‹ Tableaux de l'Empire romainChapitre 89 sur 229 · Apul., Apol., p. 238. — Aurel. Vict., Epit · texte numérisé non relu

Apul., Apol., p. 238. — Aurel. Vict., Epit

hommes d’une nature intelligente et énergique. Vers le milieu du second siècle, on voit se produire en Afrique le même phénomène que présentait l’Espagne pendant le cours du premier. Les Africains sont partout, et partout ils commencent à primer. Le grand jurisconsulte et le grand orateur de l’époque, Salvius Julianus et Corn. Fronto sont l’un d’Adrumète, l’autre de Cirtha. Nombre d'écrivains, de jurisconsultes, de sénateurs distingués leur succèdent ; et quand, à la mort de Pertinax, la guerre civile éclate et que le monde romain, comme au temps de César et de Pompée, se partage entre deux hommes, ces deux hommes sont africains : Albinus est d’Adrumète, et Septime Sévère de Leptis.

Le grand Septime Sévère, avec son accent punique dont il ne put jamais se corriger 1 , et qui lui valut sans doute, comme l’accent espagnol à son prédécesseur Adrien, les moqueries des puristes de l’Italie ; mais avec son génie supérieur dans l’administrâtion comme dans la guerre, sa constance invincible, son astuce, son âme dure et inexorable, représentait bien, sous la loge, le compatriote d’Annibal et le type du Romain d’Afrique. Peu d’empereurs ont montré une individualité plus forte et laissé dans l’histoire de Rome une trace plus profonde. Ce fut lui qui constitua

1. Canorus voce, scd afrum quiddam usque ad senectutem sonans. Spartian., Sev,, 71.

réellement le pouvoir militaire, et, en opposition au sénat, livra le choix des césars à la démocratie armée des légions. Par un rapprochement sur lequel d’ailleurs je n’insiste pas, mais qui signale au moins des deux côtés même violence de caractère et même impatience à supporter le joug de l’autorité civile, si léger qu’il fût, il était arrivé à Annibal de tenter à peu près la même chose, et de vouloir soumettre à la tyrannie militaire les conseils de sa république.

Sévère, qui avait à se plaindre de l’Italie et des provinces d’Europe, dirigea de préférence les faveurs du gouvernement vers l’Afrique et vers l’Asie. Il sembla surtout prendre le patronage de la race araméenne, et ce fut pour lui comme une politique de famille, car, sorti de sang punique, il avait épousé une Syrienne, la belle et savante Julia Domna. Sous lui et sous ses enfants, la Syrie atteignit son plus haut point de prospérité. Il accéléra aussi le mouvement civilisateur imprimé en Arabie par Adrien, et continué par Marc- Aurèle. Les Juifs même, frappés cruellement par le premier de ces princes, et chassés de leur capitale Jérusalem, transformée en colonie romaine sous le nom d’Ælia Capitolina, mais toujours prêts à se soulever, éprouvèrent jusqu’au dernier moment les ménagements et la clémence de Sévère. Enfin , ce qui était populaire et national dans tout l’Orient, il mit à orgueil de reprendre la Mésopotamie, de parcourir à

main armée les campagnes des Parlhes, de piller leur capitale, d'humilier leur roi 1 ; et il réussit à tout cela avec un bonheur qui égala son génie.

Une tradition recueillie par Tzetzès rapportait que le césar africain, fier de ce dernier titre et des souvenirs de sa race, fit élever à la mémoire d’Annibal un riche tombeau de marbre blanc 2 . Ce fait, qui n’a rien que de vraisemblable et que confirmeraient d’ailleurs les actes de Caracalla, dut plaire beaucoup aux Romains d’Adrumète et d’IIippone, mais étonner quelque peu ceux d’Italie. Sévère voulut encore attacher son nom à une autre réhabilitation d’un intérêt plus immédiat, qu’il ne fit que commencer et dont il remit l’accomplissement à son fils : voici en quoi elle consistait.

J’ai exposé plus haut comment la province d’Égypte avait été placée par Auguste sous un régime administratif exceptionnel. Déclaré indigne de fournir nonseulement des sénateurs, mais de simples citoyens, le berceau antique de la civilisation de l’Occident était resté en dehors du droit commun des nations de l’Empire. Tandis que l’émancipation politique et les réformes administratives passaient d’une province à l’autre, l’Égyptien , éternellement sujet, voyait sa patrie toujours livrée à l’autorité arbitraire d’un che-

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