nous naviguons, par toi que nous « jouissons de notre liberté et de nos biens 1 2 1 » C’était là le cri du monde entier. César, par une réponse muette dont ils comprirent vivement le sens, leur fit distribuer à tous la toge romaine, et fit prendre à son équipage romain le pallium grec; il voulut aussi que d’un navire à l’autre on échangeât les idiomes ; que les Romains parlassent la langue des Grecs et les Alexandrins le latin *. De pareilles scènes enflammaient l’imagination enthousiaste des Orientaux ; des statues, des autels, des temples étaient dédiés de toutes parts au génie d’Auguste et de Rome pacifique. D’Orient ces apothéoses d’un homme vivant passèrent en Occident, en Espagne, en Gaule, en Italie même, où, n’étant plus comprises, elles effarouchaient à juste titre des esprits plus graves et plus froids. C’était un commencement de réaction des idées orientales sur l’Occident ; et la réaction ne devait pas s’arrêter là.

Yoilà le bien sur l’administration d’Auguste : malheureusement il n’y eut pas que du bien. En matière de gouvernement et d’administration, plus encore

1. Candidaü coronatique, et thura libantes, fausta omnia et eximia* laudes concesseruut : . Per ilium se vivere; per ilium navigant;

« libertate atque fortunis per ilium frui. » Suet., Au-:., 98.

2. Togas insuper et pallia distribuit, lege proposita, ut Romani græco, Græci romano habituet sermone utereutur. (Id.,ibid.)

qu’en toute autre matière, ni les bonnes intentions, ni les bonnes lois ne suffisent ; ce sont les bonnes habitudes qui font tout. Ici les habitudes étaient perverses et le mal invétéré ; et malgré les réformes, il se commit encore sous Auguste bien des iniquités dont les alliés furent victimes ; bien des pillages sur les provinciaux restèrent impunis, même au su du prince, et quelquefois par sa tolérance coupable. L’histoire nous en fournit la preuve dans une circonstance où l’indulgence d’Auguste méritait plus exactement le nom de complicité. Il s’agit de ce Licinius, procurateur de la Gaule, Gaulois lui-même, dont j’ai parlé ailleurs *, de ce concussionnaire odieux qui, remettant à Auguste, pour obtenir sa grâce, les trésors qu’il avait extorqués de ses compatriotes, prétendait en cela avoir fait acte d’adroit politique et non de voleur, puisqu’il avait énervé, c’était son expression*, au profit du prince, un pays mal disposé, et trop riche pour n’être pas redoutable. Auguste goûta ces raisons, qu’il eût vraisemblablement repoussées comme indignes de lui, si le procurateur avait eu les mains vides. Licinius fut absous.

Mais Tibère porta dans le châtiment de crimes pa-

1. Hist. des Gaulois, u, 415. — Cf. Dio, lu», 21. — Senec., Lud. in mort. Claud.)

2. Ita Licinius, quasi vires Gallorum in Augusti gratiam enervasset, discrimen evasit. Dio, liv, 21.

reils toute la rigueur de sou caractère 1 ; d’autant plus impitoyable envers les concussionnaires, que la tranquillité de l’Espagne, de la Gaule, de la Thrace, fut un moment compromise, sous son règne, par suite de mauvaise administration. Le nom de Tibère est resté tellement odieux qu'on ose à peine le charger de quelque bien, et que son éloge semblerait une injure à la conscience publique ; pourtant ce nom fut un objet de bénédictions dans plus d’une province de l’empire* ; et il n’y eut pas seulement basse et lâche adulation, si des villes d’Asie et d’Espagne s’obstinèrent à lui élever, à côté des autels d’Auguste, des autels qu’il s’obstinait à refuser. Les neuf premières années de son principat furent, pour les peuples placés hors de l’Italie, neuf années d’ordre et d’administration probe et équitable 3 . 11 modéra les impôts sur les nations sujettes, autant que les nécessités de l’État le lui permettaient. On connaît ce mot qu’il répéta souvent à ses gouverneurs : « Un bon berger tond son troupeau; il ne l’écorche pas 4 . » Livie, à qui l’on t-

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